Bon nombre de photographes de toutes spécialités (portrait, mariage, paysage…) font le choix d’une optique unique plutôt qu’une multitude de focales fixes, ou même en complément d’un parc imposant et lourd, même si en contrepartie ils perdent de précieux IL. Deux optiques permettent cette versatilité : le 24-70mm et le 70-200mm, qui peuvent d’ailleurs se compléter idéalement pour couvrir une plage focale très complète.

J’ai eu l’opportunité de tester durant un mois la dernière mouture de chez Canon, l’EF 24-70mm f/2.8 L II USM, notamment pour un trek dans le Verdon, magnifique région du Var que je vous invite à découvrir au plus vite si vous n’y avez jamais mis les chaussures de randonnée ! Sorti en 2013, cet objectif reste un must-have pour tout photographe professionnel équipé en Canon.

Voici mon test de cette optique haut de gamme qui représente un véritable couteau suisse du photographe.

Portrait du mannequin et danseur Laurent MAISTRET ISO100 – 1/100e – f/8 – 70mm (flash Elinchrom ELB1200)

Pour commencer, voici les caractéristiques techniques complètes du Canon EF 24-70 mm f/2,8 L II USM

  • Zoom transstandard allant de 24 à 70mm compatible APS-C et plein format
  • Ouverture maximale : f/2.8
  • Ouverture minimale : f/22
  • Construction optique : 18 éléments en 13 groupes, 3 éléments asphériques permettant de diminuer sensiblement la distorsion, l’aberration chromatique et le flou de couleur
  • Diaphragme : 9 lamelles circulaires
  • Distance minimale de mise au point : 38cm
  • Diamètre du filtre : 82mm
  • Tropicalisation : Oui
  • Autofocus : Oui, USM annulaire
  • Poids : 805g
  • Pare-soleil : oui, amovible
  • Stabilisation : non
  • Dimensions : 88.5 x 113mm

Les attentes sur cet objectif

Lorsque l’on fait le pari d’un objectif unique (un caillou pour les gouverner tous ?), on attend qu’il soit irréprochable, aussi bien pour ses qualités mécaniques que pour le rendu des images brutes. En dehors de certains portraits spécifiques, je n’ai donc utilisé que cette optique, en gardant à l’esprit mes expériences passées avec la première version de chez Canon, mais également la première version de chez Tamron.

Deux optiques de même plage focale existent également en dehors de Canon : le Tamron SP 24-70mm f/2.8 Di VC USD G2, et le SIGMA 24-70mm f/2,8 DG OS HSM ART, deux optiques plus récentes aux qualités indéniables et qui présentent tous deux l’avantage d’être plus abordables et équipés d’une stabilisation optique !

Des attentes bien spécifiques, donc, notamment concernant le piqué, le vignettage, l’autofocus, bref, tout ce qui fera de cette optique un véritable couteau suisse dans mon sac !

Prise en main du Canon EF 24-70 f/2.8 L II USM

Premier contact avec cet objectif, la prise en main se veut rassurante et la sensation de robustesse est bel et bien là, le fût et le pare-soleil sont plus courts que sur la première version, ce qui n’entache en rien sa qualité, dont je vous parlerai plus loin.

Le système de montage du pare-soleil a été revu également, avec non pas un simple système de vissage, mais un principe de blocage pour éviter toute chute malencontreuse, grâce à un bouton sur lequel appuyer pour le déverrouiller, et un cliquetis attestant de son blocage. Rassurant !

Autre système de blocage, celui de la focale ! Absent de la version précédente, un bouton « LOCK » a fait son apparition sur le côté du fût, évitant le déploiement accidentel de la focale dans le sac, et les soucis inhérents (des casses peuvent survenir en cas de choc avec l’objectif allongé). Deux ajouts sécurisants, donc !

Les premières images prises avec le Canon EF 24-70 mm f/2,8 L II USM

Après une longue marche à travers branches et roches, il est enfin temps de sortir le combo 5D Mark IV et 24-70mm v2 du sac, et commencer les choses sérieuses ! Première sensation : on ne l’entend absolument pas ! le moteur autofocus USM (UltraSonic Motor) fait des merveilles de fluidité et de silence, l’accroche est quasi-immédiate sur le point de focus, sans aucun raté de point, un vrai régal !

Portrait des Trekkeurs Compulsifs dans les gorges du Verdon (Var) ISO400 – 1/200e – f/2.8 – 33mm (flash Elinchrom ELB1200)

Du point de vue conception optique, l’évolution se passe aussi à l’intérieur, avec un diaphragme à 9 lamelles contre 8 sur la première version, et 13 groupes et 18 lentilles contre 16 sur la v1. Sous cette information un brin technique se cache en réalité une chose toute simple : vos images vont être de bien meilleure qualité ! Le piqué, aussi bien au centre que sur les bords, a fait un énorme bond en avant. Contrairement à la première version de cet objectif qui avait tendance à être « mou » sur les bords de l’image, la deuxième génération du 24-70 L va ravir les photographes de paysage notamment pour la préservation des détails et textures sur l’intégralité de l’image.

Adieu également les franges pourpres et aberrations, ici la qualité d’image est réellement optimale, et ce, dès la pleine ouverture à f/2.8 ! C’est une des craintes que j’avais, et pourtant, le rendu final des images brutes est sans défaut, sans doute aidé aussi par le capteur du Mark IV, mais avoir sous les yeux des RAW de ce combo est un délice !

D’ailleurs la fonction de correction automatique d’optique de ce boîtier est très bien conçue, même si elle a tendance à dysfonctionner avec les optiques tierces (un peu surprenant de prime abord), avec les objectifs maison elle fait des merveilles.

Cet objectif a un très faible vignettage, ce qui m’a même surpris. J’ai dû le renforcer pour avoir mes effets habituels ! La correction automatique du boîtier fait vraiment un super job.

Pour la distorsion, elle est présente sur le grand angle mais inférieure à mon habitude. A 24mm, cela reste une déformation normale à cette focale. Voici une photo à 24mm, sans correction en post, et elle est vraiment niquel.

Portrait des Trekkeurs Compulsifs dans les gorges du Verdon (Var) ISO400 – 1/200e – f/14 – 24mm (flash Elinchrom ELB1200)

La focale idéale ?

Ce que j’apprécie le plus avec le 24-70mm, quelle que soit sa marque, c’est sa souplesse d’utilisation et sa versatilité. Avec une focale aussi souple, je peux aussi bien exploiter mon arrière-plan qu’isoler mon sujet, exploiter un décor ou un lieu et faire des portraits plus intimistes. S’il ne me fallait qu’une optique, ce serait celle-là, peut-être en complément d’un 70-200mm, mais le 24-70mm est vissé à 90% du temps sur mon boîtier et n’en bouge pas, aussi bien pour des portraits que pour des shoots plus commerciaux, du sport, bref, une optique à (presque) tout faire !

Portrait de la modèle Méline BORRAJO au Lavaux (site classé de l’UNESCO) ISO100 – 1/160e – f/3.5 – 24mm (flash Elinchrom ELB400)

Il est très prisé des photographes de mariage notamment, pour cet aspect en particulier, puisqu’il va permettre de faire des photos de groupe et individuelles, de planter les mariés dans un décor idyllique, ou de se focaliser sur un visage ou un détail.

Behind the scenes du shooting avec l’actrice Kahina CARINA ISO100 – 1/160e – f/14 – 24mm (flash Elinchrom ELB1200)

Portrait de la comédienne Morgane MILLER ISO100 – 1/200e – f/11 – 70mm (flash Elinchrom ELB400)

Portrait de la coach sportive et actrice Iris SARG ISO100 – 1/200e – f/11 – 24mm (flash ELB1200 + ELB400)

Portrait de la comédienne et mannequin Candice GAVALON ISO125 – 1/1000e – f/5 – 33mm (flash Elinchrom ELB1200)

Quoi, pas de stabilisation ?

À une époque où bon nombre de photographes proposent également de la vidéo, on voit fleurir un peu partout de la stabilisation optique, en règle générale plutôt performante, mais Canon n’a pas jugé bon de l’inclure au 24-70mm L II. Certes les possibilités de stabilisation mécanique et électronique sont nombreuses (Glidecam, Ronin, Crane v2…), les logiciels de montage (Premiere, Final Cut, Resolve…) embarquent également des fonctionnalités logicielles très au point pour stabiliser une image, mais avoir un système intégré à l’optique ou au boîtier permettrait déjà de réaliser des vidéos stables sans un budget hollywoodien !

Côté photo, la stabilisation permet de gagner de précieux IL lors des prises de vue en lumière faible, ce qui est un énorme plus lorsque l’on utilise une optique peu lumineuse notamment, et que le boîtier utilisé ne gère pas idéalement la montée en ISO !

Une bonne partie des focales fixes embarquent une stabilisation maintenant, mais également l’EF 24-70mm f/4 ! Le nouveau 85mm f/1.4, le 35mm f/2, le 24mm f/2.8, le 16-35mm f/4, et pas mal d’autres intègrent l’IS (Image Stabilizer), mais pas cette optique là, dommage !

Du changement, mais pas que positif !

Changement étonnant sur cette optique, son diamètre ! Le diamètre du précédent 24-70mm f/2.8 était de 77mm, assez standard chez les constructeurs, la version 2 passe à 82mm ! Je pense notamment aux utilisateurs de filtres en tout genre : polarisant, ND, neutre… qui vont devoir changer des filtres, parfois très coûteux, spécifiquement pour cette optique.

Sans doute lié à la modification de sa conception optique, ce changement est pour le moins surprenant, la version f/4 est restée en 77mm, le 70-200mm est également en 77mm, le 16-35mm L III est en revanche également en 82mm.

Attention donc, si vous passez de la v1 à la v2, prévoyez également le changement de vos filtres !

Un rêve difficile d’accès ?

Autant le budget alloué à la photo ou à la vidéo peut être vite élevé, autant certains produits sont réservés à des utilisateurs disposant d’un budget conséquent. Ici, le 24-70mm f/2.8 L II USM est juste sous la barre des 2000€, de quoi freiner la motivation de certains à franchir le pas et s’offrir un objectif haut de gamme. Qui dit haut de gamme, dit nécessairement budget à la hauteur de nos attentes, et le 24-70mm ne déroge pas à cette règle.

Ses qualités optiques et mécaniques indéniables en font un véritable couteau suisse, paré à toutes les situations, et si je ne devais avoir qu’une optique, ce serait sans doute celle-ci.

Quitte à n’avoir qu’un objectif, autant s’offrir ce qui se fait de mieux, et clairement, ce 24-70mm f/2.8 L II USM survole tous ses concurrents sur ce point. Un photographe professionnel n’aura pas forcément de mal à se faire à cette idée : pour avoir le must, il faut mettre la main au portefeuille ! Pour un amateur, même averti et passionné, la dépense ne sera pas forcément aussi facile à amortir.

Portrait du mannequin et danseur Laurent MAISTRET ISO100 – 1/160e – f/10 – 29mm (flash Elinchrom ELB1200)

Canon EF 24-70 mm f/2,8 L II USM, le meilleur du marché

Cet objectif est sans doute le meilleur 24-70mm f/2.8 du marché à l’heure actuelle, malgré son âge (sortie en 2013) mais c’est aussi le plus cher (il se trouve aux environs de 1940€). Il annonce clairement que la bataille se fait sur la qualité des images et non sur les fonctionnalités accessoires des optiques photo, même si cela se fait au détriment des vidéastes de plus en plus nombreux.

On aurait vraiment apprécié une stabilisation optique sur un objectif dans cette gamme tarifaire, d’autant que les modèles Tamron (SP 24-70 f/2.8 Di VC USD G2) et Sigma (24-70 f/2,8 DG OS HSM ART) proposent des optiques d’excellente qualité optique, accompagnées de la stabilisation. L’EF 24-70mm f/2.8 L II USM est une optique à posséder si vous êtes exigeants avec vos images, et que vos attentes sont élevées (ainsi que votre budget). Pour un photographe professionnel, c’est un must-have !

Portrait de la comédienne Morgane MILLER ISO100 – 1/125e – f/10 – 65mm (Flash Elinchrom ELB400)

Test du Canon EF 24-70 mm f/2,8 L II USM, le couteau suisse du photographe
Qualité optiqueMatériaux robustesConception renouvelée et amélioréeAutofocus USM efficaceNouveau pare-soleil sécurisant
Absence de stabilisationChangement de diamètrePrix élevé
9Note finale
Fabrication / Finition9
Qualité d'image9.5
Ergonomie générale / praticité8.5