Flickr, site historique de partage de photos en ligne, vient d’être vendu par Verizon à SmugMug, un service indépendant d’hébergement de photos en ligne, pour un montant inconnu. Après 500px et son rachat par VGC, c’est au tour d’un second grand acteur du partage photo de changer de propriétaire en quelques mois.

En juillet 2016, Yahoo, maison mère de Flickr, était racheté par Verizon et rejoignait Oath, la filiale de Verizon spécialisée dans les contenus numériques, avec d’autres actifs de Yahoo et AOL, racheté également par Verizon. Dès lors, nous étions inquiets du sort de Flickr, l’une des plateforme de partage photo les plus importantes et anciennes du web.

Flickr, comme de nombreux grands noms du web, n’en est pas à son premier rachat. A l’origine, le service créé par Stewart Butterfield et Caterina Fake avait été racheté en 2005 par Yahoo, un géant du web, pour environ 25 millions de dollars. Ce nouveau rachat par SmugMug intervient à un moment où Verizon semble chercher à rationaliser ses actifs depuis le rachat de Yahoo. Quel service conserver, lesquels revendre ? La question semble avoir été tranchée pour Flickr.

L’annonce la semaine dernière de la vente de Flickr à SmugMug semble être globalement bien accueillie par les utilisateurs du service, ainsi que par les responsables de Flickr. Et pour cause, SmugMug semble être en adéquation parfaite avec la philosophie et la communauté de Yahoo : la photo d’abord, la publicité ensuite.

Verizon (et avant Yahoo) sont en effet des sociétés spécialisées dans les médias et la publicité avec une vision simple : proposer du contenu gratuitement et cibler les publicités ensuite. Ce modèle semble aujourd’hui s’effriter avec des scandales réguliers, le dernier en date étant Facebook et la fuite de données confidentielles dans l’affaire Cambridge Analytica. De manière générale, en offrant une expérience gratuite aux utilisateurs, ces sociétés se financent avec les informations qu’elles possèdent sur leurs utilisateurs, pour leur proposer une publicité de plus en plus ciblée.

En comparaison, SmugMug propose depuis toujours des offres payantes (à partir de 3,99$ par mois), sans publicité, qui permettent à ses utilisateurs d’héberger et présenter leurs photo en ligne. Rentable, SmugMug dispose d’une base de plusieurs millions d’utilisateurs payants fidèles.

Flickr, à contrario, propose deux types de comptes : les comptes gratuits, avec 1 To de stockage et de la publicité et les comptes Pro (abonnement mensuel de 5,99$ ou 49,99$ / an), offrant une expérience sans publicité (pour vous et surtout les personnes qui regardent vos photos) et avec des fonctionnalités avancées (statistiques, Uploadr automatique pour ordinateur de bureau, etc.). Si vous étiez utilisateur de Flickr depuis longtemps, avant le changement de tarifs, vous avez même accès à un stockage illimité pour vos photos. A l’origine, les comptes gratuits de Flickr ressemblaient davantage à une version d’essai du service.

Contrairement à la politique commerciale de Yahoo, Flickr misait davantage sur les comptes Pro que sur les comptes gratuits – et donc la publicité – créant ainsi une communauté investie d’utilisateurs fidèles. Et cela semble être la direction choisie – à raison – par de plus en plus de plateformes qui préfèrent une base d’utilisateurs payants plus restreinte que des milliards d’utilisateurs gratuits. Aujourd’hui, Flickr possèderait 75 millions d’utilisateurs ayant uploadées plusieurs dizaines de milliards de photos.

Avec ce rachat par SmugMug, Flickr pourrait ainsi se réveiller et retrouver son ADN photographique, après s’être endormi dans les bras de Yahoo et avoir laissé passé le train de la photographie au smartphone au profil d’Instagram. Malgré l’arrivée de Marissa Mayer en 2012 qui souhaitait redresser le bateau avec un design rafraichi et une nouvelle offre, Flickr est resté dans l’ombre des géants du web que sont Facebook et Google.

Malgré tout, Flickr dispose d’une communauté de photographes fidèles, amateurs comme professionnels, qui n’ont pas voulu sauter du bateau parce qu’ils pensaient que la belle endormie se réveillerait un jour, ou bien tout simplement qui se trouvaient bien sur cette plateforme, avec leurs contacts et amis amateurs de photo.

SmugMug, en rachetant Flickr, est bien conscient de cette communauté puissante et très soudée, et ne devrait pas modifier trop leur habitude, du moins dans un premier temps. Flickr et SmugMug seront gérés comme deux sites différents, avec bien entendu des passerelles qui se construiront au fil de cette nouvelle histoire, permettant notamment aux utilisateurs de Flickr de se créer un portfolio de qualité professionnelle rapidement à partir de leurs photos déjà stockées sur Flickr.

Pour Flickr, ce rachat par une société familiale – SmugMug est géré par la famille MacAskill – va sûrement redonner un esprit startup au service jusque là considéré comme une activité non stratégique pour Yahoo. Il semblerait que la totalité de l’équipe de Flickr soit reprise par SmugMug.

En conclusion, ce rachat de Flickr par SmugMug offre une nouvelle visibilité pour Flickr et ses utilisateurs. En dehors de Oath, le service a plus de chances de retrouver son charme d’antan avec une vision bien plus photographique, au service des photographes. Flickr pour stocker ses photos, SmugMug pour les présenter sous la forme de portfolio. Avec l’ADN de la photographie en commun, il y a beaucoup de choses où SmugMug peut réussir là où Yahoo a échoué.

Et vous, que pensez-vous de ce rachat ?