Nous avons découvert la console de retouche Loupedeck en novembre 2016 via une campagne Indiegogo. Son objectif : accélérer le workflow du photographe pour qu’il puisse se concentrer davantage sur ses photos. La console, désormais Loupedeck+, est compatible avec Lightroom et d’autres logiciels. A la Photokina 2018, nous avons rencontré Felix Hartwigsen, co-fondateur et responsable marketing de Loupedeck, qui nous éclaire un peu plus sur le Loupedeck+, les prochaines évolutions (et produits Loupedeck) et la vision de la société finlandaise.

Cette interview a été réalisée fin septembre 2018, et entre temps Loupedeck a annoncé la compatibilité de sa console avec Adobe Photoshop CC 2019, en plus de Lightroom Classic CC et Premiere Pro CC.

Quel est l’histoire de Loupedeck ?

Felix Hartwigsen : notre fondateur et PDG Mikko Kesti s’est acheté un appareil photo, a pris des milliers de photos et s’est demandé comment il allait les éditer. Ses amis lui ont conseillé d’utiliser Adobe Lightroom, donc il l’a fait, il a commencé à utiliser le logiciel mais a remarqué que la courbe d’apprentissage était très lente, c’est assez compliqué. N’y-a-t-il pas une façon plus simple d’éditer ses photos ? Il a recherché un clavier physique sur lequel il y aurait les fonctions les plus importantes mais n’a pas pu en trouver un. C’est comme cela que l’idée de Loupedeck est née.

Il a ensuite pensé à la façon de concrétiser cela. A l’époque, Nokia était une grande entreprise finlandaise, la partie mobile a été vendue à Microsoft et ils ont licenciés de nombreux ingénieurs et développeurs très qualifiés. Mikko a trouvé une équipe d’anciens ingénieurs de chez Nokia qui ont fabriqué un prototype en seulement une semaine, pour montrer que cela fonctionnait. A partir de là, il a fallu penser à la stratégie : comment fabriquer le produit puis le commercialiser.

Pour le Loupedeck original, nous avons lancé un financement participatif sur Indiegogo qui a été une belle réussite. C’était en novembre 2016. En juin 2017, le produit était disponible et nous avons commencé à le vendre. Depuis, c’est un beau succès. Il y a une large communauté de créatifs qui utilisent Loupedeck au quotidien, nous recevons des feedbacks de leur part de manière permanente, on a vraiment l’impression qu’il y a un besoin pour ce type d’appareil.

Nous avons vendus, depuis le début, environ 25 000 Loupedeck mais nous n’avons pas prévu de rester une société avec un seul produit. Début 2019, nous annoncerons un nouveau produit. Ce ne sera pas un remplaçant du Loupedeck+, ce sera un produit dans une toute autre catégorie. Il sera un peu plus grand, plus orienté vers les professionnels, et sera un appareil très intéressant, je ne vous en dit pas plus.

En termes de stratégie, pour être capable de continuer à innover et créer de nouveaux produits, nous devons avoir plus de produits à vendre pour générer plus de sources de revenus et financer la R&D, car le développement hardware coûte cher.

Vous avez sorti le Loupedeck+ il y a quelques mois, quels sont les retours que vous avez eux ?

Felix Hartwigsen : nous avons reçus d’excellents retours. Une part de notre philosophie est de recevoir et d’écouter les retours de notre communauté, de nos utilisateurs. Quand nous avons lancé notre premier produit en juin 2017, nous avons reçu de nombreux retours, positifs, mais également constructifs, car vous savez, nous sommes une jeune société avec un petit budget donc bien sûr ce n’était pas le produit parfait.

Felix Hartwigsen, sur le stand Loupedeck à la Photokina 2018

Felix Hartwigsen, sur le stand Loupedeck à la Photokina 2018

Loupedeck+ a été conçu à 99% sur des retours d’utilisateurs. Nous avons reçus leurs retours et avons créés des listes : les choses les plus demandées, les choses qui sont possibles de réaliser pour nous en prenant en compte notre temps mais aussi notre budget, car je le répète, nous sommes une petite entreprise.

Les gens apprécient le fait que nous les écoutons : nous avons remplacés les boutons pour des versions mécaniques plus précises. La qualité ressentie est bien plus grande et nous avons également ouvert Loupedeck+ à d’autres logiciels, plus seulement Lightroom. Il y a désormais Adobe Premiere, Aurora HDR de Skylum, une intégration avec Luminar viendra en 2019, nous avons lancé une intégration beta avec Capture One et j’espère également qu’une intégration native viendra également l’année prochaine. Ce sont des choses que notre communauté apprécie et nous avons reçus de très nombreux retours positifs à ce sujet.

Comment gérez-vous l’intégration avec d’autres éditeurs de logiciels ? Loupedeck a été pensé à l’origine pour Lightroom et son interface et ses boutons reflètent les fonctionnalités de Lightroom…

Felix Hartwigsen : et bien, nous avons remarqué qu’il n’y a pas tant de différences que cela entre les différents logiciels d’édition photo. Je veux dire : Photoshop est un jeu différent, nous sommes actuellement en train de l’étudier, et l’intégration n’est pas aussi facile et simple [Le Loupedeck+ est désormais compatible Photoshop CC, ndlr]. Mais quand vous regardez Aurora HDR ou Luminar, les principales fonctionnalités sont les mêmes. Oui, la console Loupedeck a été optimisé pour Lightroom, mais la majorité des fonctionnalités se retrouvent d’un logiciel à un autre, même avec Capture One. En fait, nous avons été surpris à quel point il a été facile de faire l’intégration de ces logiciels.

Alors pour poser la question différemment : comment faites-vous en sorte que ce qui fait la particularité d’un logiciel se reflète dans le Loupedeck ?

Felix Hartwigsen : nous ne pouvons pas construire une console unique qui sera parfaite pour chacun des logiciels. Je pense donc qu’il y aura toujours de légers compromis – et il y aura toujours une partie de la console qui sera plus générique –, mais de ce que nous avons pu étudier avec Luminar ou Capture One, le compromis est vraiment très faible, donc je pense que les utilisateurs apprécierons que le produit fonctionne avec plusieurs logiciels et acceptent que cela ne puisse pas être parfait à 100%, mais plutôt à 95%.

Quels sont les prochains projets pour le Loupedeck ?

Felix Hartwigsen : clairement, Luminar de Skylum. Ils lancent leur DAM à la fin de cette année [Luminar 3 avec Bibliothèques est disponible, ndlr]. Une fois que cela sera lancé, nous travaillerons sur l’intégration. Je pense donc que nous devrions lancer l’intégration avec Luminar durant le premier trimestre 2019 et c’est quelque chose que nous attendons avec beaucoup d’impatience. Ils ont de nombreux utilisateurs et leur DAM – j’ai vu une beta hier – a l’air très bon, fluide et Skylum est une superbe société. Ils sont aussi une jeune société comme nous, très ambitieux et ils avancent vite donc c’est un plaisir de travailler avec eux.

Tout le monde a des besoins différents, et comment réussir à satisfaire le maximum de monde avec le Loupedeck ?

Felix Hartwigsen : nous avons déjà remarqué qu’il est impossible de satisfaire tout le monde. Avec le Loupedeck, nous avons plutôt bien réussi à nous adresser à un groupe d’utilisateurs étonnamment grand. Je dirais que les seuls utilisateurs qui ne se retrouvent pas dans le flux de travail impliqué par le Loupedeck sont ceux qui utilisent Lightroom depuis le début et utilisent déjà de nombreux raccourcis clavier et n’ont pas l’impression de gagner beaucoup de temps avec Loupedeck. Mais ce n’est pas la seule chose. Nous avons de nombreuses personnes qui bien qu’elles ne gagnent pas beaucoup de temps, trouvent l’utilisation du Loupedeck bien meilleure. C’est plus facile de changer les paramètres : elles nous disent que cela les rend plus créatifs, car elles passent plus de temps « dans l’image » plutôt que de passer par des raccourcis ou des menus.

Donc vous pensez que les gens qui débutent avec Lightroom seraient plus intéressés par Loupedeck ?

Felix Hartwigsen : je pense que oui. La courbe d’apprentissage est plus rapide si vous débutez Lightroom avec Loupedeck, juste votre Loupedeck et une souris. Bien sûr, le prix du Loupedeck+ est de 229€ donc quelqu’un qui débute ne va pas forcément acheter directement une console. La majorité de nos utilisateurs restent donc des photographes professionnels ou semi-professionnels.

Nous avons également réduit le prix par rapport au premier Loupedeck pour le rendre plus abordable, et nous avons repensé le produit ce qui nous a permis de faire quelques économies. Le premier Loupedeck nous coûtait bien plus cher à fabriquer. Et dans ce domaine, il faut produire suffisamment d’unités pour pouvoir le proposer au meilleur prix. En tant que startup, vous devez vraiment faire attention avec la production.

Quelle est votre vision pour Loupedeck (comme société) dans les années à venir ?

Felix Hartwigsen : nous voulons devenir un synonyme dans le monde créatif, pour que n’importe quel photographe, designer graphique ou vidéaste sache ce que Loupedeck signifie. Fondamentalement, une surface de contrôle facile pour leurs logiciels. Je pense que c’est notre objectif.

C’est drôle parce qu’ici à la Photokina, votre stand est juste en face de celui de Wacom, qui peut-être vous a inspiré d’une manière ou d’une autre dans l’aventure Loupedeck ?

Felix Hartwigsen : en fait, c’est marrant. Nous avons beaucoup parlé avec Wacom, et nous ne travaillons pas officiellement avec eux pour le moment mais nous les avons rencontrés et ils ne nous perçoivent pas comme des concurrents. Et pour nous, à ce moment de l’aventure nous ne les voyons pas non plus comme concurrents. Peut-être que l’année prochaine, lorsque notre nouveau produit sortira, nous deviendrons concurrents, je ne sais pas (rires…).

Combien de personnes travaillent chez Loupedeck ?

Felix Hartwigsen : nous sommes désormais 17 personnes à temps plein, notre siège est à Helsinki en Finlande. Nous avons un responsable des ventes qui s’occupe de la région asiatique et basé à Taiwan et notre responsable des ventes monde est basé au Royaume-Uni. Le reste des équipes est basé en Finlande (R&D, marketing, administration, etc.).

Dans quels pays le Loupedeck se vend le plus ?

Felix Hartwigsen : en Europe, c’est l’Allemagne, le Royaume-Uni et la France, dans cet ordre. Puis ce sont les Etats-Unis. L’Union Européenne et les Etats-Unis représentent à peu près la même part de marché pour nous, environ 40% chacun, puis les 20% restant pour l’Asie. En juillet 2018, nous avons lancé Loupedeck en Chine. A la fin de septembre 2018, nous lançons également Loupedeck au Japon.

Dès le début, vous avez vendu le Loupedeck sur votre site internet dans le monde entier. Quelle est votre stratégie en termes de distribution ?

Felix Hartwigsen : nous allons lancé Loupedeck au Japon par exemple. Jusqu’alors, il était possible de le commander sur notre site mais le produit était expédié depuis l’Europe, ce qui entraînait des frais supplémentaires (taxes, douanes). Désormais, le produit est en vente sur Amazon au Japon et est expédié depuis un entrepôt local au Japon si vous l’achetez sur notre site.

Nous avons eu une expérience de vente du Loupedeck en magasin, mais pour être honnête, cela ne nous a pas vraiment convaincu. C’est très coûteux et nous ne pouvons pas encore voir de retour sur investissement. Donc pour le moment nous nous concentrons vraiment sur l’e-commerce : notre propre site internet, Amazon et dans chaque pays quelques revendeurs clés.

Pour nous c’est important de travailler avec des revendeurs qui apportent de la valeur à Loupedeck, qui peuvent vendre le produit et le promouvoir. Notre objectif est d’avoir dans chaque pays trois ou quatre revendeurs clés pour nous concentrer sur cette relation mais aussi vraiment développer notre canal de vente e-commerce.

Quelque chose à rajouter ?

Felix Hartwigsen : non pas vraiment, nous avons déjà parcouru un parcours incroyable et nous espérons seulement que nos utilisateurs restent aussi actifs que maintenant, car c’est comme cela que nous créons de meilleurs produits et de nouveaux produits.


Merci à Felix Hartwigsen de Loupedeck d’avoir répondu à nos questions.