Anna Ehrenstein, jeune photographe allemande, nous présente sa série Tales of Lipstick and Virtue qu’elle expose au Festival Circulation(s) jusqu’au 6 mai 2018.

Tales Of Lipstick And Virtue © Anna Ehrenstein

Tales Of Lipstick And Virtue © Anna Ehrenstein

Née en Allemagne dans une famille d’origine albanaise, Anna est issue de deux cultures qu’elle expérimente aujourd’hui dans ses projets photo. Entre l’émergence de la société albanaise, les voix des femmes qui se libèrent et l’évolution des consommations, la photographe pioche son inspiration dans différents sujets politiques et sociaux.

Son travail artistique est principalement centré sur la représentation et l’image de soi afin de nous faire réfléchir sur la femme contemporaine et l’identité de chacun. « Étant donné que je ne ferai jamais partie de la société allemande ou albanaise, j’ai trouvé ma voix dans la métaposition d’un observateur », explique Anna.

Dans sa série Tales of Lipstick and Virtue, que l’on peut traduire par Contes du Rouge à lèvres et de la Vertu, l’authenticité est une question centrale. Aujourd’hui, beaucoup se posent la question des fausses informations diffusées par les médias et surtout par les réseaux sociaux. Anna Ehrenstein a souhaité traiter le sujet de la contrefaçon des produits de luxe.

Tales Of Lipstick And Virtue © Anna Ehrenstein

Tales Of Lipstick And Virtue © Anna Ehrenstein

À travers ses portraits de femmes albanaises, l’artiste allemande montre la diffusion des articles de luxe contrefaits qui inondent les sociétés modernes. Mais ces contrefaçons, ces faux articles, comment peut-on les reconnaitre et pourquoi sont-ils forcément moins vrais que les articles vendus par les marques ?

Tales Of Lipstick And Virtue © Anna Ehrenstein

Tales Of Lipstick And Virtue, Festival Circulation(s) © Anna Ehrenstein

Au niveau économique, la question se pose peu en raison du dépôt d’une marque ou d’un modèle. Cependant, le côté politique des articles contrefaits soulève des questions morales.

Anna s’est interrogée sur ce sujet pour pouvoir le photographier : « Étant donné que l’imitation peut être produite dans la même usine, avec les mêmes méthodes, en utilisant le même matériau, seule l’étiquette détermine quel est l’original ou la copie. Dans ce cas, lorsque seuls une société ou l’État décident quel objet autoriser et vendre pour une somme d’argent énormément plus élevée, l’action de s’engager avec l’objet non autorisé ne serait-elle pas plus authentique qu’avec l’objet sous licence pour plaire à un mécanisme capitaliste qui ne se soucie pas trop du consommateur ? » À méditer.

Tales Of Lipstick And Virtue © Anna Ehrenstein

Tales Of Lipstick And Virtue © Anna Ehrenstein

Sur les photographies d’Anna Ehrenstein, si personne ne nous dit que ce n’est pas authentique, on ne le devinera surement pas. Elle veut comprendre leur utilisation, leur lien avec les personnes qui les achètent.

Ainsi, pour Anna, « les frontières entre un original et une imitation sont invariablement fluides et peut même être aussi obsolète que la séparation de la nature et de l’artifice. »

Tales Of Lipstick And Virtue © Anna Ehrenstein

Tales Of Lipstick And Virtue © Anna Ehrenstein

Mais la série Tales of Lipstick and Virtue s’intéresse aussi à l’esthétisme et à la mode des Albanaises. L’artiste souhaite comprendre l’autodétermination sexuelle et visuelle de la femme comme une auto nomination et un mélange entre la culture arménienne et la mode occidentale.

Le contexte actuel en Albanie est encore baigné dans une atmosphère postcommuniste, tandis que la culture occidentale envahit petit à petit l’Europe de l’Est : « Le cri communiste de « nécessité » et le cri féministe de « naturel » contrastent avec le désir humain d’expérimentation, d’expression de soi et de spéculation. »

Ces femmes, prises en photo dans la rue ou sur Instagram affirment leur personnalité par leurs habits et accessoires tape-à-l’œil. Montre bling-bling, tatouages, faux ongles, couleurs pétantes, habits de marque contrefaits, maquillage omniprésent ou encore dents en or, le décor est posé pour ces filles stylées.

Tales Of Lipstick And Virtue © Anna Ehrenstein

Tales Of Lipstick And Virtue © Anna Ehrenstein

Comme à son image, le travail d’Anna Ehrenstein est divisé entre son pays d’origine et son pays de naissance. Si les photos ont été prises en Albanie, tout le montage est effectué en Allemagne. Les portraits authentiques sont mis en scène dans un style d’éditorial proche des magazines de mode occidentaux.

Ces femmes osent porter ce qu’elles veulent pour montrer qu’elles ont pu seules se l’offrir et pour prouver qu’elles ont confiance en elles. Pour voir plus de portraits, n’hésitez pas à vous rendre sur le site de l’artiste. Pour faire la connaissance d’autres photographes présents à Circulation(s), rendez-vous sur notre page dédiée.