Pour sa seconde édition du Prix de Photographie de l’Académie des beaux-arts – William Klein, l’Académie des beaux-arts a consacré la photographe américaine Annie Leibovitz. Cette distinction est actuellement célébrée au travers d’une exposition à découvrir dès maintenant.

© Académie des beaux-arts, J. Agnel

Un jeune et déjà prestigieux prix photographique

La portraitiste succède à Raghu Rai, lauréat 2019 de ce jeune prix de consécration qui récompense tous les deux ans l’ensemble de la carrière et l’engagement de photographes. Le jury 2021 accueillait aux côtés de prestigieux noms, William Klein (membre d’honneur), mais aussi Yann-Arthus Bertrand, Jean Gaumy et Sebastião Salgado, membres de la section de photographie de l’Académie des beaux-arts.

Sebastião Salgado, Annie Leibovitz © Académie des beaux-arts, J. Agnel

50 ans de photographie à l’honneur quai de Conti

Pour célébrer cette distinction, l’Académie des beaux-arts consacre actuellement 4 salles de son Pavillon Comtesse de Caen à l’artiste et propose au public parisien de découvrir librement son exposition. Annie Leibovitz a été invitée à sélectionner plus de 200 images représentatives de près de 50 années de carrière.

Choisir près de 200 images ne dut certainement pas facile pour Annie Leibovitz, bien que la sélection d’une vingtaine d’images représentatives de son travail à destination du jury de l’Académie fut pour elle un tout autre casse-tête. Forcément subjective, cette sélection couvre le vaste champ d’expression de la photographe tout en mettant en lumière des instants précieux partagés avec ses modèles, souvent devenus amis.

Une large galerie de tirages est ainsi consacrée à l’essayiste engagée Susan Sontag avec qui la photographe résida longtemps à Paris, à seulement quelques pas de l’exposition. La famille de la photographe est également à l’honneur, reflet de la dimension à la fois documentaire et personnelle de ce corpus.

© Académie des beaux-arts, J. Agnel

Un parcours chronologique des années 70 à aujourd’hui

Les salles inaugurales mettent en lumière le travail de jeunesse de la photographe née en 1949, étudiante en peinture au San Francisco Art Institute. Ces années formatrices lui évoquent toujours aujourd’hui l’influence d’Henri Cartier-Bresson comme de Robert Frank. Sur pellicule noir et blanc s’affichent des images prises en 1968 sur les bases aériennes américaines philippines ou au sein d’un kibboutz israélien.

Devenue photoreporter pour Rolling Stones, Annie Leibovitz couvre les temps forts de la vie politique, mais aussi l’émulation culturelle des 70’ et 80’. Durant 10 années elle deviendra la photographe principale du magazine, elle en signera pas moins de 142 couvertures. Annie Leibovitz confie qu’elle ne savait pourtant à l’époque pas véritablement quoi faire, elle capture alors des images en décalage avec celles des publications influentes.

Dernière photoreporter accréditée au moment de la démission du président Nixon, elle ratera son départ en hélicoptère et immortalise alors deux soldats occupés à remballer le tapis rouge. Clap de fin pour Nixon, mais début d’une carrière prometteuse pour celle qui saisit déjà ce qui est aujourd’hui essentiel : l’image prise en faisant un pas de côté.

Rolling Stones, Vanity Fair et Vogue ne cessent de solliciter la photographe au style parfois conceptuel, brut, mais toujours théâtral.

Saisir l’intimité des plus grands

Proche des artistes, Annie Leibovitz a sélectionné à notre intention des clichés backstage aux côtés de Patti Smith comme des images crues et intimistes de l’auteur Robert Penn immortalisé torse nu peu avant sa mort. On y perçoit toute la vulnérabilité, mais aussi la sérénité de son modèle ; la photographe souhaitait « dépasser la superficialité de la photographie pour, couche après couche, se rapprocher de la vérité ». Ses formats carrés ne sont pas sans évoquer le travail de Diane Arbus, d’autres l’influence de Richard Avedon : Annie Leibovitz ne renie pas l’impact de l’environnement dans la création artistique.

Louise Bourgeois, New York City, 1997 © Annie Leibovitz

Image devenue iconique, la dernière photographie de John Lennon et Yoko Ono prise par Annie Leibovitz à New York, quelques heures seulement avant l’assassinat du chanteur ce 8 décembre 1980, fait tout naturellement partie de cette sélection chère à l’artiste.

© Académie des beaux-arts, J. Agnel

L’exposition s’achève par le travail contemporain de la photographe devenue une photographe de mode et une portraitiste mondialement reconnue. La galerie couverte d’images en couleurs propose aux visiteurs de reconnaitre parmi ces personnalités de l’art, de la mode ou de la politique ceux qui ont fait et font toujours notre monde. Le couple Obama y côtoie Kim Kardashian, Joan Didion voisine avec Karl Lagerfeld et Choupette tandis que Rihanna et Leonardo DiCaprio « rencontrent » Louise Bourgeois ou la reine Elizabeth II.

On se perd parfois face à tant de regards posés sur nous. L’affichage sobre invitera donc le visiteur à se munir de la brochure guidant la visite pour mettre en contexte ces clichés.

Jim Carroll et ses parents, New York City, 1980 – Laurie Anderson, New York City, 1982 – Peter Brook, Paris, 1981 – Sam Shepard, Santa Fe, New Mexico, 1984 © Annie Leibovitz

Devant ces portraits pour la plupart gravés dans la conscience collective, consacrée par ses pairs et les institutions, nommée Légende Vivante par la Bibliothèque du Congrès (Washington), Annie Leibovitz semble s’être définitivement hissée au rang de ses modèles, elle-même devenue une légende de l’image contemporaine.

Les éditions Phaidon mettent elles aussi Annie Leibovitz à l’honneur et lui consacre ce mois-ci leur dernière publication : Wonderland. L’ouvrage à paraitre le 10 novembre rassemble plus de 340 photographies, souvent inédites précédées d’un avant-propos d’Anna Wintour.

Infos pratiques :
Exposition Annie Leibovitz à l’Académie des beaux-arts
Du 29 octobre au 5 décembre 2021
Pavillon Comtesse de Caen, Palais de l’Institut de France
23, quai de Conti, 75006 Paris
Entrée libre
Du mardi au dimanche, 11h à 18h. Dernier accès à 17h45

Plus d’informations sur le site de l’Académie des beaux-arts