Macphun, l’éditeur de nombreux logiciels photo comme Luminar et Aurora HDR sur Mac et Windows, a dernièrement changé de nom pour Skylum. Nous avons pensé que c’était un bon moment pour nous pencher un peu plus sur cette startup créée à Kiev en Ukraine en 2008 par deux développeurs de jeux mobiles et qui souhaite aujourd’hui défier le géant Adobe sur Lightroom avec Luminar et un module de gestion de catalogue photo qui devrait arriver courant 2018.

© Alex Tsepko

« Macphun est comme un phénix, qui meurt et renait de ses cendres. Je ne dirais pas que nous avons déjà été morts, mais Macphun a changé plusieurs fois. » Voici une confidence d’Alex Tsepko, CEO de Skylum (anciennement Macphun). Il a rejoint la startup en 2010 en marketing et développement commercial et est depuis devenu le PDG de l’éditeur de logiciels.

Le changement de nom pour Skylum a lieu à un moment clé pour l’éditeur : « nous changeons de nom, car nous ne sommes plus un éditeur de logiciels uniquement Mac (et iOS). Désormais, nous servons des photographes partout dans le monde, sur Mac et Windows, et nous voulions quelque chose qui représente cette nouvelle vision ». Le nom Skylum est ainsi venu naturellement nous indique Alex, avec une référence à la photographie et à la forte croissance de l’éditeur photo. Le terme Sky fait référence au ciel, à la croissance forte (« sky is the limit ») et au fait que « le ciel fait la différence sur n’importe quelle photo ». L’autre partie du nom – Lum – vient de Luminance, qui correspond à la lumière : « c’est quelque chose dont nous avons besoin, elle rend les gens heureux et est un élément essentiel pour la photographie ». Ainsi, Macphun Software devient Skylum Software pour assumer pleinement cette vision photographique.

« Au total, nous avons créé environ 60 applications différentes pour iPhone et iPad. »

À l’origine, Macphun développait des applications mobiles de toute sorte pour iOS. « En quelques années, nous avons conçu des applications vidéo, photo et de productivité. Au total, nous avons créé environ 60 applications différentes pour iPhone et iPad puis nous avons décidé de nous recentrer », témoigne Alex Tsepko. La photographie est venue tout naturellement, car l’équipe prenait beaucoup de photos au quotidien, avec le développement rapide de l’appareil photo de l’iPhone.

© Skylum

Après quelques premières applications pour Mac et iPhone, la sauce prend avec Vintage Video Maker (Vintagio) et FX Photo Studio. « Apple nous a choisi comme meilleure application de l’année, plusieurs années de suite. » Après avoir été mis en avant et reçu de très bons retours de la part d’utilisateurs, notamment sur la facilité d’utilisation, Macphun a senti qu’ils étaient sur un marché porteur.

Les prix remportés par l’éditeur

En 2013, la société basée en Ukraine, où la majorité de ses ingénieurs travaillent, a décidé de délocaliser son siège social à San Diego (États-Unis) pour s’implanter sur le marché américain. Peu de gens le savent, mais à cette époque, Google rachète Nik Software – basée à San Diego et qui propose la Nik Collection, une suite de plug-ins photo appréciés. La pépite pour Google, c’est Snapseed, l’application mobile de Nik. De nombreux cadres de Nik Software vont ainsi garnir les rangs de Macphun aux États-Unis pour créer une suite de logiciels photo sur macOS, avec notamment les logiciels Intensify et Tonality, tous deux récompensés par Apple.

Capture d’écran du logiciel Tonality

Ces logiciels, comme feu la Nik Collection, fonctionnent comme applications autonomes ou comme plug-ins pour Lightroom, Photoshop et Aperture. À un moment, ce n’est pas moins de six logiciels photo sur Mac que l’éditeur propose, avec chacun une particularité et une fonction précise : Intensify pour améliorer une photo en un clic, Tonality pour le traitement noir et blanc, Snapheal pour corriger les imperfections d’une image, FX Photo Studio pour appliquer des filtres et effets, Focus pour donner un rendu tilt-shift à vos photos et Noiseless pour réduire le bruit numérique sur vos photos. Ces applications sont regroupées dans la suite Creative Kit de Macphun en 2016 – on n’est pas loin d’un certain Creative Cloud – que Macphun propose à un prix bundle.

Entre temps, Macphun grossit ses rangs et recrute. De quelques personnes, ils passent à 40 employés en 2014 et sont désormais implantés aux États-Unis et en Ukraine. En 2015, un bureau s’ouvre en Europe (en Angleterre) pour traduire les logiciels dans différentes langues et développer le marché et la communauté de photographes en Europe.

Macphun compte sur des personnalités de la photographie pour se développer, et innover. Dmitry Sytnik, CTO de Skylum, est passionné de HDR. « Nous avons toujours voulu créer un logiciel de photo HDR et avons été inspirés par le travail de Trey Ratcliff ». Skylum approche ainsi le photographe pour créer un logiciel ensemble. Le discours était simple : « il utilisait Photoshop, des logiciels HDR et Lightroom et nous lui avons dit qu’il pourrait n’utiliser qu’un seul et unique logiciel et rien d’autre pour traiter ses photos HDR. » C’est ainsi qu’est né Aurora HDR, qui a rencontré un véritable succès pour l’éditeur. 1 an après son lancement en novembre 2015, Aurora HDR avait été téléchargé plus d’un million de fois sur Mac.

Aurora HDR

Après le succès de cette application, l’équipe de Skylum a décidé qu’il était temps de « changer la façon dont les gens faisaient des photos, rendre cela plus simple et moins complexe et essayer de faire quelque chose que personne d’autre, à part Adobe, n’avait réussi à créer. » C’est ainsi qu’est née l’idée de Luminar, un logiciel pour les photographes qui pouvait à terme devenir un concurrent légitime pour Lightroom. « Nous avons décidé de créer un logiciel plus simple et plus rapide avec les dernières technologies. »

En novembre 2016, Luminar sort des cartons. Ce logiciel, pensé à la fois pour les photographes amateurs et professionnels, s’adapte avec une interface évolutive et des espaces de travail thématiques (paysage, portrait, photo de rue, aérienne, etc.). Il dispose de fonctions simples (notamment une bibliothèque de filtres) tout comme des fonctionnalités plus avancées et puissantes, avec la gestion de calques, de pinceaux, de modes de fusion, des LUT, etc. Le développement du RAW est intégré et il ne lui manque qu’une gestion de catalogue pour être complet.

Luminar 2018

Luminar et Aurora HDR sont peut-être ce qui a propulsé Skylum dans sa mission : proposer une alternative sérieuse à Lightroom d’Adobe. Aujourd’hui, plus de 3 millions de personnes ont téléchargées Luminar et Aurora HDR selon Skylum. « Grâce à Luminar, nous sommes là où nous sommes maintenant. Luminar est un réel succès, et ce n’est que le début », explique Alex. Actuellement, Skylum compte 100 employés, contre 65 en décembre dernier. « D’ici la fin de l’année, nous serons sûrement environ 150 personnes, avec des bureaux en Allemagne, au Japon, à Kiev en Ukraine, et à Bellevue aux États-Unis. »

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« Luminar est un réel succès, et ce n’est que le début. »

Skylum ne cache pas sa volonté de se lancer en France, avec une équipe et des bureaux. Sur les 3 millions de téléchargements pour Luminar et Aurora HDR, 130 000 viennent de France, soit un peu plus de 4%. « Nous pensons que pour réussir au niveau mondial, nous devons réussir sur chacun des marchés clés. La France est probablement l’un des plus grands pays de la photographie dans le monde. Vous avez un beau pays, tout le monde a un smartphone, peut acheter un appareil et Paris est vraiment une très belle ville. Nous essayons de construire des équipes locales dans les pays où les gens aiment prendre des photos, pour être plus proches de la communauté. C’est notre stratégie. » Actuellement Skylum travaille avec environ 1000 photographes, amateurs ou pros, que la startup aide sur leurs projets photographiques. Au Japon, c’est Evgeny Tchebotarev, cofondateur du site 500px et désormais membre de l’équipe Skylum, qui aide à construire la communauté.

Peu avare d’informations sur la France, Alex Tsepko indique vouloir réaliser un guide utilisateur, des vidéos et même des activités en France comme un photowalk à Paris. « Nous ne sommes pas là pour vous vendre un logiciel, nous sommes là pour résoudre vos problèmes en photo et vous aider à faire de meilleures photos. Avant d’acheter le logiciel, nous voulons rencontrer nos utilisateurs et répondre à leurs questions » indique-t-il.

Si l’on écoute Alex Tsepko, Skylum a une chance avec Luminar de devenir une alternative sérieuse à Lightroom. La société, autofinancée, ne doit pas satisfaire de conseil d’administration et ne veut pas proposer d’offre par abonnement, contrairement à Adobe et son Creative Cloud Photographie à 11,99€ par mois. Actuellement, Luminar est vendu 69€ en licence perpétuelle.

« Les gens veulent changer, essayer quelque chose de différent. Nous voulons créer quelque chose que les clients voudront ». Skylum est d’ailleurs 100% centrée sur le produit : « Si vous regardez les startups dans le domaine du logiciel, elles vont recruter beaucoup de personnes en marketing et développement commercial pour vendre quelque chose. Nous n’avons pas cette approche : nous sommes plus axés sur le développement et l’ingénierie produit. Nous avons 60 ingénieurs et développeurs qui travaillent sur le développement des logiciels sur Mac et PC. Nous avons aussi 12 personnes dans l’équipe de R&D, soit un total de plus de 70% de nos équipes consacrées au développement et à la recherche. »

© Skylum

Et ce n’est pas du luxe, car la maintenance de nombreuses applications, sur iOS, Mac et Windows a un coût : « Pour une petite entreprise, on pense que tout est facile mais quand vous grossissez et que vous avez des millions d’utilisateurs, vous comprenez pourquoi les grandes entreprises ne sortent pas de nouvelles versions chaque mois. Vous devez faire beaucoup de contrôle qualité et de tests. Nous finirons sûrement par arrêter le développement de certains de nos logiciels historiques, car nous souhaitons nous concentrer sur les marques comme Luminar et Aurora HDR. Il est extrêmement difficile de supporter tous nos produits, d’autant plus que nous inventons beaucoup de technologies propriétaires liées au traitement de l’image. Nous faisons tout en interne donc cela prend beaucoup de temps pour tout tester, particulièrement sur Windows. »

Aurora HDR sur Windows

« Nous aurions dû lancer une version Windows bien plus tôt. »

À ce sujet, le directeur de Skylum nous glisse un mot sur Windows : « Je pense que nous aurions dû lancer une version Windows bien plus tôt. » Ce retard est lié à une peur de lancer une version Windows, peur de faire face à des utilisateurs réputés comme malpolis (« rude ») et utilisant de vieilles machines. Mais les premiers retours de Skylum sur Windows sont très encourageants : « les photographes sur Windows sont juste exceptionnels ». Et ce malgré une version Windows sortie en novembre 2017 avec quelques bugs. « Pour vous dire la vérité, nous ne voulions pas reporter la version de Luminar sortie en novembre 2017, même s’il y avait quelques bugs, que la vitesse n’était pas au rendez-vous ». Alex avoue même « ne pas être satisfait par cette version actuelle », qui bien que disposant d’outils et fonctionnalités intéressantes, doit être bien meilleure.

Skylum lancera une nouvelle version de Luminar 2018 début avril 2018 qui « rendra Luminar au moins 3x plus rapide que la version actuelle, avec presque 300 fonctionnalités améliorées », nous livre le PDG. Elle corrigera normalement tous les problèmes de la version sortie en novembre 2017. Plus de 115 testeurs bénévoles travaillent avec Macphun pour aider à tester le produit, en majorité sur Windows. « Le feedback sur Windows est très sympa et les photos que les gens font sont juste époustouflantes. »

Pour le moment, Windows n’est pas aussi important que le Mac pour Skylum, mais cela ne fait que 4 mois. « Environ la moitié des nouveaux utilisateurs viennent de Windows, ce qui est très encourageant ». C’est notamment en France, aux Pays-Bas, en Angleterre, au Japon et en Chine que Skylum voit une belle adoption de Luminar par des utilisateurs Windows.

Et iOS dans toute l’histoire ? La plateforme sur laquelle est née Macphun/Skylum semble boudée par l’éditeur de logiciels qui se concentre sur l’ordinateur, la plateforme la plus utilisée pour le traitement avancé d’images. « Nous voulons lancer quelque chose sur iOS mais le workflow du photographe sur mobile est différent de celui sur ordinateur. Développer simplement une version de Luminar ou Aurora HDR pour smartphone n’aurait pas beaucoup de sens. Nous lancerons des choses sur iOS mais nous ne voulons pas lancer quelque chose juste pour être présents ».

© Skylum

Et quid du concurrent Adobe, si directement ciblé par l’éditeur ? « Il n’y a pas de rapport sur les parts de marché des logiciels », nous confie Alex Tsepko. « Adobe a environ 80% du marché et les autres petits développeurs comme Skylum, Affinity, Pixelmator, ON1 et même PhaseOne se partagent le reste avec des parts de marché faibles ». « De nombreuses personnes à qui nous parlons ne sont pas heureuses avec Adobe. Ils l’utilisent toujours mais n’aiment pas le fait qu’il y ait désormais deux versions séparées et qu’Adobe se concentre sur les services Cloud, les designers et non les photographes. De nombreuses personnes n’aiment pas non plus les abonnements. Et nous n’offrons pas d’abonnement, ce qui peut faire la différence. Il y a une forte attente de la part des utilisateurs sur notre module de cataloguage (Digital Assets Management, DAM), car ils veulent vraiment quitter Adobe et ne plus avoir d’abonnement, tout en ayant un outil très puissant. »

Quel est le profil type de l’utilisateur d’un logiciel comme Luminar ? « Nous voyons beaucoup de personnes qui achètent Luminar qui n’ont jamais utilisé de logiciel photo : ils achètent Luminar, car c’est facile à utiliser et ils peuvent maintenant utiliser un logiciel photo de qualité professionnelle », nous répond Skylum.

Pour 2018, Skylum va continuer à améliorer Luminar et « rendre le logiciel plus rapide et facile à utiliser ». L’éditeur croit également beaucoup à son DAM pour que les gens puissent stocker et gérer leur bibliothèque de photos directement dans Luminar. « C’est la requête numéro 1 de la part de nos utilisateurs présents et futurs. » Skylum lancera donc ce module cette année, d’abord sur Mac, puis sur Windows. Une bêta privée sera ouverte au printemps.

L’éditeur investit également beaucoup dans l’intelligence artificielle et nous promet une annonce dans le courant de l’année en ce sens. « Je pense qu’à la longue, le développement photo va utiliser de plus en plus d’intelligence artificielle, d’automatisation pour simplifier les choses. Nous commençons à travailler dans cette direction. »

« Ce qui m’inspire, c’est que nous grandissons plus vite que toutes les autres entreprises dans le domaine du logiciel. Nous avons doublé notre base d’utilisateurs l’an dernier et nous prévoyons d’avoir une croissance de 100% en termes d’utilisateur dans le monde cette année. »

Le dernier mot ? « Tout le monde dans l’équipe est obsédé par notre plan et une vision pour construire une alternative à Adobe et penser différemment. » Et la tâche est plus ardue que prévu : « Lightroom est un excellent produit. C’est plus dur que cela pourrait sembler, nous ne voulons pas réaliser un clone identique de Lightroom ou Aperture ou autre, mais trouver de nouvelles solutions qui soient rapides et simples. »

© Skylum

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