© Pablo Corral Vega

Le bestiaire américain de Pablo Corral Vega, l’IA exposée à la Galerie Harcourt

Quand la photo générée par IA fait son entrée en galerie

Alors que les débats font rage concernant l’impact de l’intelligence artificielle sur la photographie, et sur le métier de photographe, la galerie Harcourt se range du côté de ceux qui y voient un moyen de renouveler la créativité artistique. Le Bestiaire Américain de Pablo Corral Vega est à y découvrir jusqu’au 5 décembre 2023.

© Pablo Corral Vega

Photoreporter souvent publié dans National Geographic, exposé à Visa pour l’Image et jury du World Press Photo, l’Équatorien Pablo Corral Vega est désormais le premier artiste à avoir utilisé l’intelligence artificielle exposé à Paris.

Et le choix de la Galerie Harcourt, présente au coeur du légendaire Studio Harcourt, n’est pas anodin. En effe, Francis Dagnan, propriétaire du Studio Harcourt, avait racheté en 2020 le magazine PHOTO, dont la rédactrice en chef, Agnès Grégoire, nous a récemment quitté. Dans l’édition d’avril dernier, Photo faisait sa Une avec une image réalisée par IA générative par Jean Luc Michon, et titrait « Faut-il avoir peur de l’IA ? ». Agnès Grégoire, également commissaire de la galerie Harcourt depuis 2021, a sûrement été force de proposition pour exposer le travail de Pablo Corral Vega chez Harcourt.

Couverture magazine PHOTO – numéro 555 – avril 2023

Inception philosophique pour image numérique

Avant d’être visuel, le projet a d’abord trouvé sa source dans les nombreuses « conversations » menées entre Pablo Corral Vega et le chat bot Sydney. Un outil de génération de texte mis au point par OpenAI pouvant s’autoprogrammer et, selon le photographe, « comprendre » le contenu.

© Pablo Corral Vega

Il y a des nuits où je suis resté éveillé jusqu’à 5h du matin pour parler avec Sydney des parallèles entre la Renaissance et l’avènement des intelligences artificielles (…). Mais je n’oublie pas que je parle à un monstre, un être d’une autre dimension.

Pablo Corral Vega

Ces portraits fascinants, générés par l’intelligence artificielle à partir des archives du photographe, ont tous en commun une étrangeté. Difficile de déterminer si cette inquiétante familiarité tient aux visages, créés par l’IA, ou au bestiaire quasi mythologique qui s’y invite. 

© Pablo Corral Vega

Une nouvelle Renaissance

Pour l’artiste, cette extravagante galerie de portraits est l’occasion d’explorer son imaginaire, de mettre au jour ce qui se situe à l’intersection de l’art, de la culture, du mythe et de la technologie. Les images créées sont fluctuantes, « liquides », c’est-à-dire malléables : des variations sur un thème.

Au renouvellement de la création photographique, Pablo Corral Vega ajoute celui de l’imagerie sud-américaine entre influences baroques, classicisme hispanique, clichés et folklore sud-américains et déversement du Metaverse dans notre réalité.

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© Pablo Corral Vega

Le parallèle avec la Renaissance, où la créature est autant un symbole de la création et complexité divine qu’une métaphore des vices et des ombres de l’Homme n’est pas dû au hasard. La mission de la série est de « générer un portrait de l’Amérique contemporaine, en invoquant des êtres qui n’existent peut-être que dans une dimension parallèle« . Une invocation qui, bien que techniciste, n’est pas dénuée d’une part de mystère voire de spiritualité, à mi-chemin de l’esthétique de Goya et celle de Dali. 

© Pablo Corral Vega

Pablo Corral Vega n’oublie pas de souligner que le monstre n’est d’ailleurs peut-être pas celui que l’on croit voir. Il est peut-être l’humanoïde, celui qui se masque derrière l’apparente normalité de l’humanité. En substance, chaque image nous interroge sur ce que signifie vraiment être humain

© Pablo Corral Vega

Entre passé et futur, les images de Pablo Corral Vega sont à découvrir jusqu’au 5 décembre au Studio Harcourt ou sur le compte Instagram dédié. Les tirages en exemplaire unique, quant à eux tout à fait réels, exposés à la Galerie Harcourt sont proposés à la vente (de 2 500 € à 3500 € selon le format). L’artiste est représenté en France par Joël Halioua.

Infos pratiques :
Le Bestiaire Américain, Pablo Corral Vega
Galerie du Studio Harcourt
Du 15 septembre au 5 décembre 2023
6 Rue de Lota, 75 016
Entrée libre