Nikon vs Viltrox : une procédure judiciaire en Chine qui pourrait tout changer pour la monture Z

Nikon attaque Viltrox en justice. C’est en tout cas la rumeur qui court. Selon des documents judiciaires chinois, le constructeur japonais poursuivrait le fabricant d’optiques de Shenzhen pour violation de brevets liés à la monture Z. Une offensive qui pourrait bouleverser l’écosystème des objectifs tiers en monture Z et inquiète déjà les utilisateurs.

Une procédure au tribunal de Shanghai

Depuis quelques jours, une rumeur agite la communauté photo : Nikon aurait engagé des poursuites judiciaires contre Viltrox en Chine. L’information, initialement relayée sur les réseaux sociaux chinois puis reprise par les sites Asobinet et Nikon Rumors, s’appuie sur des documents issus des bases de données judiciaires chinoises.

Selon ces sources, une audience est programmée au tribunal de la propriété intellectuelle de Shanghai le 2 mars 2026. Le dossier, enregistré sous le numéro (2025) Hu73 Zhi Min Chu No. 182, oppose Nikon Corporation à trois entités : Shenzhen Viltrox Technology Co., Shenzhen Jueying Technology Co. (la maison-mère de Viltrox) et Shanghai Qiuhong Photographic Equipment Co., un distributeur local.

L’objet du litige est très spécifique en droit chinois des brevets : il s’agit d’un « litige sur les redevances pour la période de protection provisoire d’un brevet d’invention ». Concrètement, Nikon réclamerait des royalties pour des produits Viltrox vendus alors qu’un brevet Nikon était en cours d’examen – brevet qui aurait depuis été accordé. Le brevet en question concernerait vraisemblablement les protocoles de communication ou d’autofocus de la monture Z.

Nous avons contacté Nikon. À l’heure où nous publions cet article, nous n’avons pas encore reçu de réponse.

Le téléconvertisseur 2x, déclencheur de l’affaire ?

Sur les réseaux sociaux chinois, plusieurs hypothèses circulent quant à l’origine du litige. L’une des pistes évoquées concerne le téléconvertisseur 2x pour monture Sony E et Nikon Z récemment commercialisé par Viltrox, dont le lancement aurait été particulièrement discret.

Ce téléconvertisseur Viltrox 2x est le premier accessoire optique à disposer d’une double monture Nikon Z (côté optique mais aussi côté boîtier). Pour certains observateurs, Nikon aurait pu voir dans ce produit une ligne rouge à ne pas franchir. Ici, Viltrox pourrait aussi avoir violé un brevet de Nikon.

D’ailleurs, cela pourrait expliquer pourquoi Nikon accepte la Megadap ETZ21 Pro+, qui permet d’utiliser des optiques Sony E sur la monture Z, avec maintien de l’autofocus, car elle ne dispose pas de la monture Z là où vient se visser l’objectif.

Viltrox, un concurrent optique devenu trop sérieux pour Nikon ?

La discorde tient peut-être aussi à la montée en gamme spectaculaire de Viltrox ces dernières années. Le fabricant de Shenzhen ne se contente plus de proposer des alternatives économiques aux optiques des constructeurs historiques : il rivalise désormais frontalement avec eux sur la qualité optique.

Les séries « Lab » et « Pro » de Viltrox illustrent parfaitement cette ambition. Lors de notre test du Viltrox AF 135 mm f/1,8 LAB, nous avions souligné l’excellente qualité d’image de cette optique, capable de se mesurer aux références du marché. Même constat avec le Viltrox AF 35 mm f/1,2 LAB, qui affiche des performances optiques remarquables pour une fraction du prix des équivalents Nikon ou Sony.

Cette montée en puissance place Viltrox au niveau de Sigma sur de nombreux critères : qualité de construction, performances optiques, fiabilité de l’autofocus. La différence ? Les tarifs. Là où un Nikkor Z 35 mm f/1,2 S haut de gamme se négocie au-delà des 3 000 €, l’équivalent Viltrox s’affiche à moins de 1000 €.

Pour Nikon, l’équation devient problématique. La marque japonaise mise sur ses optiques pour dégager des marges. Voir un fabricant tiers proposer des alternatives crédibles à des prix deux à trois fois inférieurs représente une menace directe sur ce modèle économique. D’autant que Viltrox continue d’étoffer son catalogue pour la monture Z, avec plusieurs nouveautés annoncées pour 2026 : 35 mm f/1,8 EVO, 55 mm f/1,8 EVO, 50 mm f/1,2 Lab et 85 mm f/1,2 Lab.

Le précédent Canon : une monture RF quasi-fermée

Cette affaire rappelle inévitablement la situation de la monture RF de Canon, qui reste la plus fermée du marché hybride. En 2021, Samyang avait dû cesser très rapidement la fabrication de ses objectifs autofocus en monture RF après des pressions juridiques de Canon. Viltrox avait également été contraint de retirer ses optiques RF du marché.

Depuis avril 2024, Canon a légèrement entrouvert la porte à Sigma et Tamron, mais uniquement pour des objectifs APS-C destinés aux boîtiers comme les EOS R7 ou R50. Aucune optique tierce plein format et autofocus n’est autorisée en monture RF : Canon se réserve l’exclusivité sur ce segment premium.

La monture Z de Nikon semblait jusqu’ici suivre une philosophie différente. Contrairement à Canon, Nikon n’avait jamais engagé d’action juridique contre les fabricants tiers et laissait prospérer un écosystème varié d’optiques alternatives. Cette ouverture relative constituait d’ailleurs un argument commercial pour les photographes souhaitant disposer d’un large choix d’objectifs à des prix variés.

Quels risques pour les utilisateurs Viltrox ?

Si Nikon obtenait gain de cause, plusieurs scénarios sont envisageables. Le plus optimiste serait un accord de licence permettant à Viltrox de continuer à commercialiser ses optiques moyennant le paiement de royalties, ce qui se répercuterait probablement sur les prix de vente.

Le scénario pessimiste, évoqué sur les réseaux chinois, serait une interdiction pure et simple des optiques Viltrox en monture Z, à l’image de ce qui s’est produit avec la monture RF de Canon.

Un troisième risque, plus insidieux, inquiète particulièrement les utilisateurs actuels : Nikon pourrait théoriquement publier une mise à jour firmware de ses boîtiers Z qui bloquerait ou dégraderait la compatibilité avec les optiques tierces. Sur les forums chinois, le conseil circule déjà : « ne mettez pas à jour le firmware de votre boîtier tant que la situation n’est pas clarifiée ».

Une blague circule d’ailleurs sur les réseaux : « Si Viltrox est en procès avec Nikon, peut-être que Nikon finira par racheter Viltrox ». Une référence au précédent RED, acquis par Nikon après un long contentieux sur les brevets vidéo.

L’audience du 2 mars à Shanghai devrait apporter les premières réponses concrètes. D’ici là, les photographes équipés en monture Z et possédant des optiques Viltrox restent dans l’incertitude.