À seulement 27 ans, le photographe parisien Arthur Crestani expose sa série Bad City Dreams au festival Circulation(s) jusqu’au 6 mai. Profitez de ces derniers jours pour découvrir ses photographies illustrant l’urbanisation rapide et inégalitaire de l’Inde.

Bad City Dreams © Arthur Crestani

Bad City Dreams © Arthur Crestani

Lors de ses études en sciences sociales et en urbanisme, Arthur s’est rendu en Inde, à Delhi, dans le cadre d’un échange universitaire. L’artiste est tombé amoureux de la ville qu’il documentait par le biais de nombreuses photographies.

Cette pratique est devenue ensuite son mode d’expression favoris : « La photographie m’a alors naturellement accompagnée comme moyen de documenter ces escapades dans des espaces que je trouvais stupéfiants. J’ai poursuivi ma pratique à mon retour, puis au cours de mes nombreux séjours ultérieurs à Delhi. À l’issue de mes études d’urbanisme, j’ai intégré l’école Louis Lumière pour faire de la photographie mon métier. »

Bad City Dreams © Arthur Crestani

Bad City Dreams © Arthur Crestani

Ses œuvres sont donc principalement ciblées sur la ville et l’architecture urbaine, mais également tout ce que cela contient et signifie. Les modes de vie, les habitants, les sociétés, les relations entre l’Homme et la ville sont complexes et c’est ce que le photographe a souhaité capter à travers ses différentes photographies.

« Les villes me passionnent en ce qu’elles racontent des sociétés. L’humain invente la ville aussi bien qu’il est contraint de s’y adapter. »

Pour sa série Bad City Dreams, Arthur Crestani s’est rendu en périphérie de New Delhi, à Gurgaon. Situé à 20 km de Delhi, ce village était encore anonyme il y a 30 ans. Aujourd’hui, elle grouille avec ses 2 millions d’habitants et ses complexes urbains modernes.

Bad City Dreams © Arthur Crestani

Bad City Dreams © Arthur Crestani

L’artiste français nous explique plus en détail l’importance de cette ville : « Gurgaon est le symbole de l’Inde urbaine contemporaine, un modèle autant qu’une image de marque de la  »nouvelle Inde ». C’est une ville bâtie entièrement par les promoteurs immobiliers, sans espace public, où même le métro est privé. Gurgaon est une ville neuve, brutale, qui concentre pourtant les espoirs et séduit une nouvelle génération urbaine. »

Bad City Dreams © Arthur Crestani

Bad City Dreams © Arthur Crestani

Ce lieu était idéal pour permettre à Arthur de photographier le creux immense qu’il existe entre les publicités immobilières et les travailleurs pauvres qui participent bien souvent à cette transformation sans en profiter.

« Les sujets de mes photographies ont été rencontrés sur place, de façon totalement aléatoire », nous confie le photographe. « Ce sont des villageois dont le hameau est absorbé par l’urbanisation, des travailleurs ayant émigré depuis la campagne, des ouvriers des chantiers voisins… »

Bad City Dreams © Arthur Crestani

Bad City Dreams © Arthur Crestani

Ces personnes issues des terrains non développés sont au cœur des photographies d’Arthur Crestani, au même titre que les publicités, placées entre les chantiers en mouvement et les habitants pauvres.

Pourquoi avoir choisi cette superposition ? « Les publicités immobilières sont devenues omniprésentes dans les grandes villes indiennes au gré de la croissance économique. Elles répètent inlassablement les mêmes promesses de vie luxueuse dans un cadre privilégié. Avec leurs visuels fantasmés et leurs propos lénifiants, ces publicités tendent un miroir grossissant sur une réalité de l’Inde urbaine : le désir d’élévation sociale et de distinction par la consommation et le luxe. »

Bad City Dreams © Arthur Crestani

Bad City Dreams © Arthur Crestani

À travers cette série sociale, le photographe montre les inégalités qui résistent dans ce pays en développement, mais également son amour pour ce lieu particulier : « J’ai voulu traduire mon goût pour ces lieux captivants où la ville et la campagne se rencontrent de façon fracassante, en montrant que les mécanismes à l’œuvre dans la construction du désir de ville sont ambivalents. »

Bad City Dreams © Arthur Crestani

Bad City Dreams © Arthur Crestani

« Avec cette série, j’espère faire prendre conscience de la façon dont une ville inégalitaire est promue en jouant sur les aspirations individuelles au détriment du collectif. »

Bad City Dreams © Arthur Crestani

Bad City Dreams © Arthur Crestani

Pour implanter ce décor publicitaire en plein milieu d’un terrain vague, Arthur s’est inspiré des théâtres ambulants très utilisés dans l’art indien traditionnel. Il nous explique que « depuis le XIXe siècle, les photographes indiens ont ainsi mis en scène leurs clients devant des fonds illustrés. C’est en découvrant une telle photographie d’un homme posant devant un fond représentant une ville moderne que j’ai eu l’idée d’intégrer les images dans des portraits. Il s’agissait d’une mise à jour d’un procédé ancien. »

Ces photographes allaient traditionnellement de ville en ville selon le calendrier des foires et des festivals indiens. Mais ils sont de moins en moins nombreux dans ce pays qui se numérise. Certains ont changé leurs pratiques en intégrant des nouveaux logiciels dans leur création afin d’attirer de nouveaux clients.

Bad City Dreams © Arthur Crestani

Bad City Dreams © Arthur Crestani

N’hésitez pas à vous rendre au festival Circulations, vous avez jusqu’au dimanche 6 mai pour en profiter ! Vous y trouverez beaucoup d’autres artistes talentueux.