L’artiste français Clément Chapillon nous raconte son récit photographique Promise me a Land issu d’un voyage de deux ans au Moyen-Orient. Présent au Festival Circulation(s) et à la galerie Leica ce printemps 2018, ne loupez pas cet artiste talentueux !

Festival Circulation(s) Clément Chapillon

Promise me a Land © Clément Chapillon

Fils et petit-fils de photographes amateurs, Clément a reçu son premier appareil photo à l’âge de 16 ans. Un Nikon argentique F601 qu’il garde toujours : « Je n’ai jamais été trop attiré par la photographie étant très jeune, mais j’étais déjà fasciné par les vieilles photos de famille », nous explique le photographe.

Le futur artiste s’oriente alors vers une carrière dans la communication. Parallèlement à son métier, Clément voyage beaucoup, notamment en Amérique latine. « Lors d’un tour du monde d’un an en 2011, j’ai commencé à travailler de manière « sérielle » sur des petits projets, et j’ai aimé construire une narration et des histoires photographiques. »

Son Nikon toujours sous le coude, il photographie tout ce qui lui semble intéressant, principalement des paysages, puis de plus en plus d’hommes et de femmes : « Le territoire, c’est aussi l’ homme qui l’habite, qui se l’approprie et qui le vit. Finalement, je me suis mis à associer les paysages à un travail de portraits pour faire ressentir l’interaction entre l’homme et sa terre : sa gestuelle, son regard, sa silhouette de dos comme de face, tout cela nous permet de ressentir cette relation entre l’homme et son territoire, c’est la direction que je veux donner à mes prochains projets. »

Festival Circulation(s) Clément Chapillon

Los Passajeros © Clément Chapillon

En 2014, Clément décide de partir à Cuba avec sa compagne hispanophone pour documenter les autostoppeurs, moyen de transport très fréquent sur cette île.

Tout au long du voyage, le couple arpentait les routes à la recherche de marcheurs au pouce levé. Une fois dans la voiture, le dialogue s’installait entre le Cubain et les voyageurs : « Les langues se déliaient, on arrivait à sortir de « l’omerta castriste ». Nous avons fait monter des poètes, des chanteurs, des agriculteurs, finalement, c’est toute la société cubaine qui défilait dans notre voiture. »

Festival Circulation(s) Clément Chapillon

Los Passajeros © Clément Chapillon

Bien plus qu’une série documentaire ou strictement personnelle, Los Passajeros est le début d’une carrière dans la photographie. « J’ai voulu montrer les visages de la société cubaine dans leur environnement. En y réfléchissant, j’étais déjà en train d’explorer le lien entre les hommes et leur terre à Cuba qui m’a suivi plus tard en Israël. »

Festival Circulation(s) Clément Chapillon

Los Passajeros © Clément Chapillon

Les choses changent en 2016 où il quitte son agence de communication pour reprendre ses études aux Gobelins. Spécialisé dans la photographie, il souhaite se concentrer sur ses projets personnels, principalement axés sur la relation entre l’Homme et la terre.

Festival Circulation(s) Clément Chapillon

Promise me a Land © Clément Chapillon

A l’obtention de son diplôme, Clément Chapillon part deux ans travailler en Israël, pays en conflit depuis plus de 70 ans avec la Palestine. Cette guerre est assez insolite dans l’histoire de l’humanité. Les Hommes ne se battent pas pour le pouvoir ou le contrôle d’une région pour profiter de ses ressources, mais pour la terre elle-même, pour son histoire et non pas pour sa richesse. Bien plus qu’un conflit religieux comparable aux croisades moyenâgeuses, les Palestiniens et les Israéliens se battent pour la terre de leurs ancêtres, la terre de leur Dieu.

Déjà parti en voyage dans la région, le photographe a saisi l’opportunité de retour en Israël il y a trois ans : « Quand deux amis à moi sont partis vivre en Israël en 2015/2016, un pays que je connaissais déjà et qui m’avait beaucoup marqué, ça a été le déclic. J’ai eu envie de témoigner de l’énergie que j’y avais ressentie 6 ans plus tôt et du lien très incandescent à la terre que j’avais vécu. Je me suis beaucoup documenté et très vite je me suis lancé dans cette nouvelle aventure ! »

Festival Circulation(s) Clément Chapillon

Promise me a Land © Clément Chapillon

Aussi bien le territoire israélien, mais aussi palestinien sont montrés dans cette série de photographie. Ces habitants ont pour certains toujours connu la guerre et n’abandonneront pas. Chacun estime être sur ses terres.

Accompagné de son Nikon D810 et d’un objectif fixe de 35mm, Clément Chapillon n’est pas venu sur les rives de la Mer Morte pour faire de la politique. Ne voulant pas trancher ou se positionner pour un camp plutôt qu’un autre, le photographe français tente au plus possible de rester neutre : « Le lien à la terre est avant tout humain, donc j’ai essayé de m’intéresser aux individualités, pas au collectif. Je raconte et je montre les différentes histoires, ce n’est évidemment pas exhaustif car ça ne pourrait jamais l’être, mais je veux construire un puzzle qui de toute manière existe qu’on le veuille ou non. On est jamais dans un camp ou dans un autre, tout est nuancé, et il faut comprendre ces nuances pour avoir une vision juste de ce qui existe dans ces sociétés. »

Festival Circulation(s) Clément Chapillon

Promise me a Land © Clément Chapillon

Pour constituer un véritable dossier documentaire, Clément Chapillon a également réalisé des interviews et enregistré les sons des paysages, le bruit de la Terre Sainte. Les textes des échanges sont intégrés dans le livre paru en avril 2018 : « J’ai creusé le lien des hommes avec cette terre à travers une série d’interviews et au fur et à mesure de ces échanges, j’ai construit finalement ma propre relation avec la terre. »

Festival Circulation(s) Clément Chapillon

Promise me a Land © Clément Chapillon

« Des hommes et des femmes humbles m’ont dit la chose la plus importante de ma quête : « cette terre ne nous appartient pas, nous appartenons à elle ». Ça me paraît être un basculement de prisme qui pourrait changer beaucoup de choses là-bas et qui est audible par tous. »

Festival Circulation(s) Clément Chapillon

Promise me a Land © Clément Chapillon

La série a été très bien reçue par la critique, malgré le fait que le sujet soit déjà très médiatisé et clivant. C’est surtout grâce à sa sélection au festival Voies Off aux Rencontres d’Arles que Promise Me a Land a reçu les honneurs du public et pas que.

Des magazines, des photographes, des galeristes, mais également un éditeur, Kehrer Verlag ont apprécié la série et lui ont proposé de travailler avec lui. La célèbre maison d’édition allemande spécialisée dans la photographie lui a proposé une monographie.

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Livre « Promise me a Land » de Clément Chapillon © Clément Chapillon

En plus de cette parution, Clément Chapillon a remporté le prix Leica, lui permettant d’exposer à la galerie Leica de Paris du 12 avril au 11 mai 2018. Pour plus d’information, rendez-vous sur l’évènement Facebook du vernissage.

Pour voir l’intégralité de la série de l’artiste et bien d’autres, rendez-vous directement sur son site. N’hésitez pas à découvrir d’autres artistes présents au festival Circulation(s), ça se passe au 104 à Paris.