Peu de photographes restés anonymes de leur vivant auront connu une gloire posthume aussi franche que Vivian Maier (1926 – 2009). Depuis la découverte en 2007 lors d’une vente aux enchères de milliers de négatifs et pellicules ayant appartenu à la photographe, son nom et ses images se propagent pour conquérir le grand public comme les spécialistes. Son travail photographique est actuellement exposé au Musée du Luxembourg à Paris et sa vie se révèle dans le livre enquête d’Ann Marks.

Vivian Maier sous les projecteurs

En faisant l’acquisition des archives de Vivian Maier, John Maloof se plonge dans ses images et décide de les diffuser en en publiant une vingtaine sur un blog. Les photos suscitent un intérêt inattendu et deviennent virales. Depuis, nombres d’autres passionnés lui ont emboité le pas pour revenir sur les traces de la photographe insaisissable, au point pour Vivian Maier de se faire une place au sein de prestigieux musées internationaux.

Expo Vivian Maier au Musée du Luxembourg

C’est le cas actuellement avec l’exposition en cours au Musée du Luxembourg. L’exposition évènement dédiée à Vivian Maier jusqu’au 16 janvier prochain présente des tirages d’origine, effectués par la photographe elle-même, mis en perspectives avec de nouveaux développements de ses films et négatifs, pour la plupart non développés à l’époque par Vivian Maier. Films, enregistrements audios, archives et effets personnels tentent d’expliquer cette femme atypique reconnue comme l’une des plus grandes photographes du XXe. Si Vivian Maier évoque instantanément des vues en noir et blanc, la photographe s’est essayée à la couleur et aux tournages de courtes séquences en super 8.

Revue de livre : Vivian Maier, « The Color Work »

Pour véritablement saisir la femme derrière la photographe, on peut également se plonger dans le fascinant livre Vivian Maier Révélée, écrit par Ann Marks aux éditions Delpire & Co. Captivée par le documentaire Finding Vivian Maier réalisé en 2013 par John Maloof, l’auteure a mené un minutieux travail d’enquête pour rencontrer ceux qui ont connu la photographe et ainsi tenter de mieux cerner sa personnalité comme sa décision, largement incomprise, de ne pas réellement chercher à vivre de son talent.

Zoom Photographe : Vivian Maier

À la manière d’un polar, richement illustré, la biographe plonge dans l’histoire intime et familiale de la gouvernante – photographe. Discrète, au point de se faire invisible, la nourrice laisse le souvenir d’une femme sévère à ceux qui l’ont côtoyée. Découvrir qui était Vivian Maier n’est donc pas une affaire facile du fait du caractère de l’intéressée, mais aussi de nombreux secrets de famille. Au fil des pages, Ann Marks nous entraine avec elle dans ce récit haletant sur les traces d’une femme libre avant l’heure.

Une photographe complexe

Femme de contrastes, Vivian Maier est née en 1926 à New York d’une mère française. Malgré quelques séjours dans les Hautes-Alpes, elle passera la majeure partie de sa vie aux États-Unis. Dès les années 50, Vivian Maier tire le portrait de ceux qu’elle croise, mais c’est aussi et surtout New York puis Chicago qui s’impriment sur sa pellicule. Au travers de ses images se lisent les mutations urbaines, l’avènement de la modernité, mais aussi de ses laissés-pour-compte, silhouettes oubliées de tous qu’elle capture assoupis sur les bancs de Central Park.

À sa manière, Vivian Maier est aujourd’hui devenue une référence de la photographie de rue, son nom est dorénavant associé à ceux de Berenice Abbott, Lisette Model ou Robert Frank. Si la légende de cette gouvernante revêche et anonyme menant une vie parallèle de génie de la photographie est indéniable, Vivian Maier n’usurpe en rien sa renommée actuelle.

La quasi-totalité de ses photos, Vivian Maier les a réussies en une seule prise. 1954 marquera l’année la plus productive pour la photographe. Les experts s’accordent à reconnaitre son sens de la composition et la justesse de sa technique : sur une pellicule de 12 prises, 3 photographies seraient dignes d’être exposées. Avec des archives combinées de 140 000 clichés, négatifs et pellicule non développées, Vivian Maier nous réserve encore de belles surprises.

La photographie de Vivian Maier et loin d’être figée. Portraits d’anonymes ou de célébrités laissent peu à peu la place à des gros plans et vues détaillés empreints d’humour et de sensibilité. La force de Vivian Maier c’est aussi de s’arrêter sur ce que peu voient : deux mains entrelacées, un regard, une coiffure à la symétrie parfaite…

Soigneusement composées, ses vues urbaines bénéficieront de la même puissance narrative que ses portraits. Elles mèneront progressivement la photographe vers des clichés à la rythmique marquée par des effets cinétiques, des jeux de perspectives, de répétitions et bien sûr ses fameux auto-reflets où Vivian Maier se met en scène avec astuce, utilisant les reflets démultipliés d’un miroir ou le métal chromé d’un toaster pour saisir son image dans une vitrine.

Photographe complexe, entre ombre et lumière, Vivian Maier n’en finit pas de fasciner. Complémentaires, l’exposition qui lui est dédiée au Musée du Luxembourg jusqu’au 16 janvier (plus d’information sur le site du musée) et la biographie exhaustive signée par Ann Marks (aux éditions Delpire & Co, dispose au prix de 29 euros) permettent de se plonger dans la vie et l’œuvre d’une photographe majeure de notre histoire contemporaine qui n’a probablement pas révélé tous ses secrets.

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