Jeudi 12 avril 2018, le jury du World Press Photo a désigné la photographie de presse de l’année. Petite sélection pour vous donner un aperçu des nominés et vous dévoilez nos photographies préférées.

C’est en 1955 que l’organisation à but non lucratif World Press Photo a vu le jour à Amsterdam. Depuis, elle nomme dans un concours mondialement reconnu la photographie la plus marquante de l’année.

Les thèmes les plus photographiés cette année sont évidemment la crise au Vénézuéla, les attentats terroristes en Europe, aux États-Unis et au Nigéria, la guerre au Moyen-Orient, mais aussi l’environnement et les transgenres africains.

Neuf catégories sont mises à l’honneur : Photo of the YearSpot News, General News, People in the News, Sports, Contemporary Issues, Long-Term Projects, Environment et Nature. Une exposition itinérante parcourt ensuite 45 pays et 100 villes pour un total de 4 millions de visiteurs environ. Un livre photo sera également publié en 6 langues.

Nous avons sélectionné 15 photographies de façon subjective. Les photographies gagnantes sont disponibles sur notre article.

World Press Photo

Venezuela Crisis, Nominee for The World Press Photo of the Year © Ronaldo Schemidt / AFP

La crise vénézuélienne a commencé en 2016 lorsque l’opposition a recueilli près de 6 millions de signatures pour un référendum posant la question du renvoi du président socialiste Nicolas Maduro, au pouvoir depuis la mort d’Hugo Chavez. Ce dernier avait annoncé un plan de réformes visant à modifier le processus démocratique du Vénézuéla pour éviter d’avoir des opposants majoritaires à l’Assemblée nationale. Des grèves générales ainsi que des manifestations ont eu lieu dans tout le pays. En juillet 2017, on dénombrait déjà 115 morts.

Sur la photographie de Ronaldo Schemidt nominée pour être la World Press Photo de l’année 2018, on voit Salazar, un jeune manifestant vénézuélien, prendre feu après qu’un réservoir de moto ait explosé près de lui. Ce sont les manifestants qui allumaient ces feux et jetaient des pierres sur les forces de l’ordre pour les repousser.

World Press Photo 2018

Banned Beauty, Contemporary Issues Stories © Heba Khamis

Le photographe Heba Khamis est allé photographier un phénomène répandu en Afrique de l’Ouest et du centre, mais peu connu dans le reste du monde, le « repassage des seins« . Pour éviter de se faire violer et de tomber enceinte trop rapidement, les adolescentes tentent de limiter le développement de leur poitrine par différents moyens. À l’aide d’une ceinture, elles s’entourent le torse pour compresser leurs seins. D’autres chauffent une meule, une spatule ou un pilon et l’utilisent pour les presser ou les masser. Ce sont souvent les mères ou les sœurs plus âgées qui infligent à ces jeunes filles ces rituels. Plus de 25% des femmes au Cameroun en sont victimes, dont plus de 50% selon les régions.

Ces traditions causent évidemment des problèmes de santé par la suite, notamment au niveau de la peau avec des lésions tissulaires et des infections. Peu de recherches scientifiques traitent ce sujet, la connaissance des conséquences est donc très limitée. Le modèle sur la photo s’appelle Kamini Tontines et elle n’a que 12 ans.

World Press Photo

White Rage – USA, Contemporary Issues Stories © Espen Rasmussen / Panos Pictures / VG

Pour la première fois depuis des décennies, des militants d’extrême droite se sont rassemblés aux États-Unis pour critiquer la façon dont le pays est gouverné. L’élément déclencheur de cette colère est le retrait de la statue de Robert E. Lee, un général confédéré.

Après un voyage en Virginie, en Virginie Occidentale et dans le Maryland, le photographe américain Espen Rasmussen a documenté cette colère blanche des États-Unis. Ce cliché, pris au moment parfait, est comme une métaphore du titre. La Rage Blanche se transforme en une fumée blanche toxique qui emplit la tête des militants.

World Press Photo

Feeding China, Contemporary Issues Stories 
© George Steinmetz / National Geographic

Cette vue aérienne nous vient du festival annuel d’écrevisses de la Province orientale de Jiangsu en Chine. Le photographe George Steinmetz a souhaité travailler sur les problèmes de nourriture en Chine. L’essor économique de la Chine a entrainé une augmentation des consommations de viandes, de produits laitiers et d’aliments transformés, obligeant le pays à augmenter sa production agricole et l’importation de nourriture.

World Press Photo

Back in Time, Contemporary Issues Stories © Thomas P. Peschak

Au premier plan, une photographie des années 1890 montrant une impressionnante colonie de manchots d’Afrique. À l’arrière-plan, l’endroit est le même que sur le cliché ancien, mais les animaux sont drastiquement moins nombreux.

Ces manchots étaient autrefois l’oiseau le plus abondant d’Afrique australe. C’est aujourd’hui une espèce menacée. Deux phénomènes sont en cause : la demande trop importante de guano, les excréments que ces manchots utilisent pour nicher et dont on se sert pour faire de l’engrais. La consommation trop importante d’œufs et de poissons par les humains est également un facteur.

Le photographe a su parfaitement jouer avec la structure du cadre pour capturer ce cliché. Plus de la moitié de la photographie est prise par la vieille photographie pour montrer le contraste impressionnant avec la colonie minuscule d’oiseaux qu’il reste aujourd’hui. De plus, un bateau passe exactement au même endroit sur les deux photographies.

World Press Photo

Paradise Threatened, Environment Stories © Daniel Beltrá

On change de catégorie, mais on reste dans la question de l’environnement et des oiseaux. Daniel Beltrá a souhaité faire une série sur la déforestation en Amazonie. Après les pics du début du siècle, la surexploitation de la forêt amazonienne avait diminué jusqu’en 2016, date à laquelle l’exploitation forestière, minière, agricole et hydroélectrique a repris de plus belle.

Ce poumon du monde absorbe le dioxyde de carbone et régule le climat. Sans ça, le réchauffement climatique va s’accentuer et provoquer encore plus de dérèglements climatiques. Ces ibis écarlates volent encore au-dessus des basses terres inondées. Combien de temps faut-il encore attendre avant que cette espèce disparaisse et que ce marécage soit exploité ?

World Press Photo

Hunger Solutions, Environment Stories © Luca Locatelli / National Geographic

Les Pays-Bas sont les deuxièmes plus gros exportateurs mondiaux de produits alimentaires après les États-Unis qui ont une surface exploitable 270 fois supérieure. Ce petit pays se sert de technologies innovantes pour pouvoir répondre à la crise alimentaire mondiale tout en réduisant drastiquement leur utilisation de pesticides chimiques et d’antibiotiques.

Ici, Henk Kalkman vérifie les tomates au Delphy Improvement Centre de Bleiswijk. Une véritable Food Valley a également été construite pour accueillir des stars-up sur le thème de la production agricole durable. Luca Locatelli est allé leur rendre visite en 2016.

World Press Photo

Wasteland, Environment Stories © Kadir van Lohuizen

Selon une étude de la Banque Mondiale, nous produisons chaque jour 3,5 millions de tonnes de déchets solides dans le monde, soit dix fois plus qu’il y a un siècle.

La photographie de Kadir van Lohuizen a été prise dans l’usine de recyclage de papier de Shizai à Tokyo au Japon qui traite les déchets depuis 1969. Le visage fatigué de cet homme à l’avant du camion montre que ce travail n’est pas de tout repos.

World Press Photo

Ich Bin Waldviertel, Long-Term Projects 
© Carla Kogelman

Depuis 2012, la photographe néerlandaise Carla Kogelman rend régulièrement visite à Hannah et Alena, deux sœurs qui vivent à Merkenbrechts, un village de bioénergie d’environ 170 habitants en Autriche près de la République Tchèque.

C’est en 2014 qu’elle a surpris Martin et Christian en train de regarder Alena monter dans une des granges. Ces deux frères, entre intrigue et curiosité paraissent totalement béa et scotchés derrière cette jolie fille qui grimpe l’échelle.

World Press Photo

Latidoamerica, Long-Term Projects © Javier Arcenillas, Luz

« Ce projet décrit la peur, la colère et l’impuissance des victimes dans la terreur quotidienne des gangs de rue, des meurtres et des vols au Honduras, au Salvador, au Guatemala et en Colombie », nous explique le photographe humanitaire Javier Arcenillas.

Depuis de nombreuses années, les pays d’Amérique Latine hébergent un chaos social grandissant notamment à cause du trafic de drogue et de la corruption politique. Les habitants en ont marre et manifestent, à leur risque et péril. Beaucoup d’entre eux quittent leur pays pour tenter de trouver un avenir meilleur, principalement aux États-Unis, qui ne les accueille pas à bras ouverts.

World Press Photo

Galapagos: Rocking the Cradle, Long-Term Projects © Thomas P. Peschak / National Geographic

Dans l’archipel des Galapagos, toutes les conditions sont réunies pour pouvoir abriter une diversité impressionnante de vie animale. Au moins 7 000 espèces différentes issues aussi bien de la faune et de la flore cohabitent, principalement des reptiles, des oiseaux et des insectes.

L’écosystème est sensible aux changements climatiques, notamment aux phénomènes naturels appelés El Niño et La Niña, provoquant de fortes sècheresses en Indonésie et d’importantes précipitations en Amérique du Sud. Pour certains chercheurs, même si ces deux phénomènes sont naturels, leur fréquence a augmenté à cause du réchauffement climatique.

Après nous avoir alerté sur ce sujet grâce à sa photographie des pingouins plus haut, Thomas P. Peschak est allé photographier des Sally-pied-léger sur une île de l’archipel. Ces crabes rouges sont très sensibles à la montée des océans.

World Press Photo

Warriors Who Once Feared Elephants Now Protect Them, Long-Term Projects © Ami Vitale / National Geographic

Au centre du Kenya, la tribu des Samburus a décidé en 2016 de fonder le Reteti Elephant Sanctuary afin de protéger les 6 000 éléphants de la région. Pour se faire, des équipes de professionnels protègent et accompagnent les éléphanteaux orphelins jusqu’à leur remise en liberté. Ce sont tous des anciens ou actuels soldats Samburu qui se battent corps et âme pour garder leur terre et la protéger.

Ami Vitale est allée à leur rencontre pour un article paru dans National Geographic. Elle nous explique que la tribu tire également profit de ces animaux au lieu d’en avoir peur et de les chasser : « Dans le passé, les populations locales n’étaient pas très intéressées pour sauver les éléphants, qui peuvent constituer une menace pour les humains et leurs biens, mais maintenant ils commencent à se rapprocher des animaux d’une nouvelle manière. Les éléphants se nourrissent de broussailles basses et abattent les petits arbres, ce qui favorise la croissance des graminées, ce qui est avantageux pour l’éleveur Samburu. »

World Press Photo

Steaming Scrum, Sport © Stephen McCarthySportsfile

Stephen McCarthy est allé à Rotorua en Nouvelle-Zélande pour photographier ces joueurs de rugby en pleine mêlée. Ce pays, connu pour son équipe des All Blacks exceptionnelle, a offert aux rugbymans et aux supporters un climat très humide pour ce match, d’où le nuage de fumée qui s’évapore de la troupe en sueur.

Ce 17 juin 2017, les British & Irish Lions l’ont emporté face à l’équipe néozélandaise 10 à 32.

Word Press Photo

Royal Shrovetide Football, Sport © Oliver Scarff / AFP

À Ashbourne au Royaume-Uni, les deux équipes rivales s’affrontent chaque année en jouant au Royal Shrovetide Football, un sport pratiqué depuis le Moyen-Âge. L’équipe des Down’ards affronte celle des Up’ards du Mardi gras au mercredi des Cendres, période marquant le début du carême chrétien. Les joueurs sont disposés de chaque côté de la rivière et doivent marquer des buts en tapant le ballon trois fois sur des meules placées dans des piliers distants de trois milles.

Le côté noir et blanc de la photographie fait ressortir le côté pittoresque de la scène qui anime la ville anglaise depuis plusieurs centaines d’années. De plus, le plan large que le photographe Oliver Scarff a décidé d’adopter nous permet d’observer une grande partie des protagonistes venus disputer la partie ou simplement la regarder.

World Press Photo

Car Attack, Spot News Singles © Ryan M. Kelly, / The Daily Progress

Les tensions sociales n’épargnent pas les États-Unis. En été 2017, des manifestations antiracistes se sont fait entendre dans les rues de Charlottesville en Virginie. Elles se dressent contre les groupes d’extrême droite, immortalisés par la série White Rage d’Espen Rasmussen (plus haut dans l’article).

Cependant, James Alex Fields Jr a choisi de faire taire ces protestations en fonçant dans une berline avec sa voiture, la propulsant avec une fourgonnette dans la foule. Il a tué une personne de 32 ans et blessé 19 autres. Il a été arrêté un peu plus tard.

La photographie de Ryan M. Kelly montre l’impact de la voiture sur les passants. Les corps, les chaussures, les boissons, les pancartes ou encore les lunettes volent en éclat dans cette cohue effroyable.

Maintenant découvrez les photographies gagnantes !Vous pouvez aussi lire l’article sur l’étude de Canon portant sur le thème du photojournalisme et du cliché parfait.