Figure majeure de la photographie américaine, Sally Mann délaisse, après des décennies, la chambre grand format pour le numérique et la couleur. Une révolution personnelle pour l’artiste, mais qui n’est pas forcément dictée par ce que l’on croît.

À 74 ans, Sally Mann vient de franchir un cap que beaucoup pensaient impossible. La photographe américaine, célèbre pour ses images au format 8×10 réalisées avec une chambre qu’elle trimballait partout, a officiellement basculé vers la photographie numérique. Une annonce faite lors de son passage dans le podcast de la BBC Desert Island Discs.
Le coût du film, déclencheur inattendu
Ce n’est ni une quête artistique ni une fascination pour la technologie qui a poussé Mann vers le numérique, mais une raison bien plus prosaïque : le coût des films 8×10.
« C’est tellement chronophage et laborieux de travailler avec une chambre 8×10, et le film est devenu si cher », confie-t-elle au micro de la BBC. « Je déteste dépenser autant d’argent pour chaque prise de vue. On doute constamment, on se dit : « Est-ce que c’est assez bien ? Est-ce que ça vaut vraiment 12 dollars ? » »
Le contraste avec le numérique est saisissant pour elle : « On shoote, et si on n’aime pas, boom, c’est effacé de l’ordinateur. » Et Sally Mann ne cache pas son enthousiasme pour cette nouvelle liberté : « J’adore ça. C’est tellement facile. La couleur, c’est tellement facile et tellement fun. »
La photographe travaille actuellement sur un projet dans le delta du Mississippi, utilisant un boîtier numérique associé à un objectif des années 1940 qui confère à ses images une look onirique particulier. Une façon de garder un lien avec le caractère argentique de ses images.
La chambre grand format comme signature
Née le 1er mai 1951 à Lexington, en Virginie, Sally Mann s’est imposée comme l’une des photographes américaines les plus influentes de sa génération. Diplômée du Hollins College en 1974-1975, elle a d’abord travaillé comme photographe pour l’université Washington and Lee avant de se consacrer pleinement à sa pratique artistique.
Tout au long de sa carrière, Sally Mann a fait de la chambre 8×10 sa signature visuelle. Elle a également exploré des techniques comme le collodion humide, conférant à ses tirages une qualité intemporelle et picturale.

Désignée « meilleure photographe américaine » par le magazine Time en 2001, lauréate du Prix Pictet en 2021 pour sa série Blackwater, Sally Mann a également publié un mémoire acclamé, Hold Still (2015), traduit en français en 2022.
Malgré ce virage technologique, Sally Mann n’a aucune intention d’abandonner sa chambre 8×10 Deardorff, qu’elle gardera à côté d’elle dans sa voiture



