Pour sa 4e édition qui se déroule du 30 avril et le 8 août 2021, le festival Mérignac Photo questionne notre rapport au(x) temps, à l’interdépendance entre passé, présent et futur. Sur le thème « Des mondes possibles », et chacun à leur manière, les 20 artistes internationaux présents abordent les problématiques contemporaines — par le biais de la réinvention.

© Meryl McMaster

Mérignac Photo 2021 : rencontres et expositions

Initialement prévue au printemps 2020, le festival Mérignac Photo se déroulera finalement entre le 30 avril et le 8 août 2021. À une période charnière, les artistes ont imaginé d’autres mondes possibles. L’interdépendance entre passé, présent et futur est une notion phare des projets photographiques présentés. « Des mondes possibles » propose aussi de penser l’évolution de notre rapport aux images, leur rôle dans notre connaissance et notre compréhension du monde.

Créé en 2014, le festival Mérignac Photo organise également des rencontres avec les photographes autour de ses expositions de photographie contemporaine. Organisé tous les deux ans, il était parrainé en 2015 par Bettina Rheims, puis par Isabel Muñoz pour sa seconde édition, mais aussi, soutenu en 2019 par la Maison Européenne de la Photographie. Les expositions et points de rencontres sont dispersés à travers la commune limitrophe de Bordeaux.

Le thème se divise en 3 sections : « Horizons perdus », « La fabrique des mondes » et « Futurs antérieurs ». Quant à la scénographie, elle couple la photographie à la vidéo, ainsi qu’à des installations et performances. Tandis que la programmation propose de penser l’évolution de notre rapport aux images, leur rôle dans notre connaissance et notre compréhension du monde, elle permet aussi de questionner la mémoire et la conservation, avec l’avènement des nouveaux systèmes de représentations numériques.

Au Parc du Vivier, trois expositions d’artistes sont présentées. Elles abordent différents « mondes possibles » et imaginent les probables devenirs d’un monde déjà sur le point d’advenir. Au programme également : des workshops, conférences, projections et lectures de portfolios.

Voici un aperçu des artistes et de leurs projets, parcourant les 3 catégories du Festival Mérignac Photo.

Drowning World – © Gideon Mendel

Futurs antérieurs

Cinq projets sont à découvrir dans la catégorie « Futurs antérieurs ». Avec « As immense as the sky », Meryl McMaster crée un projet à travers le prisme de ses origines à la fois occidentales et autochtones. Elle se retrouve à la croisée de deux perceptions totalement différentes du monde — l’une est linéaire, la seconde un cycle perpétuel.

« Je ressemblerai à ce que vous avez été », promet la machine. Phrase éponyme du titre du projet de Grégory Chatonsky, elle ouvre la porte sur un univers futur, régi par une intelligence artificielle. Dans ce monde, l’espèce humaine a disparu. Lui aurait succédé une pâle imitation du monde d’autrefois. Car, par la collecte de milliards de données, l’intelligence artificielle serait capable de créer des images, textes, et sons plus vrais que nature. Ainsi, elle recréerait un monde de ressemblances, reflet de notre monde réel mais avec des divergences perceptibles.

Je ressemblerai à ce que vous avez été – © Grégory Chatonsky

Horizons perdus

L’artiste Mohau Modisakeng se penche sur les retentissements dans le présent d’une période historique. Avec « Passage », elle nous invite à réfléchir sur la façon dont l’esclavage a pu démembrer l’identité africaine. En langue Setswana (langue parlée majoritairement dans la province sud-africaine du Nord-Ouest), l’expérience de la vie se définie comme un « passage ». Mohau Modisakeng confronte cette période historique et démontre qu’elle aurait écrasé durablement les individualités et leurs histoires.

Passage – © Mohau Modisakeng, courtesy of galerie Whatiftheworld

Rubén Martín de Lucas quant à lui, remet en question la notion de frontière et le concept de nation. Dans son projet « Iceberg Nations/Minimal Republics », on le découvre accostant sur un iceberg, avant d’y planter son drapeau. Ainsi, symboliquement, il possède une terre. Sa quête se poursuit jusqu’à la création de micro-nations au caractère absurde. Et pour cause : elles sont limitées à 100 m², ont pour seul habitant l’artiste lui-même. De plus, leur durée d’existence ne dépasse jamais 24 heures. Avec humour et recul, il met ainsi en évidence le besoin d’appropriation de l’homme sur la Terre.

La fabrique des mondes

Les supports sont multiples au Festival Mérignac Photo. D’ailleurs, l’artiste Maryse Goudreau croise art et permaculture. Par des gestes individuels, et d’autres, collaboratifs, elle transforme un tank enfoui, qu’elle découvre par hasard sur son terrain, en rucher. Plus de 200 personnes ont participé à ce projet. De quoi créer une oeuvre aux multiples aspects — qu’ils soient documentaire, artistique ou encore environnemental et patrimonial, mais aussi communautaire. Une invitation à repenser l’espace naturel, liaison entre les humains, le vivant et la terre.

Avec « Utopies minuscules », Nelly Monnier et Éric Tabuchi explorent ce qui, dans les façons de construire ou d’habiter, manifeste un écart avec la norme. Signalétique de bord de route, habitat marginal, art brut…ils ont découvert au cours de leurs voyages des habitats ou constructions atypiques, personnalisées, ou en marge. Leur projet aborde la question de la rationalisation des modes de construction du XXIe siècle. Sous l’influence de cette normalisation, les constructions empreintes de personnalité sont considérées comme singulières. Et si, en répertoriant l’anormal, ils étaient atteints par la pression normalisatrice ?

L’Atlas des régions naturelles – © Nelly Monnier & Eric Tabuchi

Du 30 avril au 8 août 2021, le festival Mérignac Photo 2021 abritera de nombreuses autres expositions. Les 20 artistes internationaux nous invitent à refaire le monde, et à voyager à la croisée « Des mondes possibles ».

Infos pratiques
Festival Mérignac Photo 2021
Du 30 avril au 8 août 2021
Dans la ville de Mérignac
Accès libre

En savoir plus sur le site du festival Mérignac Photo