À l’heure du multimédia et de la consommation de masse d’images, la photographie contemporaine s’impose comme LE médium de prédilection et parvient alors à placer le photographe sur un piédestal, en lui attribuant un statut bien particulier. En effet, un double rôle lui est attribué puisqu’il vient se placer en tant que témoin, mais aussi en tant qu’acteur à part entière. Mais concrètement, qu’en est-il de son travail ?

Bref remise en contexte de la photographie contemporaine

Il est bon de rappeler que, pour les puristes, la photographie contemporaine est née avec les Becher (Bernd et Hilla). Oui, mais pourquoi ? Car ils ont été les premiers à considérer la photographie dans son aspect conceptuel et non technique… Il s’agit, en quelque sorte, des parents de cet art que nous côtoyons quotidiennement et qui apporte des couleurs à notre existence.

Pour vous rafraîchir la mémoire, le coeur de leur démarche était simple : dresser un inventaire de bâtiments, souvent laissés à l’abandon, et qui fricotaient avec l’obsolescence… Armés de leur téléobjectif fétiche et d’une chambre Linhof 8×10, ils ont ainsi réalisé des séries de clichés mémorables. Voici un exemple qui illustre le travail de nos compères avec brio :

“Water tower”, Bernd and Hilla Becher, 1972

“Water tower”, Bernd and Hilla Becher, 1972

En outre, c’est seulement dans les années 1980 que l’on commence à qualifier la photographie dite “intellectuelle” de contemporaine. Cette dernière n’a cessé de se développer depuis. Il s’agit d’une prise d’images qui se détache de sa dimension purement technique. On parle alors d’un véritable art plastique puisque cette pratique devient abordable, et même diffusable. Plus tard, elle deviendra massivement appréciable grâce à l’arrivée de la fameuse ère numérique, dans laquelle nous nous trouvons bien confortablement.

Un rôle de témoin

Abordons désormais le juste titre que le photographe arbore dans notre société qui se veut “imagivore”. Comme vous l’auriez deviné, il vient tout d’abord se placer en tant que véritable témoin puisqu’il a pour rôle d’immortaliser une scène qui se déroule sous ses yeux, dans l’optique première de partager cette dernière avec ses contemporains. Il représente ainsi le garant de l’histoire.

Quoi de mieux qu’un exemple pour illustrer ces propos ? Prenons un des clichés du grand reporter de guerre hongrois nommé Robert Capa et, en l’occurrence, celui qui lui a valu sa renommée : “Mort d’un soldat républicain”. Outre les multiples débats qui tergiversent quant à la véracité du cliché, on peut voir que l’artiste nous apporte diverses informations objectives quant à la scène qui se déroule alors sous nos yeux ébahis. En effet, la violence de l’action nous est dépeinte et nous pouvons attester de la mort d’un individu. L’image sert donc de preuve à un événement particulier et ce rôle peut lui être attribué dans n’importe quelle situation.

Mort d'un soldat républicain, Robert Capa, 5 septembre 1936, Espagne

Mort d’un soldat républicain, Robert Capa, 5 septembre 1936, Espagne

Un rôle d’acteur

Le second rôle que l’on attribue au photographe contemporain n’est autre que celui d’acteur, puisqu’il peut appuyer une cause, la défendre, ou même lui donner un sens qui se veut détourné de sa signification première. En effet, ces différentes caractéristiques de l’image ont été exploitées au cours de l’histoire. Pour illustrer ces propos, appuyons-nous sur le fameux cliché d’Andreas Gursky, que vous connaissez forcément de nom, intitulé “99 cent”. Cette image illustre et dénonce les vertiges de la société de consommation. L’anecdote plutôt paradoxale est que ses œuvres comptent parmi les plus chères du monde et que cette dernière a été vendue pas moins de 3 millions de dollars !

La voici :

“99 Cent II Diptych”, Andreas Gursky, 1999

Photographes et réseaux sociaux

Aujourd’hui, vous l’aurez constaté, les réseaux sociaux dirigent et régissent en grande majorité le pouvoir de l’image. Bien entendu, de nombreux avantages ressortent de ce monopole, mais nous pouvons aussi compter certains points négatifs qui viennent empiéter sur le travail des photographes. Gisèle Freund (sociologue et photographe portraitiste française), véritable visionnaire a su définir le rôle que jouerait la photographie à notre époque actuelle puisqu’elle prône que cette dernière est “tellement incorporée à la vie sociale qu’on ne la voit plus à force de la voir”. Ainsi, elle doit être consommée judicieusement et avec réflexion ; et les mêmes critères doivent s’appliquer avec les images en général, qui viennent s’inscrire en véritables piliers de notre culture quotidienne…

Et le photographe actuel dans tout ça ?

Son rôle est de se tenir informé sur les nouveautés qui gravitent autour de la photographie contemporaine, tout en gardant un œil sur les œuvres artistiques qui ont marqué les siècles précédents, pour proposer des clichés toujours plus travaillés et inspirés.

Ainsi, tout en se considérant à la frontière entre témoin et acteur, il peut prendre un certain recul pour proposer une vision personnelle, mais néanmoins réfléchie. Il procure alors une “invitation pour le spectateur”, qui se retrouve plongé dans une unique histoire imagée…

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