« On n’est pas des robots ». C’est le titre du projet de photographes et sociologues partis à la découverte des ouvriers de la logistique en France et en Allemagne. Hortense Soichet, Nathalie Mohadjer et Cécile Cuny sont allées sur le terrain pour enquêter et interroger l’impact de nos modes de consommation modernes sur la logistique.

Exposé à la Maison Robert Doisneau cette année, ce projet de photographie sociale contemporaine a également donné naissance à un ouvrage publié aux éditions Creaphis et récompensé par le Prix HiP 2020 dans la catégorie Société. À cette occasion, nous avons pu nous entretenir avec les 3 photographes auteurs.

« On n’est pas des robots » © Hortense Soichet

Vous venez toutes les trois d’horizons différents, quel est votre parcours ?

Hortense Soichet : Je suis photographe auteure et je travaille plus particulièrement sur les modes de vie (manières d’habiter, de travailler et de se déplacer) dans le cadre de commandes et résidences avec des institutions privées et publiques. Je travaille régulièrement en collaboration avec des chercheuses et chercheurs en sciences sociales, des artistes et des amateurs. J’ai effectué mes études au département Photographie de l’Université Paris 8 et en parallèle de mon activité de photographe indépendante, j’enseigne au département arts plastiques de l’Université Paris 8 et je suis chercheuse associée au Lab’Urba (Université Paris Est).

Nathalie Mohadjer : Née en Allemagne, j’ai étudié l’Histoire de l’art à la Kassel Universität, la Communication visuelle et la photographie à la Bauhaus Universität de Weimar et au London College of Communication à Londres. Je suis photographe auteure, travaille pour la presse comme le Monde, M le Magazine, die Zeit, Zeit Magazine ou Haarpers Bazaar et je mène des projets personnels. Mon travail porte sur le paysage, le rapport à l’espace et au logement de populations précarisées. Mes travaux sont régulièrement exposés et édités. Ils ont remporté plusieurs prix, notamment le prix allemand Abisag Tüllmann et le prix allemand du livre photo argent.

« On n’est pas des robots » © Hortense Soichet

Cécile Cuny : Photographe et sociologue, je suis diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure Louis-Lumière et docteure en sociologie de l’Université Paris-VIII et de l’Université Humboldt de Berlin. J’ai d’abord fait partie d’un collectif d’artistes avant de pratiquer la photographie dans le cadre de mes recherches. Depuis 2011, je suis maîtresse de conférences à l’Ecole d’Urbanisme de Paris (Université Paris-Est Marne-la-Vallée), chercheuse au Lab’Urba (Université Paris-Est).

Mes travaux de recherche se situent au croisement de la sociologie urbaine et de la sociologie politique. Ils intègrent une réflexion épistémologique et méthodologique sur l’image photographique comme modalité de la connaissance dans le champ urbain. Mon travail photographique a donné lieu à des expositions, à un livre et a intégré les collections du musée Carnavalet.

D’où vous vient votre passion pour la photographie, et plus précisément pour la photographie sociale ?

Hortense Soichet : J’ai toujours été passionnée par la photographie que je pratique depuis l’enfance et dont j’ai voulu faire mon métier dès l’adolescence. La photographie permet de créer un rapport particulier au monde, favorisant la rencontre avec autrui et imposant de prendre de la distance face au réel. Ma rencontre avec la photographie sociale s’est faite dans le cadre de mes recherches de doctorat . Elles portaient sur la photographie du déplacement. Ça a été une occasion de travailler sur la manière dont les sciences sociales permettent d’éclairer certains travaux artistiques. J’appréhende la photographie sociale comme pratique en dialogue avec les sciences sociales.

Nathalie Mohadjer : Fille d’un père iranien, j’ai très tôt été confronté à la force de l’image. Je me souviens qu’à l’âge de 6 ans j’ai été profondément marquée par des photos rapportées par mon père montrant les atrocités commises par le régime de l’ayatollah Khomeini : des exécutions d’opposants dans le désert. Dans ma jeunesses à Kassel en Allemagne, faisant moi-même partie d’une minorité, j’ai vécu entourée par de nombreuses communautés étrangères et en particulier avec les réfugiés des Balkans. Ils ont été a l’origine des mes premiers voyages photographiques pour capturer la situation d’après guerre en Bosnie-Herzégovine.

« On n’est pas des robots » © Nathalie Mohadjer

Cécile Cuny : J’ai découvert la photographie avec mon père et mon grand-père, ingénieurs tous les deux, qui collectionnaient les vieux appareils. Assez paradoxalement, ce n’est pas la technique qui m’a intéressée mais plutôt la possibilité de raconter des histoires à travers des albums familiaux ou de voyages (je photographiais beaucoup ma petite soeur, puis plus tard mes amies et aujourd’hui ma famille). C’est aussi à travers le rapport texte/image, littérature et photographie que je mobilise l’image dans mes recherches.

Comment est né le projet « On n’est pas des robots » ?

Cécile Cuny : L’idée de départ était d’étudier le monde ouvrier en prenant le contrepoint des discours sur la désindustrialisation et la disparition de cette classe de travailleurs. C’est ce qui m’a amenée à la logistique : je voulais montrer que, certes, des usines ont été délocalisées, mais que le monde ouvrier n’avait pas disparu pour autant.

En sociologie, plusieurs recherches s’intéressent à la recomposition des mondes ouvriers, à partir de l’idée que le travail ouvrier s’est redistribué sur d’autres activités. La logistique est rattachée au tertiaire, mais quand on regarde de plus près, l’organisation du travail y reste industrielle.

Vous photographiez le flux de la vie dans ces entrepôts qui appartiennent à de grands groupes internationaux, à une époque où la digitalisation et l’automatisation des tâches a pris de l’ampleur. Quel est l’enjeu de la visibilité donnée à ces travailleurs de l’ombre ?

Cécile Cuny : Déjà, il s’agit de montrer que la digitalisation du secteur, contrairement à ce que prétendent les discours de certains de ses promoteurs, n’est pas très avancée. Dans les faits, nous avons croisé peu de robots ou d’automates. L’automatisation est toujours très partielle et ne concerne que certains types de tâches, plutôt qualifiées (par exemple, la manutention des palettes qui se fait avec des engins conduits par des caristes dans les entrepôts sans convoyeur).

« S’interroger sur la pérennité d’un modèle de production et de consommation qui, outre ses impacts négatifs sur l’environnement, se traduit par des risques socio-professionnels importants et des conditions de vie difficiles. »

« On n’est pas des robots » © Cécile Cuny

Ensuite, de montrer que le développement de l’e-commerce mais aussi l’ensemble de notre infrastructure productive et commerciale repose sur ces métiers, en voie de disqualification alors même qu’ils sont essentiels à notre économie, comme l’a montré la crise sanitaire. Enfin, s’interroger sur la pérennité d’un modèle de production et de consommation qui, outre ses impacts négatifs sur l’environnement, se traduit par des risques socio-professionnels importants et des conditions de vie difficiles (horaires, trajets, salaires, logement, choix limités de carrière professionnelle ou de parcours résidentiels, etc.) pour les travailleurs essentiels à son fonctionnement.

Votre photographie est sociale,  centrée sur l’individu. Elle rend visible ses conditions de travail. Quel message, sur les travailleurs que vous avez rencontrés, vous permet-il de passer ?

Hortense Soichet : Outre le fait de passer un message, ce qui nous importait était que ces ouvrières et ouvriers soient parti prenante dans la construction des portraits que nous faisions d’eux. Nous voulions leur donner la parole, leur laisser la main sur la construction du parcours effectué  lors des itinéraires pour les inviter à se mettre en scène dans leur environnement quotidien. C’est un parti-pris important pour garantir une co-construction du travail avec elles et eux.

« On n’est pas des robots » © Nathalie Mohadjer

Dans le cadre du projet, vous avez travaillé au sein de 4 zones de logistique – 2 en France et 2 en Allemagne. Avez-vous constaté des différences entre les deux pays ?

Cécile Cuny : Nous avons mené l’enquête à l’échelle de 4 sites : Marne-la-Vallée et Orléans pour la France ; Francfort et Kassel pour l’Allemagne. Il faut se garder de généraliser des situations observées dans une ville au reste du contexte national. Par exemple, les entrepôts de Marne-la-Vallée et Francfort avaient recours à une part importante de femmes de nationalité étrangère sous le statut intérimaire, tandis que la main d’oeuvre de l’entrepôt de Kassel – aussi bien intérimaire que salariée – était beaucoup plus masculine. Ces différences découlent des politiques de recrutement et d’encadrement de la main d’oeuvre de chaque entrepôt.

« On n’est pas des robots » a été réalisé en collaboration avec 4 sociologues. Qu’est-ce que cela a apporté à la dimension photographique du projet ?

Cécile Cuny : Cela apporte une mise en perspective et un décentrement réciproques. Les méthodes d’enquête utilisées par les sociologues (observation et entretiens) deviennent aussi des formes esthétiques (« observatoire photographiques » et « itinéraires photographiques »).

« L’approche photographique permet – il me semble – une meilleure mise en discussion du travail avec le public. »

« On n’est pas des robots » © Hortense Soichet

Inversement, les formes esthétiques proposées offrent une approche sensible et ouverte aux différentes thématiques d’enquête sociologiques. Ces thématiques sont les conditions du développement des zones logistiques, leur impact sur les territoires, le travail en entrepôt, son organisation, les effets sur la vie personnelle des travailleurs et travailleuses. L’approche photographique permet – il me semble – une meilleure mise en discussion du travail avec le public (et en tous les cas un effort pour rendre le travail accessible auprès d’un public qui n’est pas seulement académique).

« On n’est pas des robots » est construit en 3 temps. Vous alternez dans le projet l’observation des zones de logistique avec la tenue d’entretiens avec les travailleurs. En 3ème temps, vous pointez votre objectif sur l’occupation des espaces, les traces laissées par les individus dans les entrepôts. Comment – à titre individuel – avez-vous appréhendé le terrain ?

Hortense Soichet : J’ai eu la chance de pouvoir m’investir durant les 3 temps de la recherche, en commençant par le travail d’observation des zones en 2016, alors que je découvrais le sujet de notre recherche et sur lequel je n’avais jamais travaillé précédemment. À cette période, je travaillais surtout avec un sociologue de l’équipe qui finissait sa thèse sur le travail en entrepôt et qui m’a donné les clés de lecture pour comprendre ces espaces. Puis, durant le temps dédié aux itinéraires, j’ai pu rencontrer une quinzaine de manutentionnaires accompagnés d’un(e) sociologue de l’équipe et prendre connaissance d’une diversité de situations et de perceptions de ce secteur d’activité.

Chaque manutentionnaire nous a invité à parcourir en sa compagnie son environnement familier. Au début, j’ai perdu pied, ça allait trop vite pour moi, je n’avais pas le temps de faire des photographies posées et de suivre les échanges entre l’enquêté(e) et le ou la sociologue. Mais grâce à la complicité d’un enquêté (Didier) que j’ai pu revoir à plusieurs reprises pour affiner ma méthode, j’ai trouvé ma place dans le dispositif, qui s’est trouvé être plus à distance de l’entretien. Enfin, j’ai poursuivi le travail en effectuant quelques prises de vue dans l’entrepôt de livres d’Interforum où sont stockés les exemplaires du livre « On n’est pas des robots »! C’était un moyen de finir ce projet en pénétrant enfin dans les entrepôts et en photographiant des détails évoquant le travail.

Nathalie Mohadjer : Comme photographe, mon appréhension du terrain est toujours ouverte et interactive. Je laisse mes sujets interagir, se mettre en scène de la manière la plus libre qu’ils souhaitent. Je veux créer un rapport de confiance, une zone de confort dans laquelle ils se sentent libre de véhiculer les messages qui leurs tiennent à coeur.

« Par couches successives, j’essaye de faire ressortir les traces signifiantes d’une situation pour essayer de reconstituer le puzzle, la trame de l’histoire en cours. »

© Nathalie Mohadjer

J’aime tout particulièrement ce contraste entre leur fierté et la difficulté de leur quotidien et c’est ce point en particulier que je cherche a retranscrire dans mes photos. Mon approche photographique est aussi très archéologique.

Même si mes sujets sont tous attachés au présent, pour les comprendre je met en place un système de fouilles photographiques dans un temps long. Par couches successives, j’essaye de faire ressortir les traces signifiantes d’une situation pour essayer de reconstituer le puzzle, la trame de l’histoire en cours. L’instant présent se révèle alors à moi avec une acuité apportée par cette approche de contournement du sujet. Le présent, par nature très fuyant, se construit ainsi figé avec le plus d’objectivité possible et le moins de sensiblerie.

© Hortense Soichet

Cécile Cuny : Mon entrée dans le sujet et sur le terrain s’est faite à travers une première série d’entretiens avec des syndicalistes et responsables du développement économique dans des communes de la banlieue de Francfort, en parallèle de premières visites (sans appareil photo) de quelques zones, toujours dans la banlieue de Francfort.

Même s’il existe des cartographies détaillées des principaux pôles d’emplois logistiques (qui permettent de repérer les zones dans les quatre villes étudiées), rien ne vaut une première expérience du terrain, de ce à quoi elles ressemblent concrètement, de l’expérience que l’on peut en faire. Or elle est différente d’un site à l’autre, souvent en fonction de la date de développement ou du type d’activités (logistique pour la grande distribution ou pour l’industrie, zone associant activités industrielles et logistique, ou logistique et activités commerciales etc.).

Vous avez utilisé plusieurs traitements dans ce projet, photographiques et vidéo. Racontez-nous.

Hortense Soichet : L’opportunité de travailler dans un tel contexte a permis d’expérimenter différentes approches du sujet, différents outils et de prendre le temps de se tromper et de recommencer. Grâce à cela, j’ai pu réaliser tout d’abord un travail fondé sur des relevés photographiques sous la forme de transects dans le paysage (traversées en ligne droite) pour documenter tous les axes traversant les deux zones logistiques françaises de l’enquête.

Puis, j’ai réalisé un travail d’observation  vidéo d’un lieu de vie situé sur la zone de Saran, un bar-cafeteria-restaurant. Et le reste du travail a été effectué en argentique au moyen format car je souhaiterais instaurer un rapport moins direct aux images durant les itinéraires, un moyen aussi de faire moins de photographies et d’être plus dans la lenteur qu’impose un tel procédé.

Nathalie Mohadjer : En général  je préfère travailler en argentique. Pour ce projet j’ai décidé de travailler en film avec un appareil petit format avec une Contax T2. La taille de cette appareil permet de se rapprocher facilement des gens sans les intimider. Je ne produis pas beaucoup d’images et j’aime être le plus mobile possible.

Cécile Cuny : J’ai essentiellement utilisé un appareil réflex numérique plein format. J’ai aussi l’habitude de travailler sur pied (dans mes précédents travaux, j’ai beaucoup travaillé à la chambre grand format). Mais dans les deux cas (observatoires des zones logistiques et itinéraires) les conditions ne se prêtaient pas à l’usage du pied (les zones n’étaient pas aménagées pour cela — flux de circulation très importants sans trottoirs ; les itinéraires allaient trop vite). Je suis revenue à un usage plus proche du reportage.

Quelles sont vos inspirations en photographie ?

Hortense Soichet : Chaque partie de l’enquête a mobilisé des références spécifiques. Pour la partie sur les observatoires, on s’est au départ référé aux observatoires photographiques mais la méthode nous semblait manquer de souplesse pour être pertinente dans notre contexte de prise vue. Moi je me suis plus particulièrement inspirée du travail « JFK » de Laurent Malone et Denis Adams qui est une marche photographique sous la forme d’un transect entre Manhattan Downtown et l’aéroport JFK à New York. Pour la partie sur les itinéraires, nous nous sommes chacune inspirées très librement de la méthode des itinéraires  proposée par le sociologue Jean-Yves Petiteau et notamment dans ses collaboration avec  Gilles Saussier.

Nathalie Mohadjer : je suis inspiré par des photographes comme Bertien van Manen, Jitka Hanzlova, Boris Mikhailov et Paul Graham pour leur amour de la vie dans tout ces conditions.

Cécile Cuny : Une référence commune, même si elle n’était pas directe et peut-être surtout théorique, a été le travail de Allan Sekula (Fish Story); pour les observatoires photographiques, le travail de Ed Ruscha sur le Sunset Strip et pour les itinéraires, plutôt la forme du roman-photo privilégiée par Jean-Yves Petiteau dans ses collaborations avec le photographe Bernard Renoux, même si elle a été adaptée à une forme plus proto-filmique dans un diaporama où le texte est monté comme un sous-titre.

Pouvez-vous nous décrire le déroulement des balades photographiques que vous avez menées avec 20 employés manutentionnaires en France et en Allemagne ?

Cécile Cuny : Elles sont très différentes, ce serait long à décrire pour chaque cas. Les conditions sont souvent précisées dans les introductions qui accompagnent chaque itinéraire dans le livre : certains se sont fait en voiture, d’autres à pieds, sur des distances souvent très différentes (à l’échelle du même quartier ou à celle de toute une agglomération).

« On n’est pas des robots » © Hortense Soichet

Le projet s’est déroulé sur une période de 3 ans. Avez-vous découvert des choses, sur place, qui vous ont surpris, constaté des évolutions ? Comment les avez-vous intégrées au projet ?

Cécile Cuny : La durée du projet était de 3 ans, même 4 si on compte les premières explorations. Dans un processus de recherche et de création, on va toujours de découvertes en découvertes, sans que ce soit nécessairement spectaculaire. Disons que les différences entre chaque site, chaque entrepôt ont été des ressorts importants pour faire évoluer le projet. Cela a rendu le projet plus complexe mais certainement aussi plus intéressant : pour la partie recherche, nous avons mis un ou deux ans à arriver à proposer une analyse qui tienne – à peu près – et, quand on regarde, deux ans, c’est aussi le temps passé à concevoir l’exposition photographique.

Après d’autres expositions, « On n’est pas des robots » devait être présenté au Festival Fictions-Documentaires (annulé en raison de la situation sanitaire). Comment la fiction émerge-t-elle dans le récit documentaire, dans le cadre de ce projet?

Hortense Soichet : La « Fiction documentaire » pourrait être considérée comme une écriture au sein de la photographie documentaire. En laissant une place de choix aux personnes et sujets photographiés, l’enjeu est de faire un pas de côté pour co-constuire ensemble une autre image, qui n’a pas vocation à adhérer au réel mais à interroger, à porter un regard critique et cela pour rendre davantage visible une situation. Quelque part, notre travail répond cela, notamment avec les itinéraires qui proposent une co-écriture d’un récit entre photographe, sociologue et sujet laissant la place à une forme de réinvention de soi.

© Hortense Soichet

Quel est le message final que délivre « On n’est pas des robots » une fois le travail de tous les collaborateurs assemblé ? 

Cécile Cuny : Je pense que ce n’est pas à nous de le dire mais aux spectateurs et spectatrices de l’exposition ou aux lecteurs et lectrices du livre. Le message, s’il y en a un, ne peut pas être unique et univoque. C’est précisément l’intérêt de restituer une recherche par le biais de la création photographique ou, plus généralement, artistique : les scientifiques ne sont pas les seuls détenteurs de la vérité.

Mais je peux expliquer pourquoi nous avons retenu une expression — souvent entendue dans les entretiens — comme titre de l’exposition : « On n’est pas des robots. » Ce n’est pas seulement le discours sur la digitalisation ou l’automatisation qui est interrogée ici, mais aussi ce que notre mode de production et de consommation fait à ces travailleurs et au travail en général. On peut considérer qu’ils nous interpellent sur ce que nous sommes et souhaitons pour notre avenir : si « on n’est pas des robots », qu’est-on ? que veut-on être ou devenir ?

@Cécile Cuny

Merci à Cécile Cuny, Hortense Soichet et Nathalie Mohadjer d’avoir répondu à nos questions. Pour vous procurer le livre « On n’est pas des robots » publié aux Éditions Creaphis, rendez-vous sur le site de l’éditeur. Alternant photographies et témoignages il retrace cette enquête de 4 ans dans les mondes ouvriers.

Vous pouvez retrouver l’intégralité des séries des photographes sur leurs sites respectifs : Nathalie MohadjerHortense Soichet et Cécile Cuny.