Dans un précédent article sur les phymes, cette nouvelle poésie visuelle qui pose un regard nouveau sur l’image, nous vous parlions du site Decapitate Animals. Pour en savoir plus sur son approche, nous avons demandé à son auteur de répondre à nos questions, ce qu’il a accepté.

Pour rappel, Decapitate Animals est un site au nom énigmatique, sans aucune explication, sans aucun texte mis à part les titres des articles (énigmatiques eux aussi). On y découvre de longues séries d’images extrêmement variées passant des images de guerre aux images de mode.

Cela fait 3 ans que je suis ce Tumblr et que je me rends compte que les images ne sont pas mises au hasard, mais qu’il y a des liens entre elles. Ce lien peut être un détail, un objet, ou bien des couleurs, des formes ou des ambiances. Quand on commence à se prendre au jeu et à chercher les corrélations, cela devient comme de la poésie visuelle, les images s’enchainent et riment entre elles par un détail, provoquant des associations inattendues et très inspirantes, d’où l’idée de phymes, lorsque la photo rencontre la rime (rhyme en anglais).

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Voici donc notre interview de l’auteur de Decapitate Animals, Tao Kitamoto.

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Tao Kitamoto, j’ai 23 ans et je vis à Copenhague, au Danemark, où je travaille autour du graphisme, de la photographie et du web.

Quand as tu créé le site Decapitate Animals et quelles ont été tes motivations ?

J’ai commencé il y a 5 ans environ. J’ai collecté énormément d’images à travers mes recherches sur internet et je pensais en faire quelque chose. Alors ça a commencé à devenir une sorte de journal intime visuel d’images qui m’inspirent ou qui m’intriguent.

Il n’y a aucune explication, mais on remarque que chaque image est liée à une autre (une couleur, une scène, une forme, etc.) Est-ce la bonne façon de le voir ? Y a-t-il une autre logique ? Comment construis tu ces séries ?

C’est vrai, la plupart des images ont un lien entre elles d’une certaine façon, ou sur certaines séquences. Parfois le lien est évident, d’autres fois le lien est plus subtil. Même lorsque je n’ai pas prévu de lien en particulier, les gens en cherchent et en trouvent quand même, j’aime bien cela.

Quand j’ai commencé, je mettais les images en vrac, de façon aléatoire avec juste quelques liens de temps en temps entre deux images. C’est généralement un mix d’images de photojournalisme, de femmes, de beauté, de graphisme, d’horreur et de guerre. Progressivement, j’ai commencé à organiser les images entre elles. Généralement, je ne crée pas volontairement de grandes histoires narratives, mais ce sont plus des séries d’images qui vont ensemble et qui racontent leur propre petite histoire à travers leur similarité et leurs juxtapositions. Quelques personnes m’ont dit qu’ils essayaient de mettre toutes les images ensemble, comme un puzzle, pour que chaque article raconte une histoire globale, ce qui est super.

J’aime les contrastes entre beauté et horreur et j’aime quand les images se recouvrent entre elles. C’est facile d’être captivé par ces images. Même quand il n’y a pas de lien, je veux laisser les spectateurs chercher les connexions qu’il peut y avoir entre deux images.

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Comment fais-tu pour trouver des images qui ont un lien entre elles ou qui peuvent se juxtaposer ? As-tu un outil en particulier ?

Je passe énormément de temps à juste chercher sur internet des images, à travers des tonnes de sites et de blogs. Je ne cherche pas en premier lieu des similitudes, je choisis des images en fonction de mes goûts et mes préférences qui me conduisent dans une certaine voie.

Je sauvegarde tout ce que je trouve et que j’aime dans un gros dossier. Jusqu’à présent, j’ai collecté environ 4 000 images. Quand je sens que c’est le moment pour un nouvel article, je parcours mon dossier, et je prends des images qui vont bien entre elles ou qui me plaisent vraiment. Il n’y a pas vraiment de méthode définie. Parfois, je vais avoir quelques thèmes en tête. Typiquement, je laisse mes yeux travailler et sélectionner les bonnes images jusqu’à ce que je sois satisfait.

J’ai programmé un outil qui me permet d’éditer automatiquement les images dans le bon ordre, de les redimensionner pour avoir une visualisation fluide et qui ajoute les sources automatiquement en bas de l’article.

C’est la première fois que je vois cette façon de structurer les images, comment as-tu eu cette idée ? Quelles sont tes influences ?

Je crois que la première fois que j’ai vu quelque chose comme cela c’était sur them-thangs.com, qui faisait des articles avec 100 images. Alors je voulais quelque chose qui y ressemble, mais avec une présentation plus épurée, une plus grande fluidité entre les images et une identité claire pour le blog lui-même.

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Sais-tu si d’autres sites font ce même type de travaux ? Je sais que Eastern Fronts est assez proche de Decapitate Animals.

Oui, Eastern Fronts est très bien. J’ai connu la personne qui l’a créé pendant plusieurs années, avant qu’on débute les blogs. Middle and Off a un très bon œil pour les symétries visuelles. Le Clown Lyrique fait aussi des séries d’images qui sont incroyables. Je n’ai pas vu tant de sites qui proposent une grande sélection à la manière de Decapitate Animals.

As-tu d’autres projets en cours ?

Je suis toujours en train de travailler sur mes propres photographies sur http://tao.photos ainsi que sur des projets de graphisme et de sites internet.

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Merci Tao d’avoir répondu à nos questions.

Vous pouvez retrouver, et même télécharger, les séries d’images sur le site Decapitate Animals et vous abonner à sa page Facebook. Ou encore regarder les clichés de Tao sur son site.

A lire, notre dossier sur les phymes, cette nouvelle poésie visuelle qui pose un regard nouveau sur l’image.