Décadrage colonial : les surréalistes répondent à l’Exposition coloniale de 1931

En 1931, l’ouverture de l’Exposition coloniale de Vincennes suscitait des réactions diverses et un certain émoi auprès d’une partie de population française. Les surréalistes et les mouvements de gauches ont réagi en produisant nombre de des photographies, des tracts, et des textes. Cet ensemble d’archives fait l’objet d’une exposition inédite jusqu’au 27 février 2023 à la galerie de photographies du Centre Pompidou

Décadrage colonial
Photomontage de John Heartfield Social Kunst, no 8 1932, couverture (détail) Impression photomécanique 26 × 19,5 cm Bibliothèque Kandinsky Photo © Centre Pompidou / © The Heartfield Community of Heirs/Adagp, Paris, 2022

1931 : une période d’ambivalence aux tensions multiples

En 1931, se tient à Vincennes l’Exposition coloniale internationale visant à promouvoir l’empire colonial français. L’exposition s’étend du mois de mai au mois de novembre et accueille près de 8 millions de visiteurs.

Tandis qu’une partie de la population s’émerveille devant l’exposition de Vincennes et la puissance coloniale de la France, un groupe résiste et s’insurge. Évènement majeur du XXème siècle, l’Exposition coloniale se trouve être une catastrophe éthique qui mêle zoos humains, promotion du colonialisme et humiliations des peuples colonisés.

Décadrage colonial
Laure Albin-Guillot, Sans titre (nu féminin), vers 1929, épreuve gélatino-argentique, 16,5 x 22 cm,coll. © MNAM /Centre Pompidou, AM 2012-1406

Parmi les violences commises durant l’Exposition, le traitement réservé aux Kanaks est l’un des plus marquants. Emmenés à Paris depuis la Nouvelle-Calédonie, ils sont contraints de jouer des rôles de cannibales afin de divertir les spectateurs de l’Exposition. Victimes de maladies causées par les conditions sanitaires déplorables, la grande majorité du groupe finit par mourir – un destin tragique que Didier Daeninckx relate dans son célèbre roman Cannibale.

Les mouvements de gauche et les surréalistes s’unissent alors face à ces injustices et se révoltent à travers leurs arts. La photographie, l’art et l’écriture deviennent ainsi des armes pour dénoncer la politique coloniale de la France.

Décadrage colonial : une mise en lumière de l’anticolonialisme

À partir de 1931, les mouvements de gauche et les surréalistes font la promotion d’idées dites anticolonialistes, tant à travers la littérature qu’à travers l’art ou la photographie, de plus en plus utilisée dans la presse et l’édition.

Ils décident donc de répondre à l’Exposition coloniale de Vincennes par l’organisation de la contre-exposition La vérité sur les colonies réunissant des objets, des statistiques et des photographies afin de faire éclater la vérité sur l’Empire colonial

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Décadrage colonial
Montmartre,Henri Cartier‐Bresson 1933 Épreuve gélatino‐argentique 29,2 × 19,5 cm © Centre Pompidou, Mnam‐Cci Georges Meguerditchian/Dist. RMN‐GP © Henri Cartier‐Bresson/Magnum Photos

Décadrage colonial : un nouveau regard sur les années 1930

En 1931, Man Ray documente l’exposition coloniale dans un cahier et y dénonce les violences morales, sexuelles et physiques de la colonisation. Le photographe s’était déjà illustré 5 ans auparavant grâce à sa célèbre image Noire et Blanche, mettant en scène la chanteuse Kiki de Montparnasse tenant un masque d’art traditionnel africain. Un exemplaire de ce cahier est présenté au Centre Pompidou et constitue le centre de l’exposition Décadrage colonial.

Décadrage colonial
Man Ray, Noire et Blanche,1926,épreuve gélatino-argentique négative sur papier non baryté, 21 x 27,5cm,coll. © MNAM / Centre Pompidou, AM 1982-160

Autour de cet ouvrage majeur s’articulent des visuels issus de la collection du Cabinet de la photographie du Centre Pompidou et des documents de la bibliothèque Kandinsky. Des images créées par les mouvements de gauche et les surréalistes de 1931 afin de protester contre l’Exposition coloniale. 

Parmi les photographes exposés, mentionnons Pierre Boucher, Henri Cartier-Bresson, Laure Albin-Guillot, Emeric Feher, Pierre Ichac, François Kollar, Germaine Krull et d’autres —de multiples regards de l’époque qui permettent de mieux comprendre les tensions des années 30.

Décadrage colonial réunit donc des photographies de presse, des tracts, des textes et des extraits d’auteurs surréalistes et anticolonialistes, tous mis en dialogue. L’exposition se tient au Centre Pompidou jusqu’au 27 février 2023

Le podcast de l’exposition est disponible sur le site du Centre Pompidou et sur les plateformes d’écoute de podcast. De même, l’ouvrage Décadrage colonial réunit 160 photographies sur 192 pages. Il est disponible aux Éditions Textuel (45 €) 

Informations pratiques :
Décadrage colonial
Centre Pompidou – Galerie de photographies, Niveau -1
Jusqu’au 27 février 2023
Place Georges Pompidou, 75 004 Paris
Tous les jours sauf le mardi, de 11h à 21h
Entrée gratuite