Il faut comprendre – succinctement – le contexte dans lequel est née la photographie de mode avant de pouvoir aborder le travail d’un Tim Walker.

A la fin des années 80, la mode est en bonne santé. A l’image des deux mannequins les plus connus de l’époque, nommons Cindy Crawford et Claudia Schiffer, l’industrie de la mode renvoie une image en bonne forme, pulpeuse et juteuse.

Puis tout change à l’aube des années 90. A commencer par Corinne Day, qui en photographiant la jeune Kate Moss pour le magazine The Face en 1988, souhaite montrer l’envers du décor et les dessous de la mode. L’industrie et le monde entier voient ainsi apparaître le look heroin chic, à l’image de la consommation de plus en plus connue de la drogue dans le milieu de la mode. Un peu plus tard, en 1993, la campagne de pub de Calvin Klein met en scène la même Kate Moss et renchérit sur la mode heroin chic où l’on montre des mannequins maigrissimes aux formes anguleuses et aux traits fatigués. Kate Moss devient le symbole de cette génération de mannequins et incarne ainsi le waif look, l’allure d’enfant abandonné, aux cernes prononcés et au teint blafard.

La mort, en partie d’overdose, du jeune photographe Davide Sorrenti en 1997 – alors âgé de 21 ans – met un terme à cette mode voyeuriste d’une industrie accusée de promouvoir la consommation de drogue et l’anorexie.

C’est dans ce contexte que grandit le photographe anglais Tim Walker. Photographe indépendant, il gagne très tôt un prix qui l’envoie à New York où il devient l’assistant de Richard Avedon. Il raconte qu’au bout de 10 mois, il se fait virer, jugé trop peu réactif. Le photographe se décrit comme un rêveur, ce dont on ne peut douter dans sa photographie fantasque et surréaliste.

C’est le narratif qui plaît à Tim Walker. Les mises en scène qui en disent long sur la magie d’un monde. Donner ce côté fantastique à la photographie de mode était un grand challenge et Tim a rapidement su imposer son univers. Ses premières photos pour Vogue sont publiées alors qu’il n’a que 25 ans.

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Kirsi Pyrhonen pose en Pocahontas moderne pour le Vogue anglais dans le désert mongol en 2011.

Tim Walker s’inscrit ainsi dans cette nouvelle lignée de photographes de mode, en utilisant son appareil photo pour raconter et faire rêver ; chose que l’on avait longtemps oublié dans le milieu.

Même s’il s’agit de compositions fictives, Tim Walker n’est pas moins un photographe de mode. On le décrit comme le plus démodé des photographes de mode, dans le sens où il ne suit aucune directive mais impose son univers féerique qui rappelle celui de contes de notre enfance. Des couleurs pastel, des objets d’enfants détournés en géants. Poupées, peluches, animaux surprenants et jouets d’enfants sont mélangés à des robes de princesses et maquillages travaillés, le tout dans un monde quelque part entre ceux d’Alice au pays des merveilles et de Big Fish, le film de Tim Burton sorti en 2003.

Pourtant, il est curieux de voir que si ces photos font appel à nos souvenirs d’enfance, aucun conte n’est explicitement illustré. On peut retrouver des éléments de contes connus dans ses clichés, tels que la Belle aux Bois Dormant, la Belle et la Bête, le Chat Botté, la petite fille aux allumettes, le Petit Soldat de Plomb, le Petit Chaperon Rouge qui mettent en scène les plus grands mannequins d’aujourd’hui, Cara Delevingne, Kate Moss, Marion Cotillard ou encore Scarlett Johansson.

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La mannequin Lindsey Wixon pose en Alice au Pays des Merveilles pour le comté de Northumberland pour le Vogue italien

Si Tim Walker nous fait voyager dans un monde féérique, lui même explique qu’il adore se balader. « La photographie pour moi, c’est un peu comme collectionner des choses. Quand j’avais un appareil photo en main, il y avait toujours une raison d’aller quelque part. » Quelque part, mais pas n’importe où. Tim Walker aime le rêve, le merveilleux, l’étrangeté, l’absurde. Et la mode, accessoirement.

Le mélange du rassurant, avec les éléments du conte de Lewis Caroll que l’on reconnaît et l’effrayant représenté par une poupée à la taille démesurée et la lumière sombre qui jette l’ombre d’une jeune fille apeurée sur le mur. Tim Walker se réapproprie les histoires.