Le nouvel album 100 Photos pour la Liberté de la Presse édité par Reporters Sans Frontières (RSF) vient de sortir. Le photographe anglais David Bailey est à l’honneur de ce numéro, dont les bénéfices de vente seront intégralement reversés à RSF. Cet album, le 67e, s’annonce donc rock, dans la digne lignée du travail de l’artiste phare des Swinging 60s, bien qu’il affirme sans langue de bois détester l’expression.

Un panorama mitigé pour la liberté journalistique

L’album RSF n’est pas que portfolio. Le traditionnel classement mondial pour la liberté de la presse couronne la Norvège pour la 5ème année consécutive, bien que des ajustements s’annoncent nécessaires au regard des mois passés. La plus forte baisse du classement (119ème) est celle de la Malaisie bien que l’Érythrée retrouve la dernière place, en l’absence de nouvelles concernant la dizaine de journalistes emprisonnés par le régime depuis près de 20 ans.

Correspondant de RSF dans son pays, le journaliste algérien Khaled Drareni subit lui aussi la censure et la menace des autorités. Incarcéré puis provisoirement libéré, il est pourchassé pour relayer sans relâche les manifestations prodémocratiques du Hirak depuis 2019. Dans les pages de ce nouvel album, il revient sur les mois passés en détention et sa quête de vérité, quoi qu’elle lui coûte, à l’image de bien des journalistes sur le terrain.

En Russie, le site d’information indépendant The Insider continue d’échapper à la mainmise du gouvernement de Poutine et rivalise d’inventivité pour semer et dénoncer les actions des services secrets. Du côté des États-Unis, c’est un portrait complexe du rapport aux médias de Mark Zuckerberg et de Facebook que nous propose l’équipe de RSF.

Stars devant et derrière l’objectif

Il fallait bien l’impertinence du photographe anglais mythique des 60s et le verbe rock de Philippe Manœuvre pour apporter un peu de légèreté à cette nouvelle édition de l’album RSF.

John Yoko 1974 © David Bailey

Photographe star du Vogue britannique comme américain, l’enfant du East End, quartier parmi les plus défavorisés de la capitale britannique, a immortalisé avec la même impertinence les rois du rock, Queen, Beatles, Rolling Stones et Élisabeth II, tout sourire. Pour Mercedes Erra, présidente de BETC, « David Bailey a fixé pour toujours une image de la jeunesse » que celle-ci ait les 15 ans de Marianne Faithfull ou les 88 ans de Sa Majesté…

Her Majesty the Queen 2014 © David Bailey

En anecdotes et portraits, David Bailey capture l’esprit d’une époque, des rives de la Tamise jusqu’à Hollywood et New York, toujours sans la moindre nostalgie. David Bowie, Jane Birkin, John Lennon et Yoko Ono, Basquiat, mais aussi voyous de son quartier d’enfance, tous se pressent devant l’objectif de ce portraitiste de génie. Helmut Newton, Bill Brandt, Man Ray ou Brassaï posent eux aussi pour cet amoureux du noir et blanc.

The Kray Twins © David Bailey

En tirant le portrait des étoiles de son époque, l’autodidacte est lui-même devenu star. Antonioni s’en inspirera ouvertement pour son film Blow Up, Taschen lui dédiera une de ses mythique édition SUMO.

D’une des banlieues les plus mal famées de Londres, le photographe accèdera aux pages les plus snobs de la presse mode et aux soirées les plus enviées d’Hollywood. Cela ne l’empêchera pas d’abandonner paillettes et mondanités pour photographier Nelson Mandela ou Mère Teresa.

David Bailey aux éditions Taschen : la première monographie du photographe en édition limitée SUMO

La liberté comme manifeste

L’album RSF propose de redécouvrir les jeux d’ombres et de lumière de Bailey soulignant avec grâce les traits pensifs de Mia Farrow, le reflet démultiplié de Godard ou les backstages où patientent les icônes pop rock des 60’ et 70’. Page après page les visages des légendes d’hier et d’aujourd’hui se confondent dans des contrastes marqués sur fond clair, signature de celui qui s’initia à la photographie lors de son service militaire en Asie.

Jack Nicholson 1984 © David Bailey

Pour David Bailey, une séance est nécessairement sexy, intime, un instant bref mais intense, partagé entre deux êtres le temps que crépite le flash. Trop sexy et sulfureux pour le politiquement correct de l’époque peut-être ? Son documentaire In Bed With Warhol sera censuré avant même sa sortie.

Andy Warhol 1965 © David Bailey

Le « James Bond de la photographie »

La journaliste Alix Girod de l’Ain se joint à Jane Birkin pour décrire dans l’album RSF celui qui ne sera pas resté longtemps homme de l’ombre. De son modèle et lui, c’est parfois le sujet de son portrait qui se fait le plus farouche admirateur. Directrice de la rédaction de Photo, Agnès Grégoire rend quant à elle hommage à ce « James Bond de la photographie ».

Catherine Deneuve 1999 © David Bailey

Disponible dès le 1er juillet, l’album Reporters sans Frontières, 100 photos pour la liberté de la presse est disponible en kiosque, sur le site de RSF ainsi qu’à la Fnac au tarif de 9,90€, l’intégralité des bénéfices finance l’action de Reporters sans Frontières.