Longtemps resté anonyme, il affichait ses « clichés volés » durant la nuit, qu’il cimentait sur les murs des grandes villes sous le nom #Backtothestreet. À Paris, Marseille, Lyon, Arles… mais aussi à l’étranger à New York, Londres, Tokyo ou encore Lisbonne. Aujourd’hui, Jean-Baptiste Pellerin sort de l’ombre et expose à la galerie Artazart une centaine de photographies du 12 mars au 23 juin 2020. Focus sur les photos de Backtothestreet qui mêle la photographie de rue au street-art.

En raison de la crise du coronavirus et à la demande du gouvernement, cette exposition est pour le moment suspendue suite à la fermeture temporaire de la librairie / galerie Artazart.

Mise à jour 11/05/20 : l’exposition a réouverte chez Artazart depuis lundi 11 mai et jusqu’au 23 juin prochain. Dans ce nouveau contexte, Jean-Baptiste Pellerin exposera également des photos de rue réalisées durant la confinement, comme présenté sur ce reportage de France 3.

Un mot sur la galerie Artazart

L’espace d’exposition Artazart installé dans les années 2000, attenant à sa librairie de création du 83 quai de Valmy à Paris accueille désormais les clichés du photographe qui exposait jusqu’ici dans la rue, une galerie à ciel ouvert.

Toujours plus engagée dans la photographie, l’enseigne a organisé les premiers concours Lomo mais aussi entre-autres Polaroid « Your Magic Universe » sous le parrainage de Patti Smith. Elle présente les plaques de l’artiste en entrée libre comme à son habitude.

Quand le street-art expose la photographie au mépris des lois 

Jean-Baptiste Pellerin, qu’on connaissait jusqu’ici sous le nom Backtothestreet, pratique la « photo volée » depuis 35 ans dans les quartiers populaires des grandes métropoles. Scènes de rues avec des décors chaotiques, ses petites photographies au format cartes postales (10 x 15 cm) sont composées comme des tableaux.

© Backtothestreet

Son acte de coller ses photographies la nuit, en toute illégalité, sur les murs des grandes villes, débute il y a 5 ans après avoir vu le documentaire « Faites le mur » de Banksy. « L’idée de rendre à la rue ce que je lui ai pris m’est apparue comme une évidence ! ».

Très vite, les photographies capturées par les passants à chaque découverte de ses photos enfermées entre un carreau de céramique et une plaque de verre, deviennent virales sur Instagram sous le hashtag #backtothestreet. Il faut dire que ces clichés créent de l’animation et de la curiosité dans les rues. Son nom commence à fuiter sur la toile, contribuant à faire sortir le photographe de l’anonymat.

« Quand j’ai commencé à coller mes photos dans la rue, j’ai préféré rester anonyme pour éviter les ennuis car ces pratiques restent illégales. Puis mon nom est sorti à plusieurs reprises sur les réseaux sociaux et j’ai décidé de laisser faire et d’arrêter de me cacher.» raconte-t-il.

« Il nous faut construire des ponts plutôt que des murs dans cette époque de repli sur soi. »

Backtothestreet

© Backtothestreet

La passion de la photographie de rue et du street-art

Pris sur le vif — et c’est cette particularité propre à la photographie de rue — ses clichés représentent le naturel des actions qu’il perçoit à travers son viseur, à la recherche d’agencement de couleurs, d’actions couplées à un décor frappant qui le font appuyer sur le déclencheur. Cette vision instinctive de la formation de l’image, il la tire de ses inspirations.

Car en effet, sa passion pour la photographie date de l’adolescence. « Je suis issu d’une famille d’artistes et j’ai toujours été entouré par l’image. En découvrant adolescent un numéro de Zoom consacré à Robert Doisneau, j’ai eu la révélation ».

Le déclic se fait, c’est la rue qui sera son terrain de représentation de la réalité. « Je ne peux pas l’expliquer , je m’y sens bien ! » admet le photographe. Il tire également son inspiration des photographies en noir et blanc de Richard Avedon et de « ses lumières si particulières» tout comme des photographies de Steve McCurry qui lui ont donné envie d’aller en Inde. Mais l’imagination n’a pas de limites, et la peinture, le cinéma ou encore la musique peuvent lui donner des idées photo.

© Backtothestreet

« Je crois qu’au début, je n’ai pas pensé à faire passer un message, je photographiais ce qui me plaisait, en essayant de faire des images qui respectaient certains critères esthétiques. Mais petit à petit, je me suis rendu compte que mes photos – en plus de m’épanouir – faisaient du bien aux gens qui me suivaient dans mon travail. J’ai alors compris qu’elles pouvaient jouer un rôle d’ouverture vers l’autre. »

© Backtothestreet

Sortie de l’anonymat : quand le street-art rencontre les espaces d’exposition

Les photographies signées Backtothestreet entrent désormais pour la première fois – et pour notre plus grand plaisir – dans un espace d’exposition où le public pourra découvrir une centaine de clichés regroupés à un seul endroit. Le concept de sa photographie s’inscrit dans son style : on vient voir des clichés de street-art.

Avec cette sortie de l’anonymat, on peut désormais relier les photos de Backtothestreet à celles de Jean-Baptiste Pellerin et de sa nouvelle série qu’il vient de concocter avec une nouvelle approche, celle du portrait de rue.

Désormais, le photographe fait participer les gens en leur demandant de poser pour lui. Il en ressort des portraits de rue où on ressent la complicité d’un instant nouée avec le photographe, la personnalité et un moment de la journée des individus qui font l’âme d’une ville.

Chaque cliché de ces parisiens est accompagné d’une anecdote sur l’échange qui s’est déroulé lors de la prise de vue, ou d’un commentaire du photographe. La photographie — si elle peut paraître moins spontanée — se crée en collaboration avec les passants.

© Backtothestreet

Le photographe explique cette nouvelle approche par un changement de perception dans sa démarche après l’année charnière de 2015 où il réalisa deux documentaires et un reportage sur les réfugiés de La Porte de La Chapelle.

« Pendant plus de vingt ans, j’ai pratiqué ce qu’on appelle la “photo volée“. Puis, fatigué de l’ambiance de méfiance vis à vis de l’image, j’ai posé mon boitier pour une caméra, avec laquelle j’ai réalisé deux films documentaires et de nombreux petits clips. Ensuite, la photographie m’est revenue comme un boomerang. Mais quelque chose s’était passée.  Je ne pouvais plus faire comme avant. L’expérience du documentaire m’avait poussé à aller à la rencontre de mes sujets.»

« Comme pour la plupart des gens que je prends en photo, j’ai beaucoup de tendresse pour ce couple » © Backtothestreet

On s’est demandé comment se passait la prise de vue et si les gens acceptaient facilement de jouer le jeu : « Je ne sors jamais sans mon appareil photo et consacre beaucoup de temps à arpenter les rues à la recherche de sujets originaux. A priori tout le monde peut m’intéresser, mais il faut un petit quelque chose en plus ; une couleur, une forme de vêtement, une aura… Puis dans un second temps il faut trouver un décor pour former un ensemble », nous explique Jean-Baptiste Pellerin.

«J’essuie pas mal de refus, mais si la personne accepte, tout va très vite, Nous construisons la photo ensemble ; je laisse mon sujet choisir la pose et la façon dont il veut être vu, et je m’occupe du reste en me concentrant sur la partie esthétique (composition, lumière, fond…). »

– Vous faites des films aussi ? – Oui, ça m’arrive. Pourquoi ? – Ben parce que je suis acteur © Backtothestreet

L’exposition est à découvrir jusqu’au 23 juin 2020 à la galerie Artazart. « Prostituée, bobo, SDF, religieux, bourgeois, dealer, je ne juge personne… » signe le photographe. Peut-être qu’un mieux vivre ensemble passe par prendre le temps de mieux regarder l’autre. C’est ce qu’on pourra découvrir tout au long de cette expo.

Informations pratiques :

Backtothestreet
du 12 mars au 23 juin 2020
du lundi au vendredi de 10h30 à 19h30
samedi : 11h à 19h30
dimanche : 13h à 19h30
Entrée libre

Galerie Artazart
83 quai de Valmy
75010 Paris