Jusqu’au 30 août 2018, les grilles de la mairie du Ier arrondissement de Paris accueillent les photographies des 11 femmes finalistes du concours de l’IWPA, International Women Photographers Award. On vous présente leurs séries et l’engagement de cette association militant pour les droits des femmes photographes dans le monde entier.

IWPA

An instant of time and place, Iran © Elahe Abdolahabadi

Onze finalistes pour onze photographies exposées sur les grilles de cette mairie parisienne située au plein cœur de la capitale en face du Musée du Louvre. Parmi ces femmes photographes, c’est Constanza Portnoy qui a remporté le prix IWPA 2018 pour sa série Life Force. Des photographies poignantes racontant l’histoire d’une famille de parents handicapés, Jorge et Vero qui ont donné naissance à une petite fille remplie de joie et de vie, Ángeles.

En noir et blanc, les clichés de la photographe argentine sont à la fois mélancoliques et illuminés par l’espoir. Destiné à mourir deux semaines après sa naissance, le père, Jorge, est encore de ce monde, près de 40 ans plus tard, avec une famille rayonnante autour de lui.

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Life Force, Argentine © Constanza Portnoy

Ravie et honorée d’avoir reçu ce prix, Constanza a souhaité sensibiliser le public, principalement argentin, sur la question du handicap. Dans son pays, ces personnes sont très vulnérables et il est difficile de parler de ce sujet.

L’association IWPA lui a permis de faire connaitre sa série dans le monde entier, mais également d’acquérir une notoriété non négligeable lorsque l’on est une femme photographe en Amérique latine.

Créée en 2001, IWPA part du constat simple que toutes les femmes photographes n’ont pas les mêmes droits et donc les mêmes débouchés partout dans le monde. Ainsi, ce sont quatre amies photographes qui ont souhaité monter cette association pour encourager les femmes du monde entier à exercer leur métier en le valorisant et en l’exposant aux quatre coins du monde.

La présidente et cofondatrice de l’association, Séverine Blanchet, nous explique sa démarche : « En ce temps là je vivais en Malaisie et mes amies photographes étaient Malaise, Indienne et Chinoise. Mais j’avais une liberté qu’elle n’avait pas. » Depuis, elles se battent pour défendre la liberté d’expression des femmes photographes dans le monde.

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At the End of the Day, Îles des Hébrides extérieures, Royaume Uni © Laetitia Vancon

Au total, ce n’est pas moins de 700 photographes venues de 82 pays du monde qui ont participé à ce concours. Les lauréates venues d’Afrique du Sud, d’Iran, de Suède ou encore de Taïwan voient leur travail exposé aux Émirats arabes unis, au Liban, au Bangladesh, en Arabie Saoudite, en Inde, au Maroc et en France. Des pays pas toujours respectueux des libertés et des droits de la femme qui vont découvrir le travail de ces talentueuses photographes. La lauréate a également eu le privilège d’être exposée au siège de Canon à Tokyo. Ainsi, ce concours permet aux femmes talentueuses du monde entier d’avoir une renommée internationale, chose souvent impossible pour la plupart d’entre elles.

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Quartier Libre, Maison d’Arrêt, France © Estelle Lagarde

Parmi ces finalistes, la photographe française Estelle Largarde présente sa série Maison d’arrêt, exploration de l’univers morbide et de l’architecture d’une prison abandonnée, celle de Sainte-Anne à Avignon. Elle nous explique sa démarche : « Cette série me tient très à coeur, car c’est une série qui n’est pas « facile », « séduisante ». Elle est assez dure. Elle parle d’un sujet que la plupart des gens ne connaissent pas. »

En effet, la photographe s’est rendue dans cette prison désaffectée avec sa chambre argentique 4×5 pour capturer l’atmosphère du lieu. Les personnes floues passant dans ces salles lugubres ressemblent à des fantômes, restés enfermés entre les quatre murs de leur cellule. L’artiste nous explique sa technique : « Il n’y a pas de surimpression. Il n’y a qu’un seul plan-film qui sera retenu au final par tableau ou mise en scène. Les transparences et/ou mouvements dans l’image sont dus à une vitesse lente de prise de vue. »

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Le Parloir, Maison d’Arrêt © Estelle Lagarde

Pour elle, même si en France les femmes photographes ne sont pas valorisées comme les hommes, c’est à l’international que le travail reste à faire : « La place de la femme dans la société photographique actuelle dépend du pays où elle se trouve. Les choses sont différentes suivant les cultures et les pratiques sociales. »

Ainsi, ce prix lui tient à cœur et ces actions féministes l’engagent personnellement : « Ce prix est international et des femmes photographes de n’importe quel pays au monde peuvent être remarquées et être exposées loin, voire très loin de chez elle. Certaines de ces femmes ne peuvent même pas présenter leur travail dans leur propre pays pour des questions sociales ou culturelles. Donc cette ouverture peut être très bénéfique. »

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Sans titre, Iran © Tahmineh Monzavi

Une autre série qui a retenu notre attention est celle de Tahmineh Monzavi, une Iranienne qui a souhaité documenter les addictions des femmes des bidonvilles de Téhéran. Sa série poignante raconte l’histoire de ces femmes qui se droguent pour oublier leur passé, leur présent et leur avenir.

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Sans titre, Afrique du Sud © Manyatsa Monyamane

Dans un style plus joyeux, Manyatsa Monyamane tire le portrait de la génération sud-africaine qui a vu la mutation de ce nouvel État d’Afrique. Ces hommes et ces femmes célèbrent l’esprit immortel de la résilience des héroïnes et des héros d’Afrique du Sud qui ont vécu dans l’ombre.

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After, Taiwan © Shu-Chen Chen

Pour finir, la Taïwanaise Shu-Chen Chen présente sa série After, témoignage de l’état des chambres d’hôtel après le passage de leurs hôtes. Créé entre 2012 et 2017, ce travail part d’une expérience choquante qu’a vécue la photographe en entrant dans une chambre après le passage de voyageurs.

Le manque de respect intolérable de ces hôtes de passage a profondément choqué l’artiste qui a décidé de photographier ces chambres laissées dans un état lamentable. Shu-Chen Chen utilise donc son appareil photo « pour relire les interprétations interdépendantes de ces codes motels, de l’héritage patriarcal, des obsessions de l’héroïsme, des jeux de richesse et d’autres symboles. »

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Drummies, Afrique du Sud © Alice Mann

Pour découvrir davantage de femmes photographes, n’hésitez pas à vous rendre sur le site de l’association IWPA et devant la mairie du 1er arrondissement de Paris.

Informations pratiques
International Women Photographers Award 2018
À la mairie du 1er arrondissement de Paris
Du 3 juillet au 30 août 2018
4 Place du Louvre à Paris
Exposition hors les murs
Gratuite et sans interruption