World Press Photo vient de dévoiler la photo gagnante de son grand concours annuel, qui récompense les images prises par les meilleurs photojournalistes du monde entier. L’organisme a choisi de distinguer la photo de John Moore illustrant le sort des migrants à la frontière entre le Mexique et les États-Unis. En marge de cette annonce, l’analyse des métadonnées des photos primées permet d’observer quels matériels sont utilisés par les professionnels de l’image.

World Press Photo

La photo de John Moore primée lors du World Press Photo Contest 2019

Le site espagnol Photolari a agrégé toutes les données issues des différents clichés, et les a classées par marque, par système, par boîtier et par taille de capteur.

Ainsi, Nikon perd la première place qu’elle avait acquis en 2018. L’année dernière, 52% des photos gagnantes avaient été prises avec un boîtier de la marque en jaune et noir, contre 30% pour Canon. En 2019, ce dernier reprend la tête : ses boîtiers ont capturé 46,4% des images primées, contre 36,8% pour Nikon.

Le cas de Sony est intéressant à étudier. Sa progression en termes de parts de marché est indéniable : la firme est devenue numéro 1 des ventes d’appareils full frame l’année dernière aux États-Unis. Toutefois, son utilisation par les photojournalistes de Word Press Photo n’a pas beaucoup évolué. Seul un finaliste a confirmé utiliser un boîtier Sony (un A7R II).

En termes de systèmes, les reflex dominent toujours (et de loin !) le paysage du photojournalisme. 71,1% des photos récompensées l’ont été avec un boîtier de type reflex, tandis que les hybrides représentaient seulement une part de 4,4%. Ils se font même dépasser par les compacts experts, qui s’arrogent une part de 8,9%.

Ces chiffres se confirment dans la répartition par boîtier : les Canon EOS 5D Mark IV et Mark III sont largement en tête du classement, suivis par le Nikon D5 et l’EOS 1DX Mark II, qui arrive ex aequo avec le Nikon D850.

En termes de taille de capteur, le plein format est surreprésenté : 73,3% des images ayant remporté un prix ont été shootées avec un boîtier full frame.

Toutes ces données sont particulièrement intéressantes à analyser, car elles montrent la différence de répartition des marques et des systèmes entre le marché des appareils grand-public et celui des photographes professionnels. Du côté du grand-public, la part des hybrides ne cesse de croître, portée notamment par des marques telles Panasonic, Olympus, Fujifilm, mais bien entendu Sony. Un succès qui a d’ailleurs poussé Canon et Nikon à se tourner eux aussi vers ce type d’appareil (en commençant par l’APS-C pour Canon).

Les photographes professionnels, quant à eux, restent fidèle aux reflex et plus spécifiquement au duopole Canon-Nikon. Une décision qui peut notamment s’expliquer par l’imposant parc optique proposé par les deux marques, mais également par l’étendue de leur réseau mondial de distribution et de réparation. Enfin, l’aspect financier est à prendre en compte : au vu des sommes engagées, les grandes rédactions se tourneront sans doute davantage vers une solution technique éprouvée et ayant fait ses preuves depuis de nombreuses années. Un challenge à relever pour Sony et son Pro Support et les d’autres acteurs comme Panasonic, qui a annoncé cette année être partenaire officiel du Festival de Cannes pour tenter de séduire les professionnels.

L’arrivée des Panasonic S1/S1R, du Nikon Z 7, mais également du futur hybride très haut de gamme de Canon pourrait toutefois changer la donne, et inciter certains professionnels à se tourner vers les solutions hybrides.