Epic Stories venait d’avoir 3 ans d’existence en ce début d’année, mais 2017 marque l’arrêt définitif de ce projet ambitieux. La fin de ce magazine trimestriel a été annoncée en mars par son fondateur Jean-Matthieu Gautier après la sortie de son 12ème et dernier numéro.

La revue a connu le jour en janvier 2014, grâce à l’engouement de trois amis d’adolescence qui s’étaient promis de s’engager ensemble sur ce projet. Mais depuis plus d’un an et demi, Jean-Matthieu Gautier était seul à gérer l’ensemble de la revue et à se battre pour publier chaque trimestre un nouveau numéro d’Epic Stories.

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« A mi-chemin entre le magazine et le livret d’art », cette revue avait démarré comme un grand projet de vente de tirages sur internet. « L’idée de départ, c’est qu’il y a des tonnes de sujets qui ne sont pas exploités, qui ne sont publiés que partiellement. Tout le reste dort sur un disque dur. » Et ces photos endormies, Jean-Matthieu Gautier voulait les publier sur son site, Epic Stories, « « E » pour internet, « pic » pour pictures, et « stories » parce que ça raconte des histoires ». Le titre, en anglais, trahissait l’ambition d’un développement à l’international.

L’idée était de publier du contenu de qualité et de beaux reportages tout en soutenant les jeunes photoreporters et en les aidant à vendre des tirages de leurs photos. En créant la version papier trimestrielle du site Epic Stories, Jean-Matthieu Gautier a essayé de s’adapter à sa communauté, principalement composée de photographes qui donc « n’achètent pas de tirages mais sont gourmands en livre photo ».

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Mais c’est là où le bât blesse. Epic Stories, dont les abonnés sont principalement des photographes eux-mêmes, n’a jamais réussi à dépasser ce cadre d’initiés. « Ce truc m’a complètement pété à la gueule. En faisant une revue papier, je suis précisément retombé sur ce que j’essayais de contourner : une presse qui reste dans son monde, qui tourne en rond, dans ses sujets. »

Et comme cette revue indépendante n’a vécu que de ses abonnements et de ses ventes en ligne, il a été impossible de construire un modèle économique viable pour le projet. Malgré les campagnes de financement participatif, les moyens restaient moindres. Ces abonnements et ventes ne payaient en fait que l’impression de la revue. Les photographes participants au contenu, quant à eux, n’ont pu être payés la première fois qu’avec le numéro 7 de décembre 2016. Mais le salaire était surtout symbolique, obtenu grâce au sponsoring du numéro, et donc l’apparition d’un nouveau logo.

« Avant, les photographes n’étaient pas payés, et c’était pénible. Il y a eu de très beaux sujets que l’on n’a pas pu publier parce qu’on ne peut pas dire à l’auteur : ‘ton sujet est super, mais on ne peut pas te le payer’. Alors souvent ce sont des photographes qui ont déjà ‘rentabilisé’ leur sujet et qui veulent une publication plus originale. »

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Faute de temps, de moyens et de beaucoup d’énergie dépensée donc, Jean-Matthieu Gautier, qui est aussi photographe et doit gérer ses commandes professionnelles et ses propres projets personnels de long-terme, a décidé de mettre fin à l’aventure. Parce qu’il n’a « pas le choix », comme il l’explique dans son post Facebook annonçant l’arrêt de publication d’Epic Stories.

Malgré cet « échec commercial », le fondateur « reste content, pour le reste ». Fier de la qualité des reportages publiés, des rencontres faites dans le cadre de ce projet, du soutien de nombreuses personnes, Jean-Matthieu Gautier explique que cet échec commercial n’a pas empêché de créer un magazine qui a plu. « La fin d’Epic Stories, ce n’est pas négatif. Ce qui motive mon envie d’arrêter, c’est que je suis assez fier du résultat obtenu. Mais aujourd’hui j’ai besoin de tourner cette page. »

Le dernier numéro d’Epic Stories, le n°12, présente l’un des projets personnels du jeune photojournaliste du studio Hans Lucas, Rafaël Yaghobzadeh ainsi que le travail documentaire du photographe Arnaud Roiné sur les élèves d’une formation de maintenance motocycle. La série d’Elena Fusco sur l’internat Oeuvre Royal Ibis dédiée aux enfants issus de familles défavorisées préparés aux métiers de la mer et le travail du photographe Thomas Morel-Fort sur la discipline de lutte ancestrale, le Kuhsti, font aussi partie de ce numéro.

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Les dernières publications sont encore disponibles à la vente sur le site d’Epic Stories.