Spécialiste de la photographie nocturne, Alexis Pichot joue avec ces ambiances sombres et ses lumières dansantes pour nous offrir des clichés spectaculaires. Avec un éclairage maitrisé et des lieux propices à l’imagination, l’artiste nous montre une autre facette de la nuit.

Dans cette interview, il nous raconte sa découverte de la photographie, sa passion pour la nuit et ses techniques pour l’illuminer.

Alexis Pichot

Invalides Jardin Nord, Les Armées Lumières © Alexis Pichot

Pour commencer, qui es-tu et quel est ton parcours ?

Je suis Alexis Pichot et j’ai 37 ans de vie parisienne. Pendant plus de 10 ans, je travaillais en tant que décorateur d’intérieur et il y a 6 ans j’ai pris un virage en tant que photographe d’espace et d’architecture avec une légère addiction à la nuit.

Alexis Pichot

Light & Paper © Alexis Pichot

Comment as-tu découvert ta passion pour la photographie ?

J’ai un souvenir précis lors de vacances à la montagne où j’étais partie pour la première fois avec un vieil appareil photo argentique Olympus OM2. J’ai découvert le plaisir de saisir les émotions de mes amis et surtout de vivre mes propres émotions en photographiant.

Puis la nature et l’architecture prenaient de plus en plus de place sans vraiment m’en rendre compte. La nuit est devenue comme un espace de jeux où je découvrais la magie du temps de pose long, où la surface sensible de l’appareil photo me montrait des scènes que je ne voyais pas à l’œil nu.

Alexis Pichot

Marche Céleste © Alexis Pichot

Comment ton éducation a-t-elle influencé tes créations ?

Je me suis égaré dans des études d’écogestion… donc pas trop d’influence de ce côté-là ! Mais mon environnement familial et mes années passées dans la décoration d’intérieur ont clairement ouvert et nourri mes yeux sur l’approche des volumes dans l’espace ainsi que de l’esthétisme.

Alexis Pichot

Marche Céleste © Alexis Pichot

Qu’est-ce qui t’a orienté vers ton style photographique ?

Je passais régulièrement des nuits à photographier Paris, mais je sentais qu’il me manquait une expression plus personnelle. Puis j’ai découvert le travail du jongleur Ima Kokode (Manda Lights) qui utilisait le feu dans ses performances artistiques. Celles-ci étaient photographiées en temps de pose long et on pouvait voir tous les tracés lumineux de ses flammes. Ce fut un déclic et de là est née ma première série : Révolution Parisienne, où je mettais en scène et en feu le mobilier urbain parisien. Série transitoire entre mon métier de décoration et de photographe.

Alexis Pichot

Révolution Parisienne © Alexis Pichot

Y a-t-il autre chose que tu aimes explorer dans cet art ou dans un autre ?

Dans toutes les formes de création, j’aime la découverte, l’exploration, l’inattendu, l’aboutissement et aussi l’erreur qui permet la remise en question et ouvre un nouveau champ des possibles.

Alexis Pichot

Marche Céleste © Alexis Pichot

Quels sont les artistes et les photographes qui t’inspirent le plus ?

Les personnes qui m’inspirent le plus sont mes amis, photographes ou non, avec qui j’ai le plaisir d’échanger et d’approfondir des sujets artistiques.

Après dans les grandes lignes, j’adore Edward Burtynsky, Nadav Kander, Olafur Eliasson, François Morellet, Dalí

Alexis Pichot

Light & Paper © Alexis Pichot

Pourquoi photographier principalement de nuit ?

Se retrouver dans un univers nocturne donne à voir l’espace de façon très différente, en général la présence humaine a disparu et je me retrouve seul face à un paysage à étudier et à interpréter. Il y a cette sensation d’être un explorateur qui vient découvrir, percer ces scènes de nuit que nous n’avons pas l’habitude de voir.

Alexis Pichot

Révolution Parisienne © Alexis Pichot

Comment prépares-tu un shooting photo (sélection du lieu, des sujets, de la lumière…) ?

Généralement je ressens un appel pour un lieu qui est un peu comme une évidence à photographier. Par exemple la série Marche Céleste est née suite à un besoin fort de me connecter à la nature et de faire corps avec elle.

Je connaissais la forêt de Fontainebleau en tant que grimpeur et je savais son potentiel photogénique.

Une fois mon sujet défini et l’espace à photographier, je travaille beaucoup à l’instinct et je suis à l’écoute de mes émotions face au paysage. Très souvent, c’est au moment où je me retrouve au cœur de la scène que se dessine mon intervention lumineuse, ce qui requiert une certaine diversité dans mes outils lumineux ! Mais évidemment, j’ai aussi des images très précises en tête et je cherche alors le bon lieu pour les exprimer.

Alexis Pichot

Garde Républicaine Cavalier, Les Armées Lumières © Alexis Pichot

Quelles sont tes techniques photo pour arriver à ce résultat ?

Toutes mes photographies sont réalisées de nuit en temps de pose long. Pour cela j’ai besoin de placer mon appareil photo sur un trépied, de faire les réglages nécessaires ISO (sensibilité du capteur), vitesse d’obturation (quelques secondes à plusieurs dizaines de minutes) et ouverture du diaphragme (quantité de lumière qui traverse l’objectif) en fonction de la pollution lumineuse environnante et du dessin lumineux que je souhaite réaliser.
Quelle que soit la matière lumineuse choisie, le process est toujours le même. Ce procédé de temps de pose long permet à l’appareil photo de retenir tous les tracés lumineux en mouvement qui s’opèrent devant lui. Dans le cas de mes images, je suis donc acteur et dans un sens performeur, car je tiens les lumières dans mes mains et je « dessine dans l’espace ».
Concernant Révolution Parisienne, j’utilise de vraies flammes, mais évidemment je ne brûle pas le mobilier. L’intensité des flammes est telle que je peux être rapide dans mes mouvements et l’appareil photo aura retenu les déplacements des flammes. Grâce à cette rapidité, celles-ci n’ont pas le temps d’accrocher le sujet. 😉
Pourquoi ne me voit-on pas dans l’image ? Je suis habillé en noir, je fais attention de me placer le plus souvent possible derrière la source lumineuse et être en déplacement. Ainsi l’appareil photo n’a pas le temps de me voir. Évidemment si je ne bouge pas, je vais commencer à apparaître sous forme de fantôme.
Alexis Pichot

Light & Paper © Alexis Pichot

Voyages-tu beaucoup ? Avec qui ?

J’adore voyager et j’ai la chance notamment de le faire régulièrement avec la photographe Isabelle Chapuis pour notre série Blossom. Nous mettons en scène des nuages de couleurs dans des paysages qui nous émeuvent. 

Et des road trip photo sont souvent organisés avec le duo de photographes Yves Marchand et Romain Meffre. Et également avec le photographe Laurent Kronental.

Alexis Pichot

Marche Céleste © Alexis Pichot

Quel est le message que tu souhaites faire passer à travers ces photos ?

Je souhaite témoigner et partager ces paysages qui me touchent et la façon dont je les vois, interprète. Si j’arrive à transmettre une émotion aux spectateurs, j’en suis encore plus heureux.

C’est toujours fascinant de découvrir la lecture que chacun fait d’une œuvre, ce qu’elle dévoile : un souvenir, une odeur, une émotion…

Alexis Pichot

L’allée Verte #1, Révolution Parisienne © Alexis Pichot

As-tu une anecdote à raconter sur une série ou une expérience photographique ?

Le premier souvenir qui me vient à l’esprit est un tête-à-tête incroyable avec un cerf majestueux. C’était durant la réalisation de la série Marche Céleste, je cheminais dans un sous-bois de la forêt de Fontainebleau et tout d’un coup je m’arrête. Je pointe ma lampe torche vers une forme/ombre qui me semblait en mouvement… je reste là, concentré à étudier le moindre mouvement, mais rien ne bouge.

Je ne sais pour quelle raison, mais je commence à émettre un son comme pour appeler un cheval (difficile à décrire par écrit) tout en déplaçant ma lampe torche vers la droite. Tout d’un coup mon halo de lumière illumine ce cerf qui était face à moi, fixe et me regardait sans bouger avec ses énormes bois. J’ai été surpris et bien évidemment j’ai eu une belle montée d’adrénaline. J’ai tout de suite éteint ma lampe, puis je me suis ravisé tellement j’avais envie de le regarder. On s’est observé pendant plusieurs secondes puis il est parti tout doucement. 

Cette scène a été assez courte, mais quelle intensité ! Un souvenir gravé à tout jamais dans ma mémoire.

Alexis Pichot

Evanescence, Les Armées Lumières © Alexis Pichot

Quel matériel photo emmènes-tu (appareil(s) photo, flash, trépied, lumière…) ?

J’utilise un Nikon D810, un trépied photo en carbone avec une rotule micrométrique de la marque Manfrotto. Mes sources lumineuses sont très variées dans leurs styles et utilisations, ce sont toutes des LED. Ça va de la lampe torche, au ruban de LED à des panneaux LED pour la vidéo. Je fabrique aussi beaucoup d’outils lumineux.

J’utilise aussi un drone comme moyen de transport de mes lumières, pour aller éclairer des zones inaccessibles.

Alexis Pichot

Marche Céleste © Alexis Pichot

Quel est l’équipement que tu emmènes partout et pas que pour des projets photo ?

Je n’ai pas d’équipement qui ne me quitte pas. J’aime beaucoup l’idée d’avoir des coupures et de faire autre chose, de mettre en éveil mes autres sens.

Aurais-tu des conseils pour les photographes qui souhaiteraient se lancer ?

Le plus simplement, écoutez-vous, faites-le avec joie et épanouissez-vous 

Alexis Pichot

Les Armées Lumières © Alexis Pichot

Quel(le)(s) photographe(s) aimerais-tu que l’on interviewe ?

Je vous invite à découvrir le travail photographique d’Isabelle Chapuis !

Un dernier mot ?

MERCI !

Rendez-vous sur le site d’Alexis Pichot pour découvrir davantage de photographies. Vous aussi vous souhaitez dessiner dans la nuit ? Suivez nos conseils pour réaliser du lightpainting, des étincelles et la technique des sparks.