Alors qu’une exposition des lauréats de la 61e édition du concours World Press Photo 2018 se tient à la Galleria Carla Sozzani à Paris, nous avons rencontré Lars Boering, directeur de la fondation depuis 2015.

En avril dernier, il annonçait les vainqueurs du concours dont le Vénézuélien Ronaldo Schemidt a remporté le grand prix de l’année avec sa photo l’Homme torche. Lars Boering répond à nos questions sur la fondation et l’avenir de celle-ci.

Lars Boering, directeur de la fondation World Press Photo

Depuis 1955, le World Press Photo est non seulement devenu le concours de photojournalisme le plus reconnu, mais aussi un tremplin à la carrière des photographes reporters. Un succès qui se doit, selon Lars Boering, aux 29 personnes travaillant tous les jours au développement de la fondation et à leur envie de célébrer la photographie et son pouvoir de narration. Sans oublier la qualité des photos sélectionnées…

Grand Prix World Press Photo 2018 © Ronaldo Schemidt / AFP

Après la polémique de 2015, World Press Photo met un point d’honneur sur la vérification des photos

En avril dernier, le directeur a dû s’expliquer sur la polémique de 2015. Un prix avait dû être retiré pour falsification de l’image et mensonge sur le lieu de la prise de vue. Giovanni Troilo devait remporter le prix pour la catégorie « Problématiques contemporaines » avec sa série sur Charleroi, mais il a avoué n’avoir pas pris la photo à Charleroi et avoir procédé à une mise en scène pour créer la photo. Un problème survenu lorsque Lars Boering prenait ses fonctions à la tête de la fondation et sur lequel il revient pour rassurer le public. « C’est important pour nous de garder la confiance installée entre le public et nous. » Depuis, des moyens ont été mis en place pour renforcer le contrôle des photographies.

« Nous voulons simplement que les 4 millions de personnes qui voient nos photos puissent croire en ce qu’ils voient. Même si cela reste toujours une interprétation de la part du photographe vous pouvez voir à travers la photographie les choses qui se sont vraiment produites. »

Charleroi © Giovanni Troilo

Pour cela l’équipe technique demande, une fois la sélection des lauréats faite, les fichiers originaux des photos (en format RAW par exemple). L’équipe technique vérifie qu’elles soient bien à leur état brut. « Ils sont très pointilleux et trouvent le moindre détail grâce à de nouvelles technologies », clarifie Lars Boering. Dans le cas où une photo serait retouchée, le ou la photographe est immédiatement disqualifiée. C’est un processus long de deux semaines pour pouvoir vérifier l’intégralité des photos reçues, mais « nécessaire au succès de notre fondation » confirme Boering.

Des nouveautés pour World Press Photo

Cette année, une nouvelle catégorie a été mise en place : l’environnement. Alors que la catégorie « nature » existait déjà, Lars Boering explique avoir souhaité dissocier les deux thématiques pour pouvoir laisser les photojournalistes s’exprimer aussi sur le changement climatique et l’influence des humains (qu’elle soit bonne ou mauvaise) car « c’est un débat de plus en plus important pour le public ».

Toujours côté nouveautés, Lars Boering avait annoncé en avril vouloir inviter les photographes à parler et expliquer leur photo. Une façon selon lui de pouvoir rendre justice au travail fourni derrière un cliché dont parfois, on ne soupçonne pas la difficulté. « Tout le monde peut faire des photos, on veut savoir pourquoi la vôtre est spéciale », nous explique le directeur.

« Nous allons inviter les participants à monter sur scène pour expliquer leur travail, les gens sont fascinés par l’histoire, le « comment ont-ils fait ça ? » est vraiment de plus en plus présent dans l’esprit du public. Nous voulons qu’il obtienne la réponse. »

Un projet en cours de développement pour World Press Photo

Le souhait de Lars Boering est d’avoir un impact. Un impact favorable comme avec le projet African Photojournalism Database créé il y a deux ans qui vise à connecter les journalistes photographes africains au reste du monde. À mettre la lumière aussi sur leur travail en les répertoriant dans une base de données afin qu’on puisse avoir accès à leurs coordonnées. « Nous trouvons cela ridicule de favoriser des personnes plus que d’autres, pour nous il est important de donner sa chance à tout le monde. »

Mais le petit projet florissant au sein de l’équipe du World Press Photo cette année, c’est une chaîne YouTube. Lars Boering veut se tourner davantage vers le média vidéo en développant une chaîne YouTube pour être encore plus visible et « lutter au mieux pour la liberté de la presse et de l’expression ».

Retrouvez les 55 lauréats du World Press Photo exposés à la Galleria Carla Sozzani, du 3 novembre au 2 décembre 2018.

Informations pratiques
Lauréats du World Press Photo 2018
Galleria Carla Sozzani
22 rue Marx Dormoy, Paris 18e
métro La Chapelle
du samedi 3 novembre au dimanche 2 décembre 2018
Ouvert tous les jours de 11h à 19h
Plein tarif : 6€
Tarif réduit pour les étudiants et les plus de 65 ans : 5€