Le World Press Photo a décerné le 16 avril dernier ses prix pour l’année 2020. Plus de 4 000 photographes concourraient dans les 15 catégories du prestigieux concours de photojournalisme. Le prix “Photo de l’année” a été remis au japonais Yasuyoshi Chiba, photographe de l’AFP. Son cliché Straight Voice montre les manifestations pro-démocratie au Soudan de 2019. Retour sur les différents clichés primés.

Depuis 1955, le concours World Press Photo récompense les professionnels pour les meilleurs clichés destinés à la presse. Pour cette 63e édition, 73 996 photographies ont été soumises par 4 282 photographes venant de 125 pays. Dans chacune de ces 15 catégories, un prix « simple » pour une photo unique et un prix « Histoire » pour un photoreportage sont décernés.

Yasuyoshi Chiba, lauréat de la « Photo de l’année » du World Press Photo

En avril 2019, le photographe Yasuyoshi Chiba se trouve au Soudan à l’occasion des événements politiques – qui ont finalement mené à la chute d’Omar-el-Béchir.

En pleine manifestations pro-démocratique dans la capitale Khartoum, Straight Voice est pris le 19 juin 2019. « C’est le seul groupe qui manifestait pacifiquement que j’ai rencontré pendant mon séjour et j’ai été touché par la solidarité invaincue de leur révolution », affirme le photographe de l’AFP.

Le cliché montre un jeune homme entouré de dizaine de manifestants. La bouche ouverte, la mains sur le cœur, il récite un « poème de protestation ». Une forme de slogan littéraire, et ici, pacifique. Privé d’électricité à la suite d’une panne de courant, ce jeune homme est éclairé par les téléphones portables des autres manifestants.

World Press Photo 2020

© Yasuyoshi CHIBA / AFP

« Des gens ont brandi des téléphones portables pour illuminer un jeune homme du centre. Il a récité un célèbre poème de protestation, improvisé. Entre son souffle, tout le monde a crié « thawra », le mot révolution en arabe. Son expression faciale et sa voix m’ont impressionné, je ne pouvais pas m’arrêter de me concentrer sur lui et capturer l’instant. » explique-t-il.

Les jurés ont loué « l’espoir » illustré par ce cliché. Il démontre selon eux le pouvoir de la jeunesse et de l’art. Sa photo a aussi gagné le 1er prix de la catégorie General News.

Retrouvez les photographies gagnantes des années précédentes :

Les photos gagnantes du World Press Photo 2018

Prix du Reportage Photo de l’année pour Romain Laurendeau

Romain Laurendeau a remporté le « Reportage photo de l’année » World Press Photo. Après avoir passé cinq ans en Algérie, il présente Kho, la genèse d’une révolte (« Kho » voulant dire « frère »). Une série de 30 images en noir et blanc sur la jeunesse algérienne.

World Press Photo 2020

© Romain Laurendeau

Il a photographié le quotidien de la jeunesse des quartiers populaires d’Alger, décrite comme « perdue ». Il a été touché par la précarité de ces jeunes et par leur désintérêt de l’État et de ses institutions. Il met en avant l’importance du football dans la vie de ces jeunes. Romain Laurendeau assiste aussi en février 2019 à La Révolution du sourire. Des milliers de jeunes des quartiers populaires descendent de nouveau dans la rue contre le président Abdelaziz Bouteflika.

© Romain Laurendeau

World Press Photo 2020

© Romain Laurendeau

Dans sa série de photos, la précarité est dominante. Renforcée par le noir et blanc, elle saute aux yeux sur chacun des clichés. À travers les tags, les ruelles sales, les barres d’immeubles immenses, parfois des accoutrements. Mais pas une seule photographie ne montre cette jeunesse seule. Au contraire, elle témoigne de la force que peut avoir une population soudée, réunie autours de valeurs identiques : une jeunesse qui marche vers un même but. Le réel point commun entre eux ? La volonté de changement, et l’amour de leur nation, leur croissant étoilé.

« Environnement » : Esther Horvath

Dans la catégorie « Environnement », la photographe du New York Times Esther Horvath a reçu le premier prix pour Ours polaire et son ourson.

World Press Photo 2020

© Esther Horvath

À bord du navire scientifique le « Polarstern », la photographe fait partie d’une expédition enquêtant sur les conséquences du changement climatique en Arctique. Le cliché prit le 10 octobre 2019 immortalise un ours polaire et son petit s’approchant de l’équipement placé par les scientifiques. Éclairés par un puissant spot lumineux, les deux ours apparaissent dans la nuit noire qui règne sur les pôles à cette saison. Blanc sur blanc, ces deux drapeaux orange n’ont l’air d’intriguer que le jeune ours. Comme s’il venait de découvrir la présence de l’homme sur son territoire.

Le « Portrait » de Tomek Kaczor

C’est le photographe polonais Tomek Kaczor qui remporte le prix « Portraits » 2020. Son cliché Éveil prit début juin 2019 présente une jeune fille dans un fauteuil roulant, encore sous sonde à oxygène.

World Press Photo 2020

© Tomek Kaczor

Ce portrait est celui d’Ewa, une jeune Arménienne de 15 ans. Au moment du portrait, elle est tout juste sortie de l’état catatonique provoqué par un traumatisme psychologique : celui de quitter son pays en tant que réfugié. Assise dans un fauteuil roulant, accompagnée de ses parents, elle fuyait l’Arménie pour la Suède, mais se trouve ici dans un centre d’accueil pour réfugiés à Podkowa Leśna, en Pologne.

On peut lire sur son visage de la fatigue, mais on voit aussi un regard franc, direct, révélant assurément un traitement lourd et un trauma qu’elle a surmonté. Affaiblie dans son fauteuil, les bras protecteurs de ses parents l’entourent. À ses côtés comme en signe de soutien, de retrouvaille et de courage. Leurs doigts touchant presque la chaîne autour du cou d’Ewa, comme pour diriger notre regard dans celui de la jeune fille.

Le buzzer de Mark Blinch dans « Sports »

Dans la catégorie « Sports», le photographe sportif de la NBAE Mark Blinch a reçu le premier prix pour Batteur Buzzer Game 7 de Kawhi Leonard.

World Press Photo 2020

© Mark Blinch

Kawhi Leonard, numéro 2 des « Raptors » de Toronto, regarde son tir gagnant dans le panier. Son équipe oppose les « 76ers de Philadelphie » dans le match 7 des demi-finales éliminatoires de la NBA 2019, à la Scotiabank Arena à Toronto, Canada.

C’est ce qu’on appel dans le basket un « tir buzzer« . Le score est de 90 à 90, un seul panier peut qualifier les équipes pour la finale. Lorsque le match prend fin, le buzzer retenti. Mais si la balle est en l’air à ce moment, le match ne se termine que lorsqu’elle touche le sol. Mark Blinch a réussi à capturer ce moment : le chronomètre indique la fin du match, mais la balle dans l’arceau indique que Kawhi Leonard va qualifier son équipe. Le photographe réussit à capturer cet instant de joie immense pour les joueurs et supporters.

L’émouvante « Nature » d’Alain Schroeder

C’est le photographe belge Alain Schroeder qui remporte le prix « Nature » 2020. Sa photographie Adieu Final présente un bébé orang-outan d’un mois reposant sur le drap opératoire d’une équipe de secours près de la ville de Subulussalam, en Indonésie.

© Alain SCHROEDER

Menacés d’extinction à cause de la déforestation, il reste moins de 15 000 orang-outans dans le monde. La mère du bébé orang-outan, nommée Hope par les secouristes, a été retrouvée totalement aveugle, avec une clavicule cassée et 74 blessures. Des villageois lui ont tiré dessus après qu’elle ai mangée des fruits de leurs vergers.

Alain Schroeder capture les derniers instants de cette petite femelle. Les yeux et la bouche ouverte, les bras le long du corps, sans vie. Seule éclairée au centre du cliché, comme pour nous rappeler de l’état de la planète aujourd’hui.

Vous pouvez retrouver l’ensemble des photographies et reportages récompensées sur le site internet de l’organisation World Press Photo