Phototrend continue son marathon des interviews au CP+ 2019 avec une rencontre de l’équipe Fujifilm Corp. Au CP+, Fujifilm a présenté ses nouveaux Fuji X-T30 et XF 16mm f/2.8 R WR et a exposé quelques belles optiques à venir, dont un 33mm f/1.0 autofocus et le GFX 100 Mpx.

Nous avons pu rencontrer Shinichiro Udono, aka « Shin », Senior Manager, Jun Watanabe, responsable des systèmes X-H et X-T ainsi que Takuya Noguchi de l’équipe Sales & Marketing Group de la division Optical Device & Electronic Imaging Products. Ils nous ont parlé des nouveautés de Fujifilm et ont répondu à nos questions sur le marché de l’hybride, le fameux design modulaire GFX que nous avons aperçu et nous éclairent sur le futur de Fujifilm, qui sera peut-être stabilisé.

Maintenant que les présentations sont faites, commençons l’interview !

Photo de couverture : de gauche à droite, Takuya Noguchi, Shinichiro Udono, Jun Watanabe

En 2019, la part des ventes d’appareils photo hybride dépassera les 50% des ventes totales d’appareil photo selon plusieurs études.

Shinichiro Udono : En regardant les statistiques de 2018, le marché de l’hybride avait déjà atteint 48% des ventes annuelles (en valeur). La tendance du mirrorless est bien là. Je pense que dans la seconde moitié de 2019, l’hybride a déjà dépassé la barre des 50%. Ce n’est pas que grâce à Fujifilm, mais aussi à Canon, Nikon ou Panasonic qui arrivent sur le marché de l’hybride plein format. Je pense donc que cette année nous serons plutôt aux alentours de 55 ou 60% des ventes.

La roadmap d’objectifs GFX de Fujifilm

Parce que nous avons lancé notre premier hybride en 2012, nous avons déjà 7 ans d’histoire sur ce marché, notamment avec une gamme d’objectifs bien fournie. Nous avons déjà 31 objectifs XF (en comptant ceux dans notre roadmap) + 10 objectifs GF. Je pense que notre système est donc bien établi par rapport aux nouveaux entrants, à la fois en termes d’objectifs et de gamme de produits très large.

Parlons d’objectifs. Dans la série XF, vous avez de nombreuses focales fixes allant de 14 mm à 90 mm. Pourquoi produire autant d’objectifs différents avec des focales assez proches ? Je suis curieux.

Shinichiro Udono : Voici un exemple : nous avons deux objectifs 16mm. Celui-ci est un 16mm f/2.8 [Udono nous montre l’objectif sur la table, une nouveauté 2019] et l’autre dispose d’une ouverture à f/1.4 pour la même distance focale. Si l’on regarde les specs, seule l’ouverture est différente. Mais c’est un concept pour une focale fixe plus compacte et plus légère, le meilleur équilibre pour un petit appareil photo.

Shinichiro Udono

Si le photographe sérieux veut réaliser des photos de haute qualité, nous lui recommandons la version f/1.4, un peu plus grosse. Mais pour le photographe qui veut vraiment transporter un appareil photo léger au quotidien, nous lui recommandons cette version du 16mm f/2.8 plus compacte.

Nous voulons proposer différentes options aux photographes, pas seulement en termes de focales, mais aussi en fonction du style de prise de vue. C’est la raison pour laquelle nous avons de nombreuses focales fixes avec des focales et ouvertures différentes. C’est notre concept.

Donc on pourrait dire que pour chaque focale fixe vous pourriez avoir deux versions différentes : une à très grande ouverture et une plus compacte ?

Shinichiro Udono : Oui, pour le moment nous avons ce 16mm avec deux versions f/1.4 et f/2.8 et aussi le 35 mm où nous avons une version f/1.4 et une version f/2.0 où la taille et le système de mise au point est différent. Nous avons également annoncé une version 33mm f/1.0 à venir. On a donc une focale assez similaire, mais avec 3 produits assez différents dans ce cas.

Vous avez mentionné l’autofocus. Aujourd’hui, les gens font de plus en plus de vidéos, notamment chez Fujifilm avec le X-T3 et le X-H1 ou encore le X-T30. Certains objectifs ont été pensés pour la photographie. Si on utilise l’autofocus, ils ne disposent pas du mécanisme pour réaliser des vidéos fluides. Peut-être est-ce la raison pour laquelle vous mettez à jour certains de vos objectifs ?

Shinichiro Udono : Lorsque nous avons lancé notre premier hybride à objectifs interchangeables, le X-Pro1 en 2012, notre priorité était la prise de vue photographique. À ce moment-là, nous avons lancé plusieurs objectifs. Ces objectifs ont été conçus principalement pour réaliser des images fixes et nous ne pensions pas vraiment à la partie vidéo. Mais avec les objectifs plus récents, nous avons des caractéristiques davantage compatibles avec la vidéo, notamment avec la gamme Fujinon CINE Lens dédiée aux professionnels de la vidéo.

Et qu’en est-il des optiques XF utilisables en vidéo en dehors de la gamme CINE ?

Shinichiro Udono : Sur certains objectifs, pour réaliser la mise au point, toutes les lentilles se déplacent, ce qui n’est pas optimal pour la vidéo. Les zooms Fujinon XF 16-55 mm f/2,8 R LM WR et Fujinon XF 50-140 mm f/2,8 R LM OIS WR sont de très bons objectifs pour la vidéo.

Nouveau zoom XF 16-80mm f/4 à venir

Pour la vidéo, vous recommandez donc davantage les zooms que les focales fixes ?

Shinichiro Udono : Oui. En fait nous recevons de nombreuses demandes de photographes qui souhaitent utiliser des objectifs également pratiques pour la vidéo. Donc peut-être que dans le futur, nos objectifs zooms, mais aussi focales fixes offriront de meilleures performances avec un mécanisme optimisé pour la prise de vue vidéo.

Toujours à propos de la vidéo : vous avez annoncé le X-H1 l’an dernier et avez commencé à vous concentrer sur la partie vidéo. Aujourd’hui, le X-T3 est également une bonne solution vidéo avec la 4K Cine 60p et la simulation de film Eterna. Pouvons-nous attendre un X-H2 avec de meilleures performances vidéo ? Et comment les gammes X-H et X-T coexistent ?

Jun Watanabe : Avec la série X-H, nous visons les utilisateurs professionnels alors qu’avec la série X-T nous nous adressons davantage aux amateurs. Bien sûr, de nombreux photographes professionnels utilisent les X-T2 et X-T3, mais les boîtiers X-H sont vraiment orientés vers les professionnels. Le style est différent, tout comme les commandes.

Jun Watanabe

Le X-H1 dispose d’un grip plus important pour une meilleure préhension, notamment utile pour les téléobjectifs. Le boîtier est également plus résistant. À propos de la stabilisation, nous ne voulons pas faire de compromis sur la qualité d’image donc nous avons besoin pour le moment d’un boîtier plus grand pour obtenir une excellente qualité d’image et une stabilisation d’image.

La stabilisation n’est donc pas possible dans le format d’un X-T3 ?

Shinichiro Udono : Pour le moment, non. Si nous essayons de conserver la taille de l’appareil photo, ce n’est pour le moment pas possible d’intégrer une stabilisation d’image à l’intérieur du boîtier. Mais pour le X-H1, la taille n’est pas seulement liée à la stabilisation du capteur. Il y a également les connectiques de câbles et un meilleur grip pour une meilleure préhension. Nous avons encore de nombreuses raisons, notamment la résistance de ce boîtier, pour proposer un système un peu plus imposant. D’ailleurs, même sans IBIS, notre boîtier professionnel aurait le style du X-H1, car nous ciblons les professionnels, à la fois pour la photographie et la vidéo.

Alors qu’aujourd’hui presque tous les constructeurs entrent sur le marché de l’hybride plein format, Fujifilm dévoile toujours sa gamme d’hybrides à capteur APS-C, avec un certain succès. Comment expliquez-vous cela ?

Shinichiro Udono : Nous ne savons pas vraiment ce qu’il y a dans la tête de nos clients (rires). Mais dans notre cas, nous avons également le système d’appareils photo moyen format GFX. Nous pensons donc que la combinaison du moyen format et de l’APS-C est la meilleure option.

Des femmes photographes sûrement fans de Fujifilm, je ne pouvais pas ne pas faire cette photo de groupe (en fait, elles m’ont demandées)

Bien sûr, nous savons que tous les fabricants d’appareils photo comme Canon, Nikon ou Sony proposent de très bons produits plein format. Mais de notre point de vue, lorsque l’on a décidé d’aller vers le système hybride, en interne nous avons eu une discussion sur le format de capteurs que nous devions utiliser. Nous avons fait beaucoup de simulations avec des ingénieurs. Pourquoi n’avons-nous pas retenu le plein format ? Ce n’est pas seulement en raison de la taille du capteur, c’est aussi par rapport aux objectifs. Les objectifs plein format, comparé à l’APS-C, sont devenus plus gros et plus lourds.

Fuji X-T30 avec le nouveau 16mm f/2.8 R WR

De notre côté, nous avons noté qu’un système plus compact et plus léger est un avantage pour certains utilisateurs. Fujifilm est une entreprise de photographie et nous voulions vraiment que nos clients prennent plus de photos. Si l’appareil photo est plus gros et plus lourd, ils ne voudront pas forcément l’emporter tout le temps avec eux et nous ne voulons pas cela. Nous voulons que nos clients prennent leur appareil photo au quotidien et apprécient la photographie. C’est le concept de notre système APS-C.

Mais nous savions que certains clients souhaitaient un système avec une résolution plus élevée et avec un capteur plus grand. Pour eux, nous avons un système avec un capteur plus grand que le plein format et c’est le GFX.

Le Fujifilm X-T30 vient d’être annoncé, avec le même nouveau capteur que le X-T3. Est-ce que les X-T2 et X-T20 resteront au catalogue?

Shinichiro Udono : Pour le X-T20, nous n’avons pas l’intention d’arrêter la production et il sera donc maintenu à la vente. Le X-T20 sera ainsi vendu moins cher que le X-T30. Concernant le X-T2, nos clients préfèrent souvent les dernières nouveautés et technologies et nous pensons que le X-T3 est la meilleure option.

Presque tous les hybrides de vos concurrents disposent de la stabilisation du capteur. Souhaitez-vous ajouter cette fonctionnalité à la gamme X-T ?

Shinichiro Udono : Oui bien sûr. Pour le moment, seul le X-H1 dispose de la stabilisation du capteur. Mais dans le futur, nous pensons qu’il est nécessaire de proposer la technologie IBIS sur des appareils photo plus compacts.

Au CP+, vous avez exposé deux versions finalisées des objectifs FUJINON GF45-100mm F4 R LM OIS WR and FUJINON GF50mmF3.5 R LM WR pour le système GFX. Est-ce que ces objectifs seront disponibles en 2019 ?

Shinichiro Udono : Oui, le GF50mmF3.5 R LM WR sera lancé en 2019. Pour le GF45-100mm F4 R LM OIS WR il faudra attendre 2020 comme indiqué sur notre roadmap. Voici deux mockups du 50mm et du 45-100mm. Le 50mm offre vraiment une solution très compacte.

GFX50r avec le 50mm monté, « compact style »

Nous avons également découvert le prototype d’un XF 33mm f/1 R WR, un objectif à très grande ouverture très imposant pour la série X. Pouvez-vous nous parler un peu de cet objectif, de l’idée et de sa conception ? C’est d’ailleurs l’optique la plus lumineuse de votre gamme XF n’est-ce pas ? Et c’est aussi l’objectif à autofocus le plus lumineux du marché de l’hybride. Pourquoi cette initiative audacieuse ?

Shinichiro Udono : Nous voyons de nombreux objectifs manuels avec des ouvertures à f/0.95, mais cet objectif sera l’objectif le plus lumineux parmi les optiques à autofocus. Oui, nous voulons proposer un objectif avec le plus bel effet de bokeh, avec une grande ouverture, dans la lignée de nos produits de haute qualité. C’est un objectif à ouverture f/1.0, avec donc une très faible profondeur de champ. À cette ouverture, la mise au point manuelle est très difficile et c’est la raison pour laquelle nous avons fait cet objectif avec autofocus.

33mm f/1.0 de pur bonheur, mais à quel poids/prix ?

Comparaison du 33mm f/1.0 R WR avec le 35mm f/1.4 R (et le 23mm f/2 R WR)

En fait, nous avions déjà cette idée en tête, mais il nous fallait la technologie pour intégrer un système autofocus sur un objectif aussi lumineux. C’est la raison pour laquelle nous avons décidé de lancer ce produit aujourd’hui.

L’année dernière, à la Photokina, Fujifilm a annoncé le GFX 100Mpx. Il est désormais présenté sur votre stand et devrait sortir cette année. Pouvez-vous nous rappeler ses particularités ?

Fujifilm nous a présenté un sample du GFX 100 Mpx

Shinichiro Udono : Cette version du GFX 100Mpx que vous voyez n’est pas encore finalisée, mais la taille globale et l’interface utilisateur sont presque définitives. Il intègre un capteur moyen format de 100 Mpx avec un autofocus à détection de phase. C’est probablement le premier appareil photo moyen format avec un capteur à détection de phase.

Les specs du GFX 100 Mpx, dont on ne connaît pas encore le nom final. GFX 100X ?

Cela signifie que la vitesse de l’autofocus sera bien plus rapide et c’est l’un des avantages de ce nouveau boîtier, avec bien entendu le nombre de mégapixels. Cet appareil utilise aussi un capteur BSI CMOS. Cet appareil sera ainsi plus rapide – en termes d’autofocus et de traitement du signal – que les GFX 50s et 50r. C’est l’une des caractéristiques majeures de ce boîtier.

Le GFX 100Mpx dispose également de l’IBIS, la stabilisation interne au boîtier via le capteur. Notre équipe de développement travaille très dur sur ce boîtier, car le capteur est bien plus grand et il est très difficile de contrôler les mouvements du capteur pour la stabilisation.

En termes de performances vidéo, ce boîtier peut filmer en 4K 30p sans recadrage. De nombreux vidéastes professionnels sont très intéressés par ce boîtier en raison du plus grand capteur.

Selon vous, à quel public s’adresse le GFX 100Mpx ?

Shinichiro Udono : Nous nous adressons aux photographes professionnels, notamment dans l’univers de la mode, de la publicité et du portrait. Mais étant donné que cet appareil photo est plus rapide, nous pourrons peut-être étendre le public à qui il s’adresse, mais disons qu’il s’adresse principalement aux professionnels.

Le système GFX à venir : 3 boîtiers moyen format chez Fujifilm

A propos du système GFX, quelle est la réponse du marché au GFX 50r, le petit frère du GFX 50s ?

Shinichiro Udono : les ventes du GFX 50r sont plus importantes que ce que nous avions anticipé. En fait, de nombreux photographes amateurs avancés achètent le GFX 50r, surtout pour du paysage ou de la photographie de rue.

Au Dubai Fuji X Summit, vous avez présenté un prototype de GFX avec un design modulaire. Est-ce quelque chose sur quoi vous travaillez actuellement ou seulement un concept ?

Shinichiro Udono : Lors du développement du premier système GFX, après avoir décidé que nous utiliserions un capteur moyen format, nous nous sommes demandé à quoi devait ressembler cet appareil, quel style il devait avoir. Nous avons donc fait de nombreuses simulations et avons eu des discussions avec beaucoup de photographes.

Fujifilm laisse entrevoir un design modulaire pour un futur boîtier moyen format GFX

Ce format modulaire est l’un des concepts de ce que nous pouvions proposer en termes d’hybride moyen format. Ce boîtier n’était bien sûr qu’une idée, il n’y avait pas de recherche technique sur la façon dont nous pouvions arriver à ce résultat.

Pour le moment, nous n’avons pas de plan de développer ce genre de produits. Mais une fois que nous aurons la bonne technologie pour produire ce type d’appareil, peut-être que nous considérerons cette option.

Pourquoi pensez-vous que ce concept a tant fait parler de lui par rapport au format plus traditionnel du GFX 50r ?

Shinichiro Udono : la première chose à dire, c’est que c’est un concept innovant, totalement différent des appareils photo existants. La seconde raison pour laquelle ce boîtier a plu est qu’il est compact et unique. Nous avons également été très surpris par l’excitation de nos clients et des photographes. Nous voulions juste montrer comment nous avons choisi le design du système GFX, et il y a eu une confusion, certains utilisateurs pensant qu’il s’agissait du prototype d’un nouveau produit à venir.

GFX 100Mpx avec un mockup du GF 45-100mm f/4

D’accord, je comprends. Et je pense que c’est vraiment bien pour la communauté que vous partagiez ce type de réflexions. Vous auriez pu le faire en privé avec seulement quelques photographes, mais vous avez décidé d’en faire un événement accessible au public. Cela en dit sûrement beaucoup sur la façon dont vous travaillez, dont vous développez vos produits pour vos utilisateurs.

Shinichiro Udono : Oui tout à fait. Ce type d’événement nous permet également d’entendre de nombreux avis d’utilisateurs, le type d’appareil photo qu’ils voudraient dans le futur. Ce type de communication nous donne en fait beaucoup d’indications et nous permet de prendre en compte les retours d’utilisateurs dans la planification de nos futurs produits. Je pense que ce genre d’événement est plutôt bénéfique pour Fujifilm.

Fujifilm a également une approche désormais reconnue, basée sur la philosophie Kaizen, qui est de proposer des mises à jour importantes sur des boîtiers déjà sortis. Pourriez-vous nous dire pourquoi Fujifilm a décidé de faire cela ?

Shinichiro Udono : Si nous regardons l’industrie du smartphone, les mises à jour sont constantes et les utilisateurs peuvent profiter des dernières technologies avec des smartphones vieux de 2 ou 3 ans par exemple. C’est le même concept que nous appliquons. L’une des raisons principales est que les technologies logicielles évoluent au quotidien.

Par exemple, quand nous avons débuté la production du X-T3 l’été dernier, la partie logicielle avait déjà été grandement améliorée. Nous voulions donc seulement que le X-T3 dispose des meilleures performances : après avoir développé de nouvelles fonctionnalités, nous voulions tout simplement les appliquer au X-T3, un boîtier sorti l’an dernier. Nous sommes toujours à la recherche du bénéfice pour le consommateur, c’est notre façon de penser.

Etant donné que vous comptez garder le X-T20 au catalogue, est-ce que les utilisateurs de cet appareil photo peuvent s’attendre à des mises à jour ?

Shinichiro Udono : Cela dépend. Notre priorité est de développer la partie logicielle des boîtiers basés sur la dernière génération de capteurs X-Trans, la version IV. Le X-T20 correspond à la troisième génération de capteur. Donc cela dépend. L’une des difficultés est que quand nous développons de nouvelles fonctionnalités pour les derniers systèmes de processeurs ou capteurs, nous ne pouvons pas faire un copier-coller vers les systèmes plus anciens.

Certains algorithmes sont liés aux nouveautés physiques du produit, le hardware. Pour apporter ces technologies à la génération précédente, cela nous demanderait vraiment beaucoup plus de travail. Cela ne veut pas dire que nous ne le ferons pas, cela dépend vraiment de la situation et des ressources de développement nécessaires ou disponibles à ce moment.

Pensez-vous que Fujifilm a démarré une tendance dans le domaine du matériel photo avec la philosophie Kaisen ?

Shinichiro Udono : Nous avons toujours des discussions avec les photographes. Aujourd’hui, nous avons environ 500 « X-Photographers ». Après le lancement d’un nouveau produit, nous discutons avec eux et ils nous donnent leurs avis pour améliorer le firmware et même la partie matérielle. À partir de ces discussions, nous récupérons certaines idées pour les intégrer à de nouvelles fonctions ou améliorations via une mise à jour de firmware. Nous ne faisons que discuter avec nos photographes : si c’est bon pour le photographe, nous ne faisons qu’appliquer leurs idées.

Par conséquent, cette philosophie se répand également sur le marché de la photographie et touche ainsi tous les consommateurs et nous ne pouvons que nous réjouir pour le bénéfice du client.

L’appareil photo hybride est aujourd’hui en marche. Chez Fujifilm, comment entendez-vous rester pertinent pour les utilisateurs qui disposent désormais de plus d’options ?

Shinichiro Udono : Désormais, presque tous les fabricants d’appareils photo ont un pied dans le système hybride. Je pense que c’est bon pour le client, car il a différentes options et différents types d’appareils photo hybrides disponibles. C’est également bon pour le marché de l’hybride au global et ce marché va sûrement s’étendre dans le futur.

Le GFX 100 Mpx à côté du X-T30. Deux poids, deux mesures 😉

Mais si nous regardons le marché des reflex, chaque année ce marché va se réduire, de 10 à 20% environ. La croissance de l’hybride va donc peut-être simplement compenser la décroissance du reflex avec une croissance totale presque plate, ou avec une faible croissance ou décroissance. C’est mon avis.

Pour Fujifilm, puisque nous sommes déjà sur le marché de l’hybride depuis 6 à 7 ans, c’est une bonne chose que plus de constructeurs arrivent avec plus de produits, car cela crée un message fort pour l’hybride auprès des clients.

J’ai une question sur l’optique MKX 18-55mm de votre gamme CINE : annoncée en même temps que le X-H1, est-ce qu’elle rencontre un succès commercial ?

Shinichiro Udono : les ventes de la version en monture X sont au niveau espéré. Nous avons également une version avec monture Sony en plus de la monture X. Ensemble, les ventes sont plus importantes que nos attentes. Nous voyons vraiment que les professionnels de la vidéo sont intéressés par ce type d’objectif.

Envisagez-vous de développer ce modèle pour d’autres montures ?

Shinichiro Udono : Nous pensons plutôt à proposer davantage d’objectifs XF avec de meilleures performances vidéo. Avec nos deux objectifs MKX, nous avons déjà couvert l’essentiel des besoins des vidéastes professionnels, de 18 à 135mm. Je ne dirais pas que c’est parfait, mais nous avons couvert la plupart des focales. Nous allons donc plutôt nous focaliser sur la gamme d’objectifs X et GFX pour qu’ils puissent être mieux utilisés en vidéo.

Une photo de famille pour terminer cette interview


Merci à Fujifilm Corp d’avoir accepté de nous rencontrer pour cette interview. Je tenais également à remercier Franck Portelance de Fujifilm France pour avoir organisé cette rencontre.