Pendant cette pandémie de Covid-19, le pangolin est devenu le sujet numéro un. Considéré comme à l’origine de la propagation du virus, le monde a en réalité pris conscience du trafic existant autour de cet animal. Le photographe Brent Stirton a présenté sa série « Pangolins in Crisis » au Sony World Photography Awards et remporte cette année le 1er prix dans la catégorie Professional – Natural World & Wildlife. Il témoigne du commerce illégal ainsi que des moyens mis en place pour sauver cette espèce menacée d’extinction.

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Brent Stirton, le photographe de la vie sauvage

Diplômé de l’Université Durban Technikon en Afrique du Sud, Brent Stirton devient journaliste. Ne trouvant pas de photographe pour l’accompagner lors de ses reportages, il se forme à la photographie. Sa longue carrière de reportages de guerre et ses photo-reportages environnementaux lui permettent de travailler aujourd’hui avec des agences comme Getty Images et très majoritairement pour la revue National Geographic.

Comme tout photo-journaliste, le devoir principal de Brent Stirton est de comprendre le sujet qu’il souhaite traiter, puis d’informer le monde par son art. Il peut passer plus de six mois sur le terrain afin de s’imprégner de tout ce qu’il lui sera utile pour améliorer ses clichés.

« S’il s’agit d’un projet sur la faune, j’ai l’impression de communiquer pour l’animal qui ne peut pas parler. Le principal sentiment que j’ai toujours éprouvé commence par la peur de l’échec, mais à mesure que le travail progresse et que cela commence à fonctionner, la peur est remplacée par un véritable sentiment d’être utile et de la clarté », nous déclare-t-il.

© Brent Stirton

« Pangolins in Crisis »

La série du photographe présentée au Sony World Photography Awards représente parfaitement le style et la démarche qu’il s’impose. « Dans la photographie environnementale, je souhaite mettre en lumière le travail des personnes qui défendent notre monde naturel et j’essaie de gagner le soutien de ces personnes, des animaux et espaces sauvages qu’elles protègent. J’aime aussi penser que je rappelle aux gens ce que nous perdons et pourquoi nous devrions nous en soucier. »

Pour présenter cette série, Brent Stirton a passé un an entre recherches, enquêtes et vadrouilles dans pas moins de sept pays en Afrique et en Asie avant qu’il soit pleinement satisfait de ce qu’il rapporterait. Il a pu photographier le pangolin dans son milieu naturel, sur un site protégé au Zimbabwe, mais aussi, et malheureusement, vendu dans un marché au Cameroun, enfermé dans un réseau d’importation illégale en Chine ou encore tué, des milliers d’écailles dans un sac découvert à la frontière de la Côte d’Ivoire.

© Brent Stirton

Le pangolin est le mammifère dont le commerce illégal est le plus important au monde. Cet animal fait l’objet d’un braconnage intense à destination de l’Asie pour ses vertus médicales selon la médecine traditionnelle. Ses écailles réduites en poudre sont utilisées pour traiter le cancer. Récemment, c’est un animal soupçonné d’avoir véhiculé le virus du Covid-19 à l’homme, ce qui a fait réémerger les nombreux signaux d’alertes concernant cette espèce qui tend de plus en plus vers l’extinction.

© Brent Stirton

« À travers cette série, mon message personnel est que nous sommes très conscients de la disparition de certaines espèces et des menaces qui pèsent sur elles. Mais, beaucoup de petites espèces disparaissent encore plus rapidement. La plupart des gens ne savent même pas ce qu’est un pangolin. Pourtant, ils disparaissent si rapidement qu’ils risquent de s’éteindre avant que nous puissions y remédier. C’est une véritable tragédie pour un animal aussi unique », affirme le photographe.

© Brent Stirton

Un avenir incertain

Cette série a pour but d’alerter sur le trafic illégal de pangolin ainsi que de montrer son étendue et la lutte pour la protection de cet animal. Néanmoins, et malgré les soupçons autours du Covid-19, cette espèce n’est pas encore assez protégée aux yeux des défenseurs animaliers et de Brent Stirton lui-même.

© Brent Stirton

« Les autorités se sont concentrées sur d’autres espèces, ce qui a eu pour conséquence de réduire l’attention accordée aux pangolins. Il faut également noter que ces animaux proviennent de pays qui ont souvent des forces de l’ordre faibles et corrompues, qui ne prennent pas au sérieux la criminalité liée aux espèces sauvages », explique-t-il.

© Brent Stirton

Grâce à « Pangolins in Crisis », Brent Stirton espère réveiller les consciences sur la nécessité de préserver cette espèce. Son reportage dénonce le manque de moyen de contrôle, de surveillance et de protection de cette espèce dont le trafic s’est développé depuis de nombreuses décennies déjà.

« J’espère que le monde sera meilleur après la pandémie. Les maladies zoonotiques ont toujours existé et nous avons déjà connu de graves épidémies. C’est aujourd’hui la plus grave, mais c’est en grande partie aux dirigeants asiatiques qu’il appartient d’être sincères dans leurs efforts pour y mettre fin. L’ironie est que des pays comme la Chine pourraient le faire s’ils mettaient une véritable volonté politique derrière cet effort », explique-t-il.

© Brent Stirton

Le pangolin n’est qu’une des nombreuses espèces utilisées dans la médecine traditionnelle asiatique. Cornes de rhinocéros ou écailles de pangolin réduites en poudre pour traiter le cancer, bile d’ours contre les problèmes de foie, liqueur d’os de tigre donnant force et vigueur… Ce ne sont là que de minces exemples de remèdes de la médecine traditionnelle chinoise concoctés avec des animaux protégés, dont la plupart tendent vers l’extinction.

© Brent Stirton

Quand on lui demande ce que ce 1er prix représente pour lui, le photographe est clair : « l’avantage de gagner des concours est que vos œuvres sont vues par un public très large. La sensibilisation du public à ces questions environnementales est toujours la raison première pour laquelle il faut réaliser ce type de reportage ».

Vous pouvez retrouver la série complète sur le site de Brent Stirton ainsi que sur celui du Sony World Photography Awards.