Erwin Olaf revient avec le troisième volet de ce qui pourrait être sa trilogie sur les villes en évolution, réalisée à Palm Springs, dans le Sud de la Californie. Ses photographies sont exposées en exclusivité en France à la Galerie Rabouan Moussion du 16 mai au 27 juillet 2019.

Après Berlin et Shanghaï, le photographe termine son oeuvre en trois volets « Changing Metropolises », en réalisant des photographies en extérieur pour la première fois. Une série sur l’individualité dans un monde en mutation, inspiré par l’architecture, l’histoire et l’énergie de la ville californienne.

Cette année, Olaf sera exposé dans plusieurs lieux à travers le monde. Le Gemeentemuseum Den Haag et le FotoMuseum Den Haag lui consacrent des expositions solo pour fêter son soixantième anniversaire, et célébrer ses 40 ans de photographie. Il sera exposé également au Shanghai Center of Photography tandis que le Rijksmuseum propose dans ses murs une sélection de travaux comprenant 500 pièces clés acquises auprès du photographe.

Avec son oeuvre photographique et alors qu’il a été choisi en 2017/2018 pour réaliser les portraits officiels de la famille royale, et le design des pièces de l’euro pour le roi des Pays-Bas quelques années auparavant, l’oeuvre d’Olaf s’inscrit « dans l’héritage culturel » de la Hollande, a déclaré Rutger Pontez, critique d’art dans le journal néerlandais the Volkskrant.

« Son travail est profondément enraciné dans la tradition de l’art hollandais. C’est l’un des plus importants photographes du dernier quart du XXème siècle. »

Taco Dibbits, directeur du musée Rijksmuseum

L’artiste néerlandais qui explore des problématiques historiques et contemporaines, mêlant photographie d’art et photographie sociologique, revient sur sa dernière série « Palm Springs » alors qu’il fête ses 40 ans de carrière. On peut y découvrir deux hommes se disant au revoir au moment d’un départ en guerre, un drapeau américain déchiré coincé entre les branches d’un arbre, une femme lisant « Lolita » en observant une jeune femme près de la piscine, avec des photographies explorant la tension et les relations entre les personnages. « À mesure qu’une histoire émergeait pendant le travail et la sélection des photos, je me suis mis à considérer cela comme une parabole sur la distribution des richesses, si injuste et si insoutenable à long terme, entre les différentes classes de notre société« , déclare Olaf dans la présentation de la série.

©Erwin Olaf

« Ce que je veux montrer avant tout c’est un monde parfait avec une fissure à l’intérieur. Je cherche à rendre l’image suffisamment attrayante pour que les gens aient envie de regarder l’histoire que je leur raconte… puis à ce qu’elle leur donne une gifle ! »

©Erwin Olaf

Erwin Olaf est détendu, enthousiaste de présenter sa nouvelle série « Palm Springs », le 3ème volet de sa trilogie à l’étranger. « Il aurait été facile de faire un portrait des problèmes de l’Amérique en vue de son actualité, mais ce qui m’intéressait était de travailler à travers le prisme de l’imagination ». Après « Shangaï » où il s’intéressait à l’individu dans une ville de 24 millions d’habitants et « Berlin« , qui dépeignait un monde où l’enfant aurait plus de pouvoir que l’adulte avec des inspirations de la période d’entre-deux-guerres ; « Palm Springs » est un travail de créations tout droit sorties de l’imagination du photographe, avec des réminiscences des années 60, et l’introduction d’éléments documentaires stylisés. « Je voulais introduire un peu plus le monde réel. J’ai adoré tous les détails concrets des endroits que nous avons photographiés, par exemple, un gazon jauni parce qu’il avait fait très chaud et sec. Mon équipe se préparait à le retoucher avec du vert, mais j’ai préféré le laisser tel quel parce que c’est la réalité de notre temps, où le climat est en train de changer alors que nous restons terrés dans nos communautés fermées. ».

Très inspiré par la peinture hollandaise, Erwin Olaf a étudié les photographies de Gordon Park et sa façon de dépeindre l’Amérique très différente de celle de Norman Rockwell, pour la série. Il évoque également la question de la nudité dans les photographies, dont il compare la beauté avec les oeuvres en peinture, comme celles de Courbet.

©Jodie Wtulich

« Mes photographies sont une représentation de mes émotions, de mes ressentis, des idées qui me traversent que je met en images. »

© Galerie Rabouan Moussion

Pour Palm Springs, Erwin Olaf a tenté de définir la frontière entre photographie et film. On peut découvrir, à l’entrée de l’exposition, un film projeté du processus de déclinaison de fleurs qui fânent, une œuvre dans laquelle il rend hommage à sa mère décédée pendant la création de cette série. Dans ce projet, il transcende la nature des évènements car l’on voit la rééclosion des fleurs après qu’elles se soient fannées lentement. Elles sont noires sur fond noir, ce qui rappelle sa série « Blacks » de 1990 à la façon des moulages en trompe-l’oeil qu’il réalisait en noir sur noir et qui ont marqué un tournant dans sa carrière alors qu’il travaillait pour la première fois la mise en scène, avec une équipe.

Le mouvement, propre au film, est également interrogé dans cette série, on peut observer au début de l’exposition le tableau de cette jeune fille relevant la tête, le regard dans l’objectif, elle dit « Teach Me ». Il réunit pour cette série une équipe de 15 personnes, comme sur un plateau de tournage. C’est la première fois qu’Olaf shoote en extérieur, imprimant une lumière caractéristique de son style.

Travailler en extérieur donne de la place à l’imprévu ; la contrainte de la lumière par exemple, comme le rappelle l’artiste habitué à travailler en studio ou en intérieur. « Mais finalement, lorsque je regarde les photographies de la série, la lumière me semble assez proche de ce que je fais en intérieur et reste inhérente à mon style. » Ayant pris plusieurs photographies de la piscine, il a choisit celle où il figure comme modèle pour l’exposition : « les lignes de la piscine, le face à face des personnages, avec cette personne dans la piscine, probablement morte, ainsi que l’herbe jaunie m’ont semblé s’imbriquer parfaitement au moment de shooter. »

© Erwin Olaf

Le thème de l’enfance, de la distance entre les personnages, de cette connexion ou ce manque de connexion transperce de nouveau l’œuvre du photographe qui rappelle avec étonnement « à quel point les évènements de l’enfance peuvent marquer et influencer notre manière d’agir en tant qu’adulte. » Il va donc de soi que ce thème s’inscrive dans cette toute nouvelle série qui parle également de lui, de ses impressions et émotions matérialisées qui peuvent parler au spectateur ou au contraire lui permettre d’entrer dans un monde qui ne lui est pas familier.

« Dans mes photographies je recherche autant la forme que le fond. ». Au sujet de son choix de modèles il déclare :  « Je ne suis pas intéressé par photographier des personnes avec un beau physique, ce qui serait finalement de la photographie de mode, je choisis plutôt des personnes qui dégagent quelque chose. »

Dérangeantes, empruntes de tension et de beauté, les photographies sont à découvrir jusqu’au 27 juillet 2019 à la galerie Rabouan Moussion. Avec cette série entre cinéma et documentaire stylisé qui tente de capter la non émotion, le monde en mutation, la relation entre les personnages avec des inspirations des années 60, Erwin Olaf n’a pas fini de nous étonner.

Pour voir la vidéo du shooting de Palm Springs, cliquez sur ce lien.

Vous pouvez (re)voir les séries d’Erwin Olaf, rendez-vous sur son site. Pour plus d’informations sur l’exposition, vous pouvez consulter le site de la Galerie Rabouan Moussion.

Informations pratiques :
« Palm Springs », Erwin Olaf
Galerie Rabouan Moussion
11 rue Pastourelle
75003 Paris

du 16 mai au 27 juillet 2019
(interruption du 17 juin au 27 juin)
du lundi au samedi
de 10h00 à 19h30
Entrée libre