Parcourir les photos de la série Isle of Eigg réalisée par Charles Delcourt c’est plonger en immersion, faire la rencontre des habitants d’une île unique en son genre, située en Écosse.

Isle of Eigg © Charles Delcourt

À la rencontre d’Eigg

À Eigg, Charles Delcourt ressent un coup de foudre pour cette île brute, une affection pour la beauté de ses paysages. C’est cette beauté et cette rudesse qu’il capture au fil de ses séjours, initiés en 2015 jusqu’en mai 2019. Caractéristiques de l’approche du photographe, Isle of Eigg rassemble des portraits, des scènes du quotidien saisies avec naturel et des paysages, rappel de l’omniprésence des animaux et de la végétation sur cette île battue par les vents.

Isle of Eigg © Charles Delcourt

On perçoit aussi la connivence entre le photographe et ces habitants. Au fil de ses allers retours sur l’île, Charles Delcourt est parvenu à se fondre dans le paysage, à apprivoiser l’île et ses familles. Il le confie pourtant « plus j’y allais moins je prenais de photos. Je partageais les activités des habitants de l’île et en oubliais de les capturer ».

Si certains reporters s’y sont rendus avec une liste de clichés à réaliser, le photographe français a adopté une démarche bien plus intuitive : « Les photos projetées sont d’ailleurs les plus difficiles à réussir ». Charles Delcourt a donc été parfois plus occupé à tondre les moutons ou réparer les canalisations avec ses modèles qu’à les photographier.

Isle of Eigg © Charles Delcourt

Un territoire unique, laboratoire de l’auto-gestion

Equipé de son Hasselblad il documente donc le quotidien partagé avec les habitants, mais aussi le modèle de gestion unique de Eigg. En 1997, les habitants de cette île écossaise en sont devenus propriétaires ; un modèle égalitaire sans représentants ni élus notamment rendu possible grâce à une donation anonyme de 1,2 million de livres sur les 1,5 million requis. Peu à peu, ils sont devenus autosuffisants grâce à un système d’alimentation autonome et durable alliant énergie hydroélectrique, éoliennes et énergie solaire.

Isle of Eigg © Charles Delcourt

Eigg en gaélique (Eige) c’est aussi l’œuf. L’île est bien nommée : l’abri est aussi nécessairement un repli, un sentiment d’ailleurs exacerbé durant le confinement. Comme l’œuf, Eigg contient la vie : celle de sa centaine habitants légèrement loufoques. En prenant en main le destin de leur île, ils ont réussi à s’affranchir des landlords successifs sans toutefois s’isoler du reste de l’Écosse, l’un de leurs premiers projets ayant été l’aménagement d’une jetée pour les ferries.

De 60 personnes en 1997, la population est aujourd’hui passée à 120. À Eigg, la vie se transforme doucement, à contre-courant de ce qu’aurait pu être le destin de ce rocher devenu une véritable communauté où la vie locale se dynamise et où les écoles ouvrent à nouveau. C’est aussi ce que Charles Delcourt s’attache à montrer dans ses images. Sans utopie, Isle of Eigg montre l’une des facettes d’un monde réinventé par ses habitants.

Isle of Eigg © Charles Delcourt

Immortaliser la force de caractère d’une île

Architecte paysagiste avant d’être photographe, Charles Delcourt saisit peut-être mieux que d’autres la place qu’occupe l’Homme dans son élément, le naturel avec lequel il interagit avec ce qui l’entoure comme les défis que la nature peut lui lancer. Composées avec soin, ses images témoignent de son sens du détail. Ses photos parlent pour elles-mêmes, transmettent leur vérité, celle de l’île et de ses habitants sans faux semblant.

Isle of Eigg © Charles Delcourt

Les sourires y sont sincères, le regard profondément ancré vers l’objectif. Charles Delcourt nous emmène avec lui jusqu’au cœur de la mer des Hébrides, dans cet archipel d’îles nommées Small qui sont pourtant un vaste terrain de jeu pour qui souhaite s’en approcher, en dépit des 30 km² de Eigg. En s’oubliant devant les photos de Charles Delcourt on perçoit le vent salé, la lande bordant la seule route de l’île, les rires des enfants mêlés aux cris des mouettes.

Projet singulier, Isle of Eigg est devenu un livre de 160 pages (26 x 21 cm) qui permettra à chacun de s’échapper pour s’aventurer sur les pas du photographe, à la rencontre d’une île et de ses habitants. Les images du photographe sont accompagnées de textes de l’historienne Camille Dressler. Le livre est disponible en ligne au prix de 36 euros.

En mai, cela fera trois ans que Charles Delcourt ne se sera pas rendu sur Eigg. En lien constant avec ses habitants il a pu suivre l’avancée de leurs projets, les nombreux mariages et naissances. Une visite future très attendue par le photographe lui permettra de proposer un épilogue à cette aventure photographique.

Isle of Eigg © Charles Delcourt

Charles Delcourt a été élu lauréat 2021 des Rencontres Photographiques des Amis du musée départemental Albert-Kahn pour Isle of Eigg, sa série avait déjà été présentée à La Gacilly après avoir remporté le concours Fisheye.

Aujourd’hui au Kosovo, Charles Delcourt y documente en images la construction d’un pays. Ce photoreportage toujours en cours peut être découvert sur son compte Instagram. La série Isle of Eigg et le travail de Charles Delcourt sont également à découvrir sur son site.