À l’occasion de l’annonce des gagnants du concours World Press Photo 2018, Canon, l’un des principaux partenaires de l’évènement, a décidé d’interroger pas moins de 222 photojournalistes pour comprendre ce qu’est une photo réussie.

C’est le 12 avril 2018 que nous connaitrons la photographie de l’année. Canon en a profité pour poser quelques questions aux photographes professionnels participants en mars dernier. Cette étude appelée Histoires en images : réussir LA photo nous explique les enjeux contemporains du métier de photojournaliste.

Canon Etude

Venezuela Crisis, Contemporary Issues Singles World Press Photo 2018 © Ronaldo Schemidt / AFP

Une histoire en une image

Ainsi, quand un photographe doit classer les éléments déterminants dans la réussite d’une histoire en image, 55% pensent que le plus important est de provoquer un changement de perspective sur la manière d’appréhender un sujet. Le but est donc de montrer ce qui est invisible pour révéler des vérités pas toujours très claires. Souvent, les photographes mettent leur vie en danger pour être au plus près de l’information et montrer les horreurs de certains faits de société. Plus qu’un art, le photojournalisme est engagé politiquement, ce qui peut être dangereux, mais très intéressant.

Le thème qui arrive à la deuxième place est donc évident, l’émotion, pour 48% des sondés. La photographie doit nous choquer, nous faire réagir pour provoquer une action déterminante de la part des populations, mais aussi des dirigeants politiques. La mort, le sang des blessés, un animal en détresse ou encore la violence des mouvements sociaux sont tant de sujets qui peuvent donner des images marquantes et donc réussies.

Pour seulement 31% des photojournalistes, l’histoire de la photographie est une chose importante pour réussir à raconter quelque chose à travers la photographie. Ce chiffre peut paraitre contradictoire, mais il s’explique plutôt rationnellement. Tout le monde est capable de photographier une foule de manifestants ou bien un incendie dans une usine. Le plus important pour avoir une histoire dans l’image n’est donc pas l’actualité en elle-même, qui est la portée de tous les locaux, mais de la capturer de façon à marquer les esprits, en y mettant de l’émotion et en montrant ce qui n’est pas simple de montrer.

Vient ensuite l’originalité du thème qui est important pour 25% des photographes sondés et enfin la composition pour 24%. Ce sont deux choses assez difficiles à capturer en tant que photojournaliste qui raconte une actualité reprise par d’autres et qui n’a pas le temps d’être bien composée. La photo est prise à l’instinct, sur l’instant, avec un temps de réaction souvent très rapide.

Etude Canon

Warriors Who Once Feared Elephants Now Protect Them, Long-Term Projects World Press Photo 2018 © Ami Vitale / National Geographic

La photo parfaite

Comment peut-on réaliser une photographie parfaite ? Pour 95% des réponses, la préparation est primordiale. Il faut bien choisir son sujet, son angle d’approche, mais également le préparer à l’avance. Dois-je conserver l’anonymat des modèles ? Quelle est l’ambiance des manifestations au Vénézuéla ? Quelle est la personnalité d’un homme/femme politique pour la photographier du meilleur angle ?

Le matériel est également une question indispensable pour les photographies qui ont besoin à 76% d’un appareil photo intuitif pour pouvoir prendre rapidement les meilleurs clichés.

Mais comment savoir si la photographie que l’on vient de prendre est réussie ? Comment savoir si c’est LA photo ? 56% savent dès le déclenchement que la photo qu’ils viennent de prendre est la bonne. Le photographe Giulio Di Sturco, interrogé par Canon, affirme que « dès l’instant où vous avez fait “LA photo”, vous le savez ! Vous sentez que tout est à sa place dans le cadre et, encore plus important, que vous avez saisi l’essentiel de l’histoire. ».

Etude Canon

More Than a Woman, Contemporary Issues Signles, World Press Photo 2018 © Giulio Di Sturco

L’avenir du photojournalisme

À l’image de la presse écrite et du journalisme dans son ensemble, les photographes se posent la question de l’avenir du photojournalisme, art à part entière qui résume une actualité turbulente en une image.
Pour 37% d’entre eux, cette discipline est en train de prendre une place prépondérante en raison de l’accroissement des réseaux sociaux et donc de la facilité de partage des images et de leur histoire (45%).

A contrario, 32% voient ces plateformes comme des menaces pour leur métier à cause du journalisme citoyen. En effet, chacun peut aujourd’hui rapporter une actualité via son smartphone. La photographie n’est évidemment pas de bonne qualité, mais elle est relayée sur les réseaux et également par les médias traditionnels. On le voit très bien lors d’événements tragiques où des vidéos et photographies amateurs circulent et font la Une des journaux.

Ce paysage médiatique qui a vu le jour dans la seconde moitié du siècle dernier est également en mutation, représentant un risque pour le photojournalisme selon 26% des sondés. La baisse de l’importance du rôle des journalistes menace également les photographes selon 20,5% d’entre eux.

La technologie aura également un rôle de plus en plus important à l’avenir. Pour 52%, la réalité virtuelle va prendre le dessus tout comme la réalité augmentée (49%). Il est donc temps de suivre le mouvement et de s’équiper, ce qui n’est pas encore fait pour 47% des photographes interrogés. Leur savoir-faire reste malgré tout irremplaçable pour 96% d’entre eux.

Etude Canon

Kid Jockeys, Indonesia, Sports Stories 2018 © Alain Schroeder

En attendant les résultats du concours World Press Photo 2018, vous pouvez revoir les clichés gagnants de l’année dernière.