Depuis 1955, le Prix Nadar Gens d’images récompense chaque année un livre photo édité en France consacré à la photographie ancienne ou contemporaine. Pour cette édition 2020, c’est l’univers poétique atemporel de FLORE qui a séduit le jury.

© Prix Nadar 2020 décerné par Gens d’images

Le temps fort de l’édition photographique française

Habituellement organisé à la Bibliothèque nationale de France (BnF), le prix Nadar Gens d’images a été cette année retransmis le 3 décembre par la chaine YouTube de Gens d’images. L’association, qui vise à favoriser l’échange et la rencontre entre tous ceux qui sont professionnellement ou personnellement concernés et passionnés de photographie, a été créée en 1954 par Albert Plécy, Jacques-Henri Lartigue et Raymond Grosset et contribue depuis au rayonnement national de la photographie.

Deux temps forts permettent de valoriser la création photographique : le prix Niepce, premier prix photographique professionnel lancé en France en 1955 et le Prix Nadar.

Ce prix dédié à l’édition photographique, primant aussi bien monographies, catalogues d’exposition que livres de recherches historiques est organisé en partenariat avec la BnF et le Musée Nicéphore Niépce de Chalon-sur-Saône sous le parrainage du ministère de la Culture. Campagne de presse et rencontres viennent récompenser le lauréat.

FLORE, grande gagnante de l’édition 2020

99 livres ont été soumis au jury pour cette édition 2020. Parmi ceux-ci, 10 ouvrages se sont distingués.

C’est finalement FLORE qui a été récompensée de ce prix Nadar Gens d’images 2020. La photographe offre des images réalisées lors de voyages au long cours, une signature plus onirique qu’exotique qui se retrouve dans L’odeur de la nuit était celle du jasmin. Grâce à une reliure à la japonaise, les images de la photographe française s’unissent aux écrits de Marguerite Duras. L’odeur de la nuit était celle du jasmin compte parmi les 7 livres publiés par les éditions Maison CF – Clémentine de la Féronnière cette année.

Portrait de FLORE © Adrian Claret

Le thème est cher à la photographe qui était en 2016 à l’origine de Lointains Souvenirs (éditions Contrejour), un corpus comme une variation sur la jeunesse indochinoise de l’auteure d’Un Barrage contre le Pacifique. L’exil, la nostalgie du temps et du territoire passés est au cœur de ce projet. FLORE puise ses inspirations dans les récits de Marguerite Duras mais aussi dans sa mémoire personnelle et familiale, tisse un lien entre elles, dont les grands-parents partagent le destin de l’auteure entre Indochine et France pour « inventer photographiquement une Indochine nécessairement mythifiée ».

L’odeur de la nuit était celle du jasmin a été réalisé dans le cadre du Prix de Photographie Marc Ladreit de Lacharrière en partenariat avec l’Académie des beaux-arts.

© Prix Nadar 2020 décerné par Gens d’images

Aux côtés des textes de Duras, les photographies noir et blanc de l’artiste franco-espagnole sont teintées au thé puis cirées, acquérant une patine unique. Les clichés semblent figés dans le temps, comme extraits des archives de l’époque ramenées d’orient. Les images de FLORE permettent de donner corps aux souvenirs, d’arrêter le temps et le vacillement de la mémoire, de capturer des souvenirs destinés à lentement s’éteindre. L’image prend alors le pas sur les mots, comme une réalité plus vraie que nature.

© Prix Nadar 2020 décerné par Gens d’images

Un palmarès prestigieux

Au fil des ans se lit à travers le palmarès du prix Nadar l’évolution de la photographie et du livre photo. Si le prix Nadar prime les photographes reconnus comme les nouveaux talents, de nombreux maitres de la photographie contemporaine comptent parmi les lauréats. De William Klein (lauréat de l’édition 1957) à André Kertész récompensé en 1971 pour Soixante ans de photographie – et de nouveau en 1988 –, Josef Koudelka jusqu’à Willy Ronis, Irving Penn, Richard Avedon ou Sarah Moon, les éditions précédentes recèlent de signatures majeures auxquelles se joint aujourd’hui celle de FLORE.

Une exposition se tiendra à l’Académie des beaux-arts du 15 décembre au 31 janvier 2021. Elle rassemblera une soixantaine de tirages argentiques réalisés par l’artiste en chambre noire, teintés au thé et cirés, ainsi que des héliogravures, des tirages pigmentaires couleurs sur papier japonais ou sur Gampi marouflés sur feuille d’or.

© Prix Nadar 2020 décerné par Gens d’images

Le travail de FLORE sera ensuite présenté sur l’île Saint Louis à la galerie Clémentine de la Féronnière dès le printemps 2021.

Plus d’informations sur les livres remarqués de ce palmarès et à propos du travail de FLORE sont proposées sur le site Gens d’images et sur le site Internet de la photographe.

L’ouvrage L’odeur de la nuit était celle du jasmin, édité par Maisons CF, est disponible au tarif de 45 €. Il compte 146 pages, et est au format 17 x 31 x 2,5 cm. Le tirage est de 2000 exemplaires.