La rentrée est consommée pour la plupart d’entre vous, mais l’été n’est pas encore fini ; dans le sud il est encore là et ses activités estivales avec lui. Et pour ceux qui souhaitent le prolonger tout en éveillant leur regard, voici une piste que vous devriez suivre avec entrain. Vous êtes-vous rendus aux Rencontres d’Arles ? Si ce n’est pas le cas il vous reste encore une chance jusqu’au 20 septembre ! Cette deuxième partie de visite devrait vous convaincre : comme c’est d’usage je vous ai gardé le meilleur pour la fin.

L’événement photographique estival de référence vous avait déjà fait voyager dans la première partie de visite que je vous avais suggérée. Prolongeons l’exotisme avec pour commencer, dans la rubrique photo journalistique des « Plateformes du visible », une incursion dans des lieux qui suscitent de multiples réactions et sans doute en premier lieu pour la plupart d’entre nous la curiosité : « Les paradis fiscaux ».

Les Paradis, Rapport Annuel de Paolo Woods et Gabriele Galimberti

Une exposition dont je vous parle bien sûr parce que j’en ai apprécié la qualité des photos. Les cadrages et les couleurs valent le coup d’œil.

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Les Paradis, Rapport Annuel de Paolo Woods et Gabriele Galimberti

Il est vrai néanmoins que le sujet lui-même est dans l’air du temps, et que, mises de côtés les intentions, dénonciations ou conclusions, le travail photojournalistique de par la nature de son sujet est une prouesse en ce à quoi il accède. En effet, ces endroits sont par essence des lieux peu exposés, où l’entrée est difficile.

Paolo Woods et Gabriele Galimberti ont poussés pendant presque trois ans les portes de ces « paradis » (allant jusqu’à procéder à la création d’ une société nommée « The heavens »),  et nous révèlent avec leurs clichés et leur talent, des lieux, des situations, au-delà des images préconçues que nous pouvions avoir. Une réalité qui ne rime pas forcément avec « îles paradisiaques ».

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Exposition Les Paradis, Rapport Annuel de Paolo Woods et Gabriele Galimberti

Another Language

Dans la rubrique « Je vous écris d’un pays lointain », cette exposition regroupe 8 photographes japonais inédits en Europe. Les sujets sont hétérogènes : du paysage au nu. Plusieurs de ces propositions sont des séries ; un choix photographique particulièrement utilisé et commun dans la photographie japonaise. Essentiellement du noir et blanc.

J’ai particulièrement envie de vous parler du travail de Eikoh Hosoe qui allie performance d’acteur, introspection et sociologie sur fond de scénario mythologique ; des autoportraits en noir et blanc splendides et surprenants par leurs anachronismes.

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Photo d’Eikoh Hosoe

« From Window » de Masahisa Fukase nous raconte l’histoire d’un couple à travers des portraits que le photographe a fait de sa femme chaque jour. Une histoire d’amour qui a connue ses hauts, ses bas et une fin, narrée sans être jouée – puisque le style est photojournalistique – par ces portraits pris depuis la fenêtre de l’appartement conjugal.

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From Window de Masahisa Fukase

Dans un registre plus intime, la série de nus « Room » de Daido Moriyama, nous dévoile en même temps qu’un peu de la vie privée de cet auteur davantage connu pour ses photographies de rue, ses plans et angles originaux dans un autre terrain de jeu. On y retrouve le noir soutenu et le fort « grain » caractéristiques de ses noirs et blancs.

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Room de Daido Moriyama

Un aperçu de cette proposition qui m’a interloquée et dont je m’étais amusée en vous interrogeant sur notre Twitter : la surprenante série « Another black darkness » de Sakiko Nomura. Comme vous le constatez des photos « noires » dont le procédé dit de « solarisation » consiste à avoir exposer à la lumière les négatifs lors du développement. Lorsque l’on s’approche, on « devine » des scènes de nus où les corps ne sont que des lignes argentées. Nomura prétend grâce à ce procédé « repenser les corps et les textures et suggérer l’isolement avec poésie » … A vous de voir !

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Another black darkness de Sakiko Nomura

Total records

Pour finir cette visite sur une bonne « note », nous allons nous laisser porter comme à notre arrivée avec M, par les Résonances de la musique avec la photographie – ou l’inverse – à travers cette exposition de pochettes de disques. Une réelle surprise qui a séduite Arles cette année ! Il paraît que tous les grands photographes font un jour une pochette de disque…

Vous en trouverez 600 ici qui ont été sélectionnées après un tri important, et qui vous proposeront par leur biais une relecture de l’histoire de la photographie. L’exposition est étendue au cœur de l’Atelier des forges et recouvre divers formats. Le nom du photographe est volontairement inscrit le plus petit possible à côté de l’œuvre pour vous forcer à vous approcher et regarder en détails. On y aborde la richesse de l’histoire artistique : les questions de censure comme de procédé.

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Dans la partie consacrée au label de Jazz Blue Note, vous y verrez les photos originales à côté du recadrage réalisé pour la pochette. Un point de vue intéressant qui raconte ces photos prises pour la plupart en situation de show.

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Chaque pochette a son histoire et comme souvent lorsqu’on se penche sur une spécialité, on découvre la complexité et les questions qui lui sont propres ou les hasard qui mènent à des succès.

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Les Rencontres d’Arles Edition 2015 se finiront donc dans quelques jours avec l’été : si vous avez encore la chance d’y faire un saut : profitez-en !

Dores et déjà je voudrais vous donner en amont quelques tuyaux pour vous préparer pour 2016 …

La semaine d’ouverture ou ma “Note pour plus tard“

Juste un mot pour vous dire en quoi cette semaine est particulière et vous laisser ainsi la possibilité de choisir de vous rendre aux Rencontres cette semaine là – ou pas – pour les prochaines éditions.

La semaine d’ouverture des Rencontres est une semaine de présentation des expositions par le directeur accompagné des auteurs et/ou commissaires d’expositions. Le programme de ces présentations est assez dense et les visites commentées sont évidemment intéressantes mais relativement rapides en rapport avec la richesse de ce qu’il y a à voir. Ces visites sont accessibles à tous avec votre pass d’entrée. Des conférences, signatures de livres, discussions autour des sujets des expositions ont lieu en parallèle.

La presse se déplaçant également au cours de cette première semaine, attendez-vous à y être assez nombreux. Sachez aussi que, du coup, certaines présentations sont réalisées dans la langue des auteurs, qui sont accompagnés de traducteurs certes, et que bien que le festival soit bien organisé, il n’est pas toujours évident que chacun ait un dispositif audio pour les suivre.

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Visite d’exposition par Sam Stourdzé

Durant cette première semaine ont aussi lieu des présentations nocturnes : “Les Nuits de la Photographie” au cours desquelles sont remis des prix et présentés des travaux en lien avec les expositions ou en marge de celles-ci. Cette année par exemple, une soirée a été consacré à la Rencontre entre Martin Parr et Matthieu Chedid en prolongement de la présentation de leur travail en commun. L’accès à l’événement “La Nuit de l’Année” se déroule à ciel ouvert avec des projections dans la ville jusqu’à 3h du matin, et se mélange à une traditionnelle fête locale où tous les habitants descendent dans les rues. Ambiance assurée !

Globalement c’est une semaine où le mot “rencontre” prend son sens car les artistes et organisateurs sont présents et il est relativement aisé d’échanger avec eux.

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Visite d’exposition par le photographe japonais Daisuke Yokota

Côté “logistique” il est clair que tout ce monde concentré sur une semaine dans une – si – petite ville engendre quelques contraintes : les hôtels, chambres d’hôtes et autres lieux de résidences sont complets déjà plusieurs semaines à l’avance, et les prix un peu plus élevés que le reste de la saison. Les places de parkings sont infiniment rares…

Si vous aspirez à des visites commentées dans un cadre plus calme, alors profitez du reste de l’été pour vous rendre aux rencontres : en effet, à partir de la deuxième semaine et jusqu’à la fin de la saison, des équipes de “médiateurs-photographes” prennent le relais pour vous présenter les expositions. C’est gratuit de nouveau avec votre pass d’entrée aux expositions. Pour avoir fait les deux, je peux vous assurer de la qualité et du confort de cette deuxième formule ! Donc ne vous en privez pas …

Rendez-vous à Arles jusqu’au 20 septembre 2015 ou bien l’année prochaine !

Crédit Photo : L’Œil Derrière le Miroir • Photographie