Le dé-confinement se met en place progressivement à l’échelle nationale. Paris redémarre les RER et lignes de métro pour relancer l’activité en ville. Faussement synonyme de retour à la normale, la photographe Diane Dufraisy dénonce cette vie muselée et à distance. Sa série des transports publics « Liberté entravée » témoigne de cette période déshumanisante.

© Diane Dufraisy

Série « déconfinée »

Après deux mois d’isolement afin d’endiguer la propagation du virus, Diane Dufraisy s’équipe de son Olympus OM-D E-M5 Mark II pour sa première sortie de déconfinement. Cette nouvelle série fait suite à une première réalisée au début du confinement où elle avait immortalisé Paris vidé. « Après avoir déserté la ville, nous la réintégrons petit à petit. Mais plus de la même manière et je voulais témoigner de ce changement. Je suis allée sur Paris pour voir de mes propres yeux ce nouveau monde », explique-t-elle.

« Liberté entravée » témoigne de ce changement, de ces nouvelles obligations qui font désormais partie de notre quotidien – jusqu’à nouvel ordre. Le port du masque, les distances d’hygiène, la prudence constante dans chacun de nos rapports avec les autres. « Ce qui m’a le plus frappé c’est le rappel à chaque instant de cette menace invisible qui a pour conséquence d’entraver nos libertés : de sorties, de mouvement, d’existence dans l’espace public », affirme Diane Dufraisy.

© Diane Dufraisy

« La liberté entravée »

Cette série rapporte l’état des transports publics parisiens. On y trouve principalement deux types de photographies : des hommes cachés derrière leur masque ainsi que les systèmes mis en place par la RATP pour faire appliquer aux usagers les règles de distanciation sociale. « Caché derrière nos masques nous sommes devenus encore plus anonyme, plus inconsistant et tout le monde se regarde en chien de faïence. Nous sommes tous devenus un danger potentiel pour les autres et notre humanité en prend un coup », explique la photographe. « La liberté entravée » est un témoignage de la situation extraordinaire que nous vivons, mais surtout dans cette société déshumanisante et pleine de nouveaux codes sociaux.

© Diane Dufraisy

Toujours dans ces teintes de gris urbain, ces clichés reflètent la pensée et les sentiments de la photographe. « Cette vie en société ne me semble plus que de la survie actuellement. Plus que jamais, j’ai l’impression de n’être qu’un pion dans ce mauvais jeu d’échecs qu’est la vie », confie-t-elle.

Diane Dufraisy a peur pour nos libertés. Car malgré le risque qui court les rues encore aujourd’hui, chaque fois que l’on sort de notre espace personnel, c’est pour suivre les chemins tout tracés par l’Etat. « Affublés de nos masques, nous sommes comme muselés. Parfois dans l’incapacité de communiquer, on avance comme des robots privés de liberté », affirme la photographe. 

© Diane Dufraisy

En temps normal, Diane Dufraisy est habituée à la pratique de l’urbex. « Liberté entravée » est un moyen pour elle d’immortaliser ces changements qui ne lui évoque rien de positif : « cette série reste une réflexion personnelle, teintée de mes peurs de perte de liberté ». En espérant un retour à la « vie normale » prochainement.

© Diane Dufraisy

Retrouvez toute la série Liberté entravée sur Facebook.

DLSP #78 : Dans le sac photo de Diane Dufraisy