« Times of epidemics » : tel est le nom de la série du photographe finlandais Mika Suutari, qui met en scène un médecin de peste dans un jeu d’ombres et de lumière. Ces oeuvres mettent en lumière la figure historique et énigmatique du « médecin de peste« , affublé d’un masque à bec, tout droit sorti d’époques reculées. Publiée par hasard au cours de la crise sanitaire, cette série fait écho à certains épisodes troublés de l’histoire mais aussi à notre actualité.

© Mika Suutari

Photographie post-apocalyptique

Mika Suutari est un photographe autodidacte finlandais. Au cours de ses différentes séries, il aime manier les concepts de dystopie et de mondes post-apocalyptiques. Dans sa dernière série, intitulée « Times of epidemics », le décor de ses clichés est marqué par une luminosité faible, majoritairement dans un champs brumeux créant un jeu entre angoisse de l’espace et beauté de la nuit claire. « J’ai l’impression que le sujet ou la qualité technique de la photo n’est pas ce qui compte. Ce qui est important, c’est l’humeur de l’image et ce qu’elle véhicule », affirme-t-il.

© Mika Suutari

De plus, sa série met en avant un médecin de peste. Un personnage qui s’intègre parfaitement aux décors sinistres. Souvent médecins de second ordre sans grande réussite professionnelle, ils ne guérissaient que rarement leurs patients.

Vêtu de noir, de gants blancs et d’un masque en forme de bec, ce personnage a des airs de faucheuse, dissimulée par la nuit dans la brume. « Je voulais créer des images qui reflètent l’ambiance du XVIIe siècle avec mon propre style », explique Mika Suutari.

© Mika Suutari

Times of epidemics

Mika Suutari, au moment de poster les premiers clichés de la série, ne se doutait absolument pas de l’ampleur qu’allait prendre la crise que nous traversons. « Évidemment, je ne pouvais pas deviner à quel point la série s’adapterait finalement à ce que nous vivons aujourd’hui et deviendrait si actuelle – je crois que personne ne le pouvait », déclare le photographe.

© Mika Suutari

La série prend alors un tout autre sens, et s’inscrit dans la période de crise sanitaire. « On peut tout à coup trouver beaucoup de points communs entre aujourd’hui et l’époque des médecins de peste : certains étaient des escrocs et répandaient de faux espoirs de guérison pour les riches comme pour les pauvres. aujourd’hui ce sont les gens qui essayent d’exploiter la peur du virus des gens afin de les arnaquer », explique Mika Suutari.

Mais on peut aussi faire un parallèle entre ce bec blanc – masque rempli d’herbes aromatiques pour « protéger » les médecins de la peste de l’air putride – avec celui de nos médecins au front dans nos hôpitaux contre le coronavirus aujourd’hui.

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Représentants d’un passé révolu, ces « médecins de peste » et leur allure menaçante sont fortement ancrés dans la culture populaire, de la « commedia dell’arte« … aux carnavals. Prenant des allures de tableaux classiques, ces photographies jettent donc un regard quasi-onirique sur cette figure à la fois inquiétante et mystérieuse.

Retrouvez la série « Times of epidemics » sur le site Internet de Mika Suutari.