En plein milieu du désert du Kazakhstan se trouve le lieu rêvé de tout adepte d’urbex. Le photographe Alexander Kaunas s’est rendu au cosmodrome de Baïkonour, base de lancement des engins spatiaux soviétiques et russes.

Ce qui pousse les photographes à braver les autorités kazakhes ? Deux navettes spatiales et sa fusée de lancement prenant la poussière dans un immense hangar depuis les années 90. Aujourd’hui abandonné, l’endroit demeure étroitement surveillé. Ainsi, seules une poignée de personnes ont pu en sortir avec leur carte SD en poche.

© Alexander Kaunas

Une base hautement sécurisée

Au milieu de 80 kilomètres de désert et de quelques plateformes de lancement encore actives pour la Station spatiale internationale, se trouvent deux hangars désaffectés de l’ère soviétique. Ce sont les vestiges du programme Bourane, le plus ambitieux (et le plus coûteux) des projets spatiaux de l’URSS.

Copiées sur celles de la NASA, deux navettes spatiales réutilisables sont construites, mais seulement l’une d’entre elles est mise en orbite en 1988. À la chute de l’URSS, elle est clouée au sol et l’arrêt des financements plonge le site dans l’abandon.

© Alexander Kaunas

S’y rendre est extrêmement risqué et les conséquences peuvent être lourdes ! Alexander Kaunas a voyagé de nuit afin de traverser les dizaines de kilomètres entre la route principale et les premières lignes de barbelé couvrant la zone sans se faire repérer.

Dans la vidéo réalisée par le photographe, on le voit se jeter au sol afin d’échapper au regard des gardes. À nouveau, nous rappelons qu’il fait partie des rares à s’en sortir avec des images et sans condamnation.

Le premier hangar : les navettes spatiales

Après des heures de marche dans le désert à lutter contre le froid et la fatigue, Alexander Kaunas se trouve face aux derniers obstacles avant d’atteindre les hangars. Le jour est sur le point de se lever, et malgré les mois de travail en amont de cette expédition, le photographe doit trouver des points d’entrée non obstrués par la sécurité. Une fois entré, le photographe découvrira le premier module spatial et établira un camp provisoire pour y passer la journée.

© Alexander Kaunas

Dans ce hangar se trouvent les deux navettes enfermées dans cette prison de béton et plongées dans un silence impressionnant. Il parcourt les étages afin de photographier ces trésors spatiaux. Il remarque sur l’une des navettes une échelle menant à une écoutille, et se glisse tel un astronaute à l’intérieur. Mais malheureusement, il n’y a plus grand-chose à voir.

Après la chute de l’URSS, dix ans sont passés pendant lesquelles les Kazakhs ont vécu dans le doute quant à l’avenir du site de Baïkonour et de nombreux visiteurs ont fini par dépouiller l’endroit. Tout ce qui avait de la valeur a disparu. Il ne reste plus que la carcasse extérieure de ces mastodontes destinés à côtoyer les étoiles.

© Alexander Kaunas

Le second hangar : la fusée Energia

Après avoir passé une journée complète à faire le tour des navettes, le photographe attend la nuit pour explorer le second hangar. À environ 400 mètres de la navette, la fusée de lancement se tient droite, enfermée. On croirait presque que les lieux ont été brusquement évacués alors que le décollage était imminent. La fusée Energia mesure prêt de 59 mètres de haut et servait à mettre les navettes en orbite.

© Alexander Kaunas

Cette fois, impossible de trouver un moyen de rentrer à l’intérieur de la fusée. Beaucoup plus sécurisée – et scellée de toutes parts –, Energia est un vestige bien préservé. De la même manière, Alexander Kaunas va monter dans les étages autour de la fusée afin de la photographier sous tous ses angles.

© Alexander Kaunas

La quintessence de l’urbex

La pratique de l’urbex inclut très souvent la visite de lieux interdits. Malgré les interdictions strictes d’entrée sur le site, les vestiges de la conquête spatiale russe de Baïkonour figurent parmi les lieux d’exploration urbaine les plus convoités au monde.

Le domaine de l’astronomie et de l’espace nous a tous fait rêver. Son côté inaccessible, mystérieux voire mystique crée une certaine fascination. La preuve : ces hangars en ruine et ces modules plein de poussière, de corrosion et de fientes suscitent notre émerveillement. Le gris du béton, le jaune des échafaudages et l’ocre du métal rouillé sont les couleurs dominantes dans les clichés d’Alexander Kaunas. Elles permettent une immersion dans le silence et la solitude de ces hangars.

Nous vous rappelons cependant que la pratique de l’urbex peut être dangereuse. Vous pouvez vous exposer à des risques de chutes ou à des poursuites judiciaires.

© Alexander Kaunas

Vous pouvez retrouver les photos d’Alexander Kaunas sur Behance.

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