La nouvelle aurait pu passer inaperçue au vu de l’actualité, mais il n’en est rien. La décision de reléguer la photographie au rang de « bureau » au sein du ministère de la Culture a été vécue comme un coup de massue par les acteurs du secteur.

Incertitudes mais aussi lassitude

En mai 2020, quelques jours après la levée du confinement, le Président de la République avait annoncé une relance de l’activité photographique grâce au soutien de l’État par un vaste programme de commandes publiques. En juillet, en l’absence de réponse concrète, 450 photographes, dont Raymond Depardon ou Sebastião Salgado, signaient une tribune appelant Emmanuel Macron à tenir ses promesses.

Tribune collective au « Monde » publiée le 22 juillet 2020

C’est dans ce contexte, déjà marqué par la lassitude et un sentiment d’abandon, que photographes et acteurs de la production et de la diffusion photographique ont appris le 31 décembre dernier la réorganisation du ministère de la Culture, reléguant la photographie du rang de délégation à celui de simple bureau.

Pour Lionel Charrier, journaliste à Libération, cette « annonce faite en catimini » publiée au Journal officiel relègue la photographie « au rang de sous-catégorie dans les arcanes ministériels ». Libération lance un appel, où est le Centre National de la Photographie ? Alors que le cinéma français a été sauvé par le CNC (Centre National de la Cinématographie) il n’en est rien pour l’image.

Article « La photoraphie rétrogradée au sein du ministère de la Culture » – Libération.fr

Un répit de courte durée

La surprise est de taille, d’autant que la délégation du ministère de la Culture à la photographie avait été inaugurée il y a seulement trois ans sous le ministère de Françoise Nyssen et confiée avec succès à Marion Hislen en 2018. Enfin, la photographie était perçue au même rang que le théâtre, la danse ou la musique. Cette idée était initialement celle de Frédéric Mitterrand. Traditionnellement associée aux arts médiatiques aux côtés de la radio et de la télévision (le 8e art), la photographie trouvait ses lettres de noblesse… Pour trois petites années.

Photographes et photoreporters étaient déjà alarmés par les décisions prises en fin d’année avec la loi Sécurité globale.

Future loi Fauvergue : une protection des forces de police qui menace la liberté d’informer

Cette nouvelle décision du gouvernement, elle aussi discrètement annoncée et non commenté par Roselyne Bachelot, ministre de la Culture, jusqu’au rapide entretien accordé à Polka le 19 janvier, enfonce le clou et accentue la défiance du secteur envers son ministère. Pour la ministre, cette réorganisation est annonciatrice de bonnes nouvelles et faciliterait les financements en évitant leur éparpillement.

La photographie rejoint la mode et le design, domaines appartenant à la délégation des arts visuels. Faut-il vraiment y voir une réelle perte d’intérêt de la part du ministère et une destitution de fait ? L’avenir nous le dira en l’absence de commentaires de la part du ministère de la rue Saint-Honoré. Si les conséquences de cette décision restent incertaines, sa portée symbolique est déjà lourde.