Sur le stand de Canon France au Salon de la Photo 2018, nous avons rencontré Jérémie Villet, jeune photographe animalier et ambassadeur Canon qui nous explique comment il est parvenu à vivre de son rêve d’enfant et son quotidien en pleine nature lorsqu’il part photographier les animaux sauvages.

© Jérémie Villet

Jérémie Villet, son parcours pour devenir photographe animalier

Né de parents agriculteurs dans une ferme au milieu des champs dans les Yvelines, Jérémie Villet se souvient qu’il entendait des cerfs bramer au fond de son jardin quand il était enfant. « Avec mes frères on allait les voir et quand on a commencé à en parler à l’école aucun de nos amis ne nous croyait. On a donc commencé à les prendre en photo seulement pour prouver à nos amis qu’on avait vraiment des cerfs dans la forêt au fond du jardin ».

Très vite, le jeune homme se rend sur des forums pour partager ses photos et c’est comme cela qu’il progresse en photographie. Il suit les conseils des personnes avec qui il communique et équipé d’un reflex appartenant à son père, Jérémie se perfectionne. Avec le temps, il obtient son premier appareil photo compact et s’amuse à faire de la digiscopie. « Je faisais mes photos à travers mes jumelles puis à travers une longue vue que notre grand-père nous avait offerte pour regarder la lune. Du coup, avec un appareil photo de moyenne qualité j’arrivais à faire des photos d’assez loin et assez belles. »

© Jérémie Villet

Petit à petit, Jérémie comprend que la photographie est un bon moyen de retranscrire ses rêves d’enfant qu’il gardait en tête depuis les premières fois où il allait dans les bois. « J’avais envie de faire vivre aux autres ce que je vivais à travers mes photos ».

Pourtant, Jérémie sait qu’il est difficile de vivre du métier de photographe, alors il se lance dans des études de lettres dans le but de devenir journaliste. Mais c’était sans compter sur le célèbre concours Wildlife Photographer of the Year qui prima Jérémie en 2013 pour sa photo de bouquetin dans les montagnes. Une ombre de bouquetin devant une mer de nuages remontés après l’orage le long des vallées, une scène magnifique qui faisait rêver Jérémie même s’il ne croyait pas gagner le concours.

« J’avais toujours rêvé de ça, j’en avais vu sur des peintures de Samivel et j’étais fasciné. Je trouvais ça très graphique. Donc avec un objectif 24-70mm j’ai pris un bouquetin avec ce paysage derrière. Ça retranscrivait bien ce que je ressentais et depuis je ne fais que des plans aérés comme celui-ci où l’on ne voit pas uniquement l’animal. Je ne pensais pas du tout gagner le concours, je me suis juste dit que cette photo était chouette. »

© Jérémie Villet

Une reconnaissance qui arrive la même année que son diplôme. Sa famille lui faisant confiance, il décide de se donner un an pour réussir. Désormais, Jérémie Villet vadrouille à l’autre bout du monde pour photographier ces animaux et cette nature qu’il chérit tant.

Mais le jeune photographe nous explique qu’il n’a pas pu vivre directement de la photo animalière. Commençant par des mariages, il se fait repérer pour son style déjà très « blanc » et sera engagé pour faire des photos d’avions pour une marque.

Ce n’est que depuis deux ans que Jérémie Villet arrive à vivre uniquement de ses clichés d’animaux. Pour cela, le photographe les vend aux galeries d’art ou à des décorateurs qui les utiliseront dans des chalets à la montagne. Des tirages très grands qui ne sont pas forcément à la portée de tous, c’est pour cela que Jérémie a pour projet de faire un livre photo. Un projet qui n’a pas encore de date, faute d’être reporté pour manque de photos. Le photographe, qui ne retouche aucune de ses photos, dit ne compter qu’une cinquantaine de « très bonnes photos », ce qui est un peu juste pour pouvoir faire un livre photo qui compte en moyenne 200 photos.

« Je ne retouche jamais mes photos. Je n’aimerais pas aller dans de beaux endroits et en faire de mauvaises photos qui auraient besoin d’être retouchées. Du coup, je reviens rarement d’un voyage avec plus de dix bonnes photos. »

© Jérémie Villet

Être photographe animalier, une façon de vivre pour Jérémie Villet

Mais lorsqu’on vit son rêve d’enfant, au contact de la nature et dans l’intimité des animaux, on s’isole dans un paradis de glace. Pour Jérémie, la passion prend le dessus sur la solitude. « Quand je suis dans la nature je ne me sens pas seul ou en manque de la civilisation. En revanche, il faut que je me coupe totalement du reste du monde. Si j’envoie des messages et que je garde un minimum de contact alors là, je ressens l’envie d’être avec les gens et un manque. »

« Je me sens à ma place dans la nature. »

© Jérémie Villet

C’est donc une vie contrastée entre des mois de solitude et des mois où il peut revoir tout son entourage et s’occuper de vendre ses tirages. Le passionné de paysages enneigés explique ne pas construire de vie sentimentale mais concernant sa famille, personne ne s’inquiète lorsqu’il part en voyage : « je peux leur donner des nouvelles si je veux, je suis toujours dans des endroits où l’on capte mais si je donne une nouvelle ça sera plus une mauvaise nouvelle qu’une bonne. Ça peut paraitre égoïste mais c’est pour aller au bout des choses et vivre mon aventure totalement ».

Mais le retour à la vie « normale » est mal vécu par le photographe : « J’ai souvent le cafard quand je rentre. Je suis très idéaliste, je n’arrive pas trop à apprécier les petites choses simples de la vie ».

© Jérémie Villet

Et ce genre d’expédition nécessite une organisation, Jérémie Villet repère les lieux dans un premier temps sur internet, puis s’en va au volant de son van avec son Canon EOS 5D Mark IV et son objectif 400mm f/2.8 L IS II USM, plusieurs batteries, du lait concentré, des jumelles, un GPS de randonnée et un livre qui parle d’un sujet qui n’a aucun rapport avec la montagne. « Cela me permet de m’échapper un peu quand je lis une histoire qui me fait rêver de ce que je ne vis pas sur le moment », confie le photographe.

Une fois arrivé sur place, Jérémie prend son sac, sa tente et part s’installer dans la montagne. Il survit jusqu’à deux semaines en totale autonomie à l’aide de nourriture déshydratée, de viande séchée et de pâte qu’il fait cuire avec l’eau fondue de la neige. Comme les conditions d’hygiène sont minimes voir inexistantes, Jérémie fait attention aux nombres de couches de vêtements qu’il met afin de ne pas transpirer.

© Jérémie Villet

Des conditions de vie inhabituelles qui n’effraient absolument pas cet amoureux de la nature qui nous explique s’adapter au rythme des animaux et se fondre dans leur monde. Passant des journées entières à attendre de photographier une scène, le photographe nous confie : « Tu t’ennuie un peu parfois surtout quand tu as froid, je m’endors aussi beaucoup mais bon ce n’est pas grave si je rate une photo personne ne le saura. Après, je suis tellement excité de voir les animaux que j’arrive à tenir ».

Mais Jérémie Villet rencontre aussi des personnes quelques fois. Des rencontres peu ordinaires comme il nous le raconte : « en trois mois, je vais peut-être croiser trois personnes. Mais une fois, j’ai rencontré un homme avec qui j’ai vécu un mois. C’était un ancien des forces spéciales américaines à qui on avait dit de se cacher. Il vivait là juste avec son arme et sa canne à pêche. Je croise souvent des gens qui ont des vies un peu folles, quelques fois ça me donne envie de vivre comme eux ».

© Jérémie Villet

Pour terminer notre rencontre, Jérémie Villet nous conte une anecdote amusante qu’il a vécu un soir de shooting. « Une fois je faisais des photos de nuit de bouquetins. Et je voulais la ville éclairée qui scintille en fond avec les ombres de bouquetins qui passaient devant, c’était trop beau. À un moment, j’ai entendu un énorme souffle au-dessus de moi et j’ai compris que c’était un aigle qui venait juste de passer au-dessus de ma tête et c’était fou.

Je regardais mes photos à ce moment-là et je me dis « putain elles sont trop bien avec l’aigle qui arrive ! » j’avais vraiment l’impression de vivre un moment de nature hyper puissant. Puis je rentre me coucher, je cherche mon tapis de sol partout pour pouvoir dormir dessus mais je ne le trouve pas. Du coup je m’endors n’importe comment parce qu’il est 4h du matin et je suis fatigué. Et là, je me réveille en sursaut, et je me dis « putain mais c’était mon tapis de sol ! »… Je regarde mes photos et l’aigle que je croyais avoir pris en photo c’était mon tapis de sol. Voilà ma super photo d’aigle n’était que mon tapis de sol qui s’était transformé en tapis volant ».

© Jérémie Villet

Nous remercions Jérémie Villet pour ses réponses à nos questions, rendez-vous sur son compte Instagram ou sa page Facebook pour suivre ses aventures.