Jeune photographe née en Ukraine et vivant en France, Alexandra Zakharova réalise des double-expositions en arpentant le monde munie de son boîtier Olympus argentique. Il en résulte des univers en opposition qui nous questionnent sur l’écologie, l’urbanisation, tout comme sur nos sociétés. Et un univers résolument onirique.

© Alexandra Zakharova

Photographie argentique et voyages

Née en Ukraine, mais se considérant « citoyenne du monde », Alexandra Zakharova a débuté la photographie à l’âge de 6 ans. C’est un langage bien ancré chez la jeune femme — et inculqué par son père — qui l’a formée à la photographie argentique et aux bases de la composition.

Plus tard, elle intègre l’Académie des Beaux-arts de Kiev. Cette ouverture à la création lui permet de travailler avec différents medium : à la photographie s’ajoutent la musique, la peinture et la vidéo. Il en résulte une palette bien fournie qui lui permet de transcender la réalité, et de mettre en scène sa passion pour le monde des rêves.

« Ma relation à la photographie a aussi été inspirée par le travail de Henri Cartier-Bresson. Je suis une grande admiratrice de son travail. »

© Alexandra Zakharova

© Alexandra Zakharova

Les frontières ne sont pas une limite pour la jeune photographe qui voyage beaucoup pour prendre ses clichés. Si 60% de ses productions sont réalisées entre la France et l’Ukraine, c’est plus de 40 pays qu’a visités Alexandra Zakharova. Munie de son Olympus OM-1N MD qu’elle utilise la plupart du temps, elle réalise toutes ses photographies d’art en argentique. « Je l’ai trouvé en très bon état car l’appareil photo a été utilisé pendant plusieurs années par la police pour prendre des photos de lieux du crime », relate-t-elle anecdotiquement.

En arpentant ses terrains d’exploration, Alexandra Zakharova est à la recherche de contrastes, entre nature et urbanisation, modernité et old-school, industrialisation et écologie, ou encore au sein des classes sociales.

Les contrastes du réel

Ce mélange de prises de vues dissonantes dans leur symbolique — au coeur de l’approche d’Alexandra — permet de poser une réflexion autour de notre impact sur la nature, sur l’urbanisation et sur nos modes de vie. À cet effet, la photographe joue sur les oppositions que l’on peut observer au quotidien. Dans le même temps, il émerge de ces impressions oniriques des mondes différents qui, par le pouvoir de l’image, s’entremêlent — et nous questionnent.

« Je travaille en quelques sortes comme un chercheur scientifique social. Je recherche les contradictions dans la société en portant l’attention sur les contrastes de la vie quotidienne. L’idée principale est de combiner deux sujets en opposition et de créer un mélange qui va amener une réflexion sociale dans l’esprit des gens. »

Ayant partagé sa vie entre la France et l’Ukraine jusqu’ici, Alexandra connait bien ces deux pays aux antipodes, mais qui sont ses lieux de shooting favoris. « Il y a un grand fossé dans le développement de ces deux pays. Cela entre dans ma philosophie : la photographie doit raconter l’histoire du réel », commente t-elle.

© Alexandra Zakharova

© Alexandra Zakharova

Mais, ses inspirations, elle les puise également dans l’art et dans ses voyages à la découverte de nouvelles cultures et traditions. De ces expérimentations du medium et de la forme naît une écriture visuelle onirique qui superpose des mondes en transparence et déconstruit les perspectives.

La technique puriste au service de l’onirisme

Mixant les terrasses de cafés aux façades d’immeubles, les étalages de poissonneries avec les habitations, la nature et l’urbanisation, les double-impressions que réalise Alexandra Zakharova sont aux portes du monde du rêve. Par ce biais, elles pénètrent notre subconscient tout en nous questionnant sur le monde et sur nos sociétés.

« C’est vrai que je suis passionnée par le monde des rêves… Je pense que les rêves sont le reflet de notre subconscient. Mon approche est de faire réfléchir le spectateur sur des sujets comme le développement durable, notre impact sur la nature, l’urbanisation, les changements climatiques… »

© Alexandra Zakharova

© Alexandra Zakharova

Mais Alexandra laisse l’espace nécessaire à chacun pour chercher son propre sens à travers les oppositions visuelles qui émanent de ses clichés. Dans cet esprit, elle cite l’écrivaine américaine Ursula K. Le Guin « Certains rêves nous disent ce que nous souhaiterions croire. Certains rêves nous disent de quoi avoir peur. Certains rêves sont ce que nous savons même si nous pouvons ignorer que nous le savons. Le rêve le plus rare est celui qui nous dit ce que nous ignorions. »

36 poses dans un environnement, puis 36 poses dans un univers opposé sont réalisées sur la même pellicule. Grâce à la fonction double exposition des appareils photos argentiques, c’est une méthode artisanale qui est appliquée à la technique. Tout se joue lors de la prise de vue, laissant la place au hasard et à l’imprévu de s’immiscer dans la composition. Selon Alexandra, « L’avantage de l’argentique, c’est que l’on se concentre d’avantage sur la qualité, plutôt que sur la quantité. » Un nombre déterminé de poses qui encadre la prise de vue et requiert plus d’implication que si celle-ci pouvait être refaite infiniment.

Sur ses photographies, Alexandra Zakharova ne pratique aucune post-production. D’ailleurs, la photographe qui utilise exclusivement l’argentique pour ses photographies d’art recherche cette pureté dans la photo. Au contraire, le numérique, elle le réserve aux photographies commerciales — lorsqu’elle travaille pour des publications mode ou journalistiques. En effet, la photographe combine différentes activités autour du medium, y compris des cours qu’elle dispense à l’école de Design et du Digital, ECV Digital.

© Alexandra Zakharova

© Alexandra Zakharova

Questionner certains enjeux de nos sociétés modernes par le biais du monde fuyant des rêves — et cela en utilisant la pureté de la prise de vue argentique dénuée de retouche, c’est le pari réussi d’Alexandra Zakharova.

Si plusieurs expositions de la photographe ont été annulées en raison de l’épidémie COVID-19, celle-ci préfère se concentrer sur les aspects positifs que nous pouvons tirer de cette crise. C’est-à-dire pour elle, peindre, exprimer sa créativité à travers de nouveaux projets, réactiver son Instagram ou refaire son site web. De cette manière, elle explore les façons d’exploiter ce laps de temps à l’arrêt. « Cette crise est également un arrêt positif pour la consommation de masse et la pollution de l’air qui sont deux sujets importants de mon travail. » évoque t-elle en pensant aux différents aspects de la crise. Peut-être cet évènement pourra faire naître en elle de nouvelles idées de contrastes dans nos vies quotidiennes.

Pour voir les autres photos de la série Film 35mm d’Alexandra Zakharova, rendez-vous sur son site.