Interview Tamron CP+ 2026 : « Les innovations initiées par Tamron sont nombreuses »

Lors du CP+ 2026, nous avons rencontré Keiya Nishimura, responsable du développement produit chez Tamron Co., Ltd. L’occasion de revenir sur la conception du nouveau 35-100 mm f/2,8, sur l’arrivée tant attendue de l’application Tamron Lens Utility sur iOS, mais aussi d’aborder des sujets plus stratégiques : la montée en puissance des opticiens chinois, les perspectives sur la monture Canon RF plein format, et les ambitions de Tamron pour ses 75 ans, avec pas moins de 10 lancements prévus pour l’exercice 2026. Place à l’interview.


Le 35-100 mm f/2,8 Di III VXD pèse 565 g avec une ouverture constante f/2,8. Quelles innovations optiques précises (nouveaux verres, traitement des lentilles, conception optique) ont permis d’atteindre ce niveau de compacité tout en conservant l’ouverture f/2,8 ?

Keiya Nishimura : Cela s’est fait par étapes successives : nous avons atteint cet équilibre entre performances et taille au terme d’innombrables et rigoureuses simulations et en affinant la conception. Nous avons multiplié les versions pour rendre cette optique aussi compacte que possible.

En optimisant le choix des verres et la répartition des groupes, notamment les lentilles asphériques GM (moulées en verre), nous avons trouvé la formule idéale. Il nous a fallu plus de dix itérations pour aboutir à ce résultat final.

Ce zoom arrive 5 ans après le 35-150 mm f/2-2,8 Di III VXD. Pourquoi avoir créé un zoom plus court plutôt qu’une version G2 du 35-150 mm ? Répondez-vous à une demande spécifique du marché (poids pour le reportage, voyage, vidéo) ?

Bien que les deux objectifs partagent le même concept, celui d’un zoom pensé pour le portrait, ils répondent à des usages légèrement différents. Le 35-150 mm privilégie la polyvalence absolue et la meilleure qualité d’image.

En revanche, avec le nouveau 35-100 mm, nous nous sommes concentrés sur la mobilité, pour en faire un compagnon plus facile à utiliser au quotidien, en voyage comme en reportage. Nous le voyons comme le complément idéal du zoom compact 20-40 mm f/2,8 Di III VXD, offrant ainsi un équipement complet, performant et très léger.

Donc, peut-être que la seconde génération du 35-150 mm f/2-2,8 sera également plus petite, si vous décidez de la développer ?

Si nous décidons de renouveler ce modèle, nous chercherons certainement à le rendre plus compact, mais il ne pourra techniquement pas être aussi compact que ce 35-100 mm.

En relevant le défi de longue date de la compatibilité iOS, nous sommes désormais en mesure de faire connaître le Tamron Lens Utility et de poursuivre l’amélioration continue de ses fonctionnalités.

Si le nombre d’utilisateurs reste pour l’instant modeste, nous croyons énormément au potentiel du marché vidéo. Avec le système Tamron Link, nous offrons une valeur ajoutée que nous sommes les seuls à proposer sur le marché.

Les nouvelles fonctionnalités de la version 5.0 s’adressent aux utilisateurs avancés, mais elles incluent aussi des fonctions accessibles aux débutants, et nous encourageons tout le monde à les tester. Nous continuerons d’enrichir le TLU pour qu’il devienne, à terme, un critère de choix déterminant lors de l’achat d’une optique Tamron.

[Note de la rédaction : Tous les objectifs Tamron dotés d’un port USB-C sont compatibles avec Tamron Link, à l’exception du Tamron 28-75 mm f/2,8 G2 en monture Z et du 35-150 mm f/2-2,8 en monture E. La prise en charge de ces objectifs sera disponible via une mise à jour du micrologiciel au printemps 2026.]

Pour 2026, Viltrox annonce des focales fixes premium f/1,2, f/1,4 et une gamme de focales compactes. Pourquoi Tamron ne développe-t-il pas de focales fixes premium pour contrer cette offensive chinoise ? Est-ce un choix stratégique délibéré de rester concentré sur les zooms, ou considérez-vous que le marché des focales fixes n’est plus rentable pour un fabricant japonais face à la concurrence chinoise ?

Notre priorité actuelle est sur les zooms compacts, car c’est là que nous excellons. Cela dit, nous n’avons pas l’intention de négliger le marché des focales fixes. Étant donné que c’est un marché déjà saturé avec de nombreuses propositions, nous devons réfléchir avec soin à la manière d’allouer nos ressources en R&D pour proposer la meilleure solution à nos utilisateurs.

Pendant longtemps, Tamron et Sigma étaient les seuls concurrents optiques tiers aux fabricants Canon, Nikon, Sony. Mais au-delà de Viltrox, des marques comme 7artisans et TTArtisan montent en gamme avec des optiques AF à prix agressifs. Comment Tamron répond-il concrètement à cette concurrence ?

Nous observons de près ces fabricants émergents. Leurs performances et leurs cycles de développement court, et pas seulement leur politique tarifaire, sont véritablement impressionnants.

S’ils se concentrent pour l’instant principalement sur les focales fixes, nous nous attendons à ce qu’ils s’attaquent progressivement aux zooms. En réponse, nous nous appuierons sur nos décennies d’expertise accumulée pour développer des objectifs qui ne sont pas seulement des outils fiables, mais aussi des produits inspirants, capables de susciter l’enthousiasme que seul un objectif Tamron peut offrir.

Vous avez lancé deux objectifs en monture Canon RF, mais uniquement en APS-C (11-20 mm et 18-300 mm). Quels sont vos plans concrets pour la monture RF plein format ? Est-ce une question d’accords de licence avec Canon, de priorités stratégiques (Sony E et Nikon Z d’abord), ou de développement technique ?

Nous ne pouvons pas divulguer d’informations précises concernant la monture RF pour les hybrides plein format pour le moment. Nous avons toutefois conscience de la forte demande et nous étudions la faisabilité de nouveaux projets.

Votre plan pour l’exercice 2026 prévoit 10 lancements produits (contre 6 en 2025). Pouvez-vous nous donner un aperçu des catégories de produits prioritaires pour ces 10 lancements ? Y aura-t-il des focales ou des types d’objectifs encore absents de votre catalogue ?

Notre feuille de route vise à combler les segments où nous sommes encore absents. Si le plein format reste notre cœur de cible, nous n’oublions pas le marché APS-C qui demeure très dynamique. Nous cherchons constamment à identifier les besoins non satisfaits pour y répondre avec des produits inédits.

Tamron utilise des éléments LD (Low Dispersion), XLD (eXtra Low Dispersion), et asphériques moulés. Travaillez-vous sur de nouveaux types de verres ou de technologies de fabrication pour les prochaines générations ?

Oui, absolument. Nos équipes de R&D travaillent sur tous les fronts : optique, mécanique et électronique, pour préparer la prochaine génération. Cela comprend des technologies de rupture qui constitueront des atouts majeurs pour nos futurs produits, ainsi que des innovations qui simplifient et accélèrent notre processus de développement.

Nous n’avons pas d’annonce particulière à faire pour le moment, mais nous vous encourageons à rester attentif aux prochains lancements. Bien sûr, l’une de ces avancées concernera le TLU, avec une fonctionnalité supplémentaire que nous pourrons intégrer à nos objectifs, au-delà des seuls aspects optiques ou mécaniques.

Certains fabricants intègrent des corrections computationnelles (distorsion, aberrations chromatiques, vignettage) traitées en temps réel par le boîtier ou via des profils logiciels. Quelle est la philosophie de Tamron sur ce sujet ? Privilégiez-vous la correction optique pure, ou envisagez-vous d’intégrer davantage de corrections numériques dans vos futures conceptions pour réduire la complexité optique ?

Nous intégrons des corrections numériques appropriées tout au long de notre processus de planification et de développement produit. Étant donné que bon nombre de nos objectifs sont conçus pour être remarquablement compacts et légers, le recours aux corrections numériques profite souvent directement aux utilisateurs en termes d’équilibre entre portabilité et performance.

Cependant, certaines aberrations optiques, telles que les aberrations chromatiques axiales et la coma, ne peuvent pas être entièrement corrigées par le traitement numérique seul. Nous estimons qu’il est essentiel de résoudre ces problèmes fondamentaux par la qualité de la conception optique afin de garantir la meilleure qualité d’image possible.

Avec les appareils récents, voyez-vous davantage de possibilités en matière de correction d’image numérique ? Est-il plus facile de s’appuyer sur ces corrections numériques dans la conception des objectifs ?

Oui, à mesure que la technologie des boîtiers progresse, notre capacité à corriger les aberrations numériquement s’accroît, ce qui bénéficie à la conception optique. Cela nous permet d’aboutir à des designs plus compacts et plus légers. Lorsque nous voulons corriger quelque chose par voie optique, nous avons besoin de plusieurs éléments en verre. Mais si nous pouvons nous appuyer sur la correction numérique, disons, corriger cinq aberrations sur dix via le boîtier, nous pouvons supprimer les éléments optiques supplémentaires. L’objectif devient ainsi plus compact.

Nous avons remarqué que certaines fonctions ne sont pas disponibles avec des objectifs tiers, par exemple, la cadence de rafale élevée sur monture Sony E, qui peut atteindre jusqu’à 120 ips avec des objectifs Sony. Pourquoi les objectifs Tamron ne peuvent-ils pas atteindre cette cadence de rafale ?

Nous exploitons au maximum les capacités que les fabricants d’appareils mettent à notre disposition. C’est tout ce que nous pouvons dire à ce sujet.

D’après vos chiffres de ventes internes, quelle monture est actuellement la plus dynamique pour Tamron : Sony E, Nikon Z, ou Canon RF (APS-C) ? Observez-vous des différences de comportement d’achat selon les montures (types d’objectifs privilégiés, adoption des versions G2, sensibilité au prix) ?

Oui, les produits en monture Sony E restent notre principal moteur, ce sont nos meilleures ventes. Cependant, nous constatons que certains objectifs affichent de meilleures performances sur d’autres montures, selon le paysage concurrentiel propre à chaque écosystème. Si les comportements d’achat varient quelque peu en raison de profils d’utilisateurs différents selon les montures, nous pensons que c’est avant tout la présence et la disponibilité des objectifs concurrents sur chaque monteur qui influencent le plus les ventes.

La monture E est notre plus grand marché dans l’univers hybride, mais Nikon progresse rapidement et nous devons suivre cette dynamique. Nous ne pouvons pas non plus négliger Fujifilm et Canon.

Sur la monture Z, quel est votre objectif le plus vendu ?

Jusqu’à présent, le zoom transstandard 28-75 mm est notre meilleure vente en monture Z, mais nous observons également de bonnes performances pour les téléobjectifs sur certains marchés.

Un brevet récent dévoile un zoom 28-70 mm f/2 compact. Est-ce un projet réel en développement actif, ou une exploration technique ? Si c’est un projet réel, pour quelles montures serait-il disponible en premier ?

Je suis désolé, mais nous ne pouvons pas commenter les plans concernant des modèles spécifiques pour le moment. Cependant, nous faisons évoluer en permanence notre feuille de route en fonction des retours du marché, afin de répondre aux besoins des utilisateurs.

Pourquoi pensez-vous que Tamron et d’autres fabricants ne publient plus de feuilles de route d’objectifs ?

Nous sommes à l’écoute du marché et proposons quelque chose de différent des autres. Tout le monde connaît les focales standards : 24-70 mm, 70-200 mm. Mais lorsque nous développons un produit, il est toujours nouveau et unique. C’est pourquoi nous ne souhaitons pas l’annoncer à l’avance, ni même en montrer la silhouette [un clin d’oeil à Samyang qui a dévoilé des prototypes sur le CP+ 2026. NDLR]. Au moment du lancement, c’est une surprise, une nouveauté sur le marché.

C’est l’histoire de Tamron. Nous avons toujours été des pionniers. Nous proposons quelque chose de nouveau, créons le marché, et les autres suivent. Prenez le zoom polyvalent 28-200 mm f/2,8-5,6 : nous avons été les premiers à lancer un 28-200 mm compact et léger en 1992.

À l’époque, personne n’avait rien de semblable. Nous l’avons lancé, il a connu un franc succès et depuis tous les fabricants ont suivi. Nous sommes toujours les premiers à introduire quelque chose d’unique, et quand nous réussissons, tout le monde suit. Si vous regardez notre histoire, les innovations initiées par Tamron sont nombreuses.

Le marché des objectifs interchangeables est resté stable en volume (+3 % en 2025) et à l’équilibre en valeur. Comment analysez-vous cette stabilisation après des années de croissance ? Attendez-vous une reprise de la croissance en valeur portée par la montée en gamme, ou un marché durablement stabilisé ?

Nous reconnaissons que le marché des objectifs pour hybrides arrive à maturité. Mais il reste des opportunités de croissance incroyables si l’on sait répondre aux nouveaux besoins, comme les usages hybrides photo et vidéo, la quête de légèreté ou encore une expressivité inédite. Si nous continuons à susciter l’envie avec des produits audacieux, le marché restera porteur.

Nous restons profondément à l’écoute des utilisateurs. C’est ce que nous faisons. Nous ne nous contentons pas de proposer des focales classiques, nous sommes en permanence à l’écoute de ce dont les clients ont besoin. C’est pourquoi nous développons des optiques et des fonctionnalités uniques : c’est ce que le marché réclame.

Une dernière question à propos de votre stand : chaque année, nous voyons un magnifique décor. On se souvient du festival Nebuta, puis BMW, Godzilla, et maintenant Retour vers le futur. Comment trouvez-vous ces idées ?

Nous organisons chaque année un concours pour sélectionner le meilleur partenaire pour la conception de notre stand. Pour cette édition, nous travaillons avec une agence qui comprend vraiment notre vision. Nous menons avec eux des discussions approfondies en leur demandant : « qu’est-ce qu’on peut faire cette fois ? »

À partir de nos attentes, ils proposent des idées vraiment remarquables. L’agence de cette année est excellente, elle dispose des bons contacts pour faciliter ces partenariats. Par exemple, ce décor « Retour vers le futur » a été obtenu grâce à leur lien avec Universal Studios, tout comme le décor Godzilla de l’année dernière avait été rendu possible grâce à la coopération de la société de production.

Et que signifie « Retour vers le futur » pour Tamron ?

Cette année marque le 75e anniversaire de Tamron. Nous revenons sur notre histoire tout en gardant les yeux tournés vers l’avenir. Le slogan de notre entreprise est « Focus on the Future » (se concentrer sur l’avenir, NDLR). Nous réfléchissons à ce que nous avons accompli en 75 ans, en envisageant ce que Tamron peut apporter dans les années à venir.

Regarder à la fois vers le passé et vers le futur, c’est Tamron.

M. Keiya Nishimura

Merci à M. Keiya Nishimura et Tamron Co., Ltd. pour cette interview. Nous remercions également l’équipe Tamron France pour avoir organisé cette rencontre.