© Hans Lucas

Francis Apesteguy (1952-2022) : hommage au photojournaliste et paparazzi

Le photographe français Francis Apesteguy, connu pour ses reportages et ses photographies de nombreuses personnalités, s’est éteint le 30 janvier 2022, à l’âge de 69 ans. Il laisse derrière lui des milliers de clichés, qui sont autant de miroirs des époques qu’il a traversées.

Né en 1952, il débute la photographie comme assistant d’Helmut Newton. Se lassant très vite du milieu de la mode, il préfère embrasser la carrière de photojournaliste. Âgé de seulement 20 ans, il rejoint l’agence SIPA, où il restera pendant 5 ans. Il collabore également avec les agences Team International et Angeli.

Il est recruté en 1977 par l’agence Gamma, fondée par Raymond Depardon. Pendant plus de 20 années, il y produit de très nombreux reportages.

Il est ainsi envoyé au Tchad en mai 1978, pendant la guerre civile qui secoue le pays depuis 1965, afin de ramener des preuves de la présence militaire française – jusqu’alors démentie par le président Giscard d’Estaing. Arrêté dès son arrivée dans la capitale tchadienne, son matériel est confisqué. Trompant la vigilance de ses geôliers, il parvient à s’échapper et à recueillir des clichés de la base française, dont les photos sont finalement publiées dans Paris Match. Une aventure dont il a d’ailleurs témoigné en 2011 pour Match.

Pendant plus de 20 ans, il suit les événements de nombreuses personnalités. Des Présidents de la République (Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand, Jacques Chirac) à la famille princière de Monaco, il immortalise les moments phares de son époque. Il accompagne ainsi l’émergence de la presse people, comme lors du mariage de la princesse Diana ou de Caroline de Monaco.

C’est ainsi qu’en 1980, il est immortalisé par Raymond Depardon dans Reporters, à une époque il pourchassait l’acteur américain Richard Gere, rétif à toute photographie. Le film montre la face souvent laborieuse et cynique des photographes de presse et des paparazzis, acteurs d’un jeu de dupes entre célébrités, agences et patrons de presse. Une époque qu’il raconte en 1997 dans un entretien à Libération, au lendemain de la mort de Lady Di.

Ses autres cibles : Jacques Brel, Brigitte Bardot, Jean Gabin, Sylvester Stallone, Alain Delon, Jean-Paul Belmondo, Serge Gainsbourg, Johnny Hallyday, Alfred Hitchcock : tout ce que l’époque comptait de célébrités, il les a tous immortalisés. « Et surtout sans y être invité ! », précise-t-il.

En parallèle, il mène de nombreux reportages, qui le conduisent au centre de traitement des combustibles nucléaires de La Hague en 1986 ou à l’usine Airbus de Toulouse en 1989.

Syndicaliste actif à Gamma, il devient le leader d’une grève et d’un procès qui ont permis aux photographes des agences Gamma, Sipa et Sygma de bénéficier d’une reconnaissance de leurs droits sociaux de salariés – et donc de bénéficier d’une pension de retraite. Son engagement en faveur de la profession se retrouve en 2015, lorsqu’il lance son « Manifeste de l’indignation à l’intention des artistes créateurs et du Minisère de la Justice », en soutien à sa consœur Marie-Laure de Decker, en conflit avec l’agence Rapho.

Retiré dans l’Eure depuis plusieurs années, il décède le 30 janvier 2022, à l’âge de 69 ans. Ses clichés sont diffusés par l’agence Hans Lucas depuis 2018.

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