Après de nombreuses semaines d’attente, la photo officielle du nouveau président de la République est enfin dévoilée ! Contrairement à ses prédécesseurs qui avaient partagé leur portrait officiel rapidement après leur investiture, Emmanuel Macron a mis près d’un mois et demi pour révéler cette fameuse image, tradition de tout nouveau chef d’Etat français.

Ce portrait, qui va remplacer dans toutes les mairies celui de François Hollande, symbolise la volonté d’Emmanuel Macron de renouveler le paysage politique français et d’embrasser toutes les tendances. Il semble vouloir marquer à la fois une rupture (par rapport à l’immobilisme politique français) et une continuité (une combinaison de plusieurs politiques menées précédemment). Celui qui ne se dit ni de gauche ni de droite semble ainsi fusionner des références de tous ses prédécesseurs de la Vème République.

© Soazig de la Moissonnière – Portrait officiel d’Emmanuel Macron

Appuyé sur son bureau devant une fenêtre ouverte qui donne sur le jardin de l’Elysée, Emmanuel Macron regarde l’objectif avec un léger sourire, un peu asymétrique. Cette combinaison symbolique d’un cadre extérieur et intérieur fait écho aux différents lieux utilisés par les anciens présidents pour leurs propres portraits, réalisés soit dans la bibliothèque de l’Elysée, soit dans les jardins du palais. Ici, Emmanuel Macron décide d’inclure les deux.

Le cadrage américain, coupé en-dessous de la taille, et la présence des deux drapeaux, français et européen, rappellent la photo de Nicolas Sarkozy et dans une moindre mesure celle de Valery Giscard d’Estaing. Une mise en scène qui évoque le thème principal de sa campagne portée sur le rôle essentiel de l’UE sur la scène politique française et internationale.

La présence d’objets sur le bureau est aussi loin d’être anodine, et leur emplacement est bien préparé comme le révèle la vidéo des coulisses de la prise de vue postée par la conseillère en communication d’Emmanuel Macron, Sibeth Ndiaye (voir ci-dessous). On y trouve trois livres de la Pléiade (Le Rouge et le Noir, de Stendhal, Les Nourritures terrestres, d’André Gide, et Les Mémoires de guerre, du Général de Gaulle), dont l’un (Les Mémoires de guerre, selon le Figaro) est ouvert sur le bureau, deux smartphones, une horloge, qui est en fait celle du salon où se déroule le Conseil des Ministres et un encrier décoré d’un coq, emblème patriotique.

Les livres de la Pléiade font écho au lieu symbolique, pour les portraits présidentiels, de la bibliothèque, et à Charles de Gaulle dont les « Mémoires » font partie du cadrage. Cette mise en scène fait aussi écho au portrait officiel du général lui-même où on le voit s’appuyer sur une pile de livres dont la Constitution, et à celui de François Mitterrand, photographié assis, avec un livre ouvert dans les mains.

Le sourire, le regard direct, dirigé vers l’objectif, et le costume simple de ville, évoquent aussi les attitudes et apparences de certains prédécesseurs dans leurs portraits, comme la décontraction de Jacques Chirac ou encore la « normalité » de François Hollande.

Cependant, une touche de modernité, reflet de sa volonté politique de rajeunir et diversifier la classe politique française, est ajoutée avec les deux smartphones. C’est la première fois que l’on trouve dans un portrait officiel cet objet, pourtant omniprésent dans la vie de tous les jours. La présence de ses smartphones, et le partage de la photo officielle via Twitter, représentent bien la politique de communication d’Emmanuel Macron, contrôlée et dans l’air du temps.

Le choix de la photographe reflète encore cette harmonisation avec son programme, puisque c’est tout simplement Soazig de la Moissonnière, la photographe officielle de sa campagne présidentielle, qui est derrière l’appareil photo. C’est elle qui, après avoir géré visuellement toute sa campagne, continue de le suivre dans tous ses déplacements et capture autant les moments officiels que plus officieux (ou du moins apparaissant comme plus privés).

Equipée d’un Canon 5D Mark IV avec un 24-70 mm, elle a photographié Emmanuel Macron dans son bureau le samedi 24 juin 2017 vers 18h, alors qu’il était de retour de son déplacement pour soutenir la candidature de Paris aux JO de 2024. Sont présents, en plus de la photographe, la maquilleuse, une équipe de techniciens plaçant des spots de lumière continue devant le bureau, et du personnel pour réaménager le bureau. Après plusieurs essais de pose, et une sélection des meilleurs clichés, c’est finalement Emmanuel Macron qui choisit ce portrait.

L’utilisation de cette lumière artificielle directe (en plus de la lumière naturelle), sans réflecteurs pour adoucir la source, ajoute des ombres et de forts contrastes sur le visage du président. Ce qui donne une photo à l’effet trop cru, qui peut être critiquable dans le cadre d’une photo officielle de cette importance !

Le fait que Soazig de la Moissonnière  soit l’auteure de ce portrait officiel, en lieu d’un(e) photographe plus connu(e) comme le voulait la tradition des présidents précédents, représente là aussi une certaine rupture. Malgré les nombreuses offres de services envoyées à l’Elysée par des photographes connus ou non, et la rumeur autour de Mathias Depardon pour réaliser le portrait, le président choisit la simplicité. Ainsi Emmanuel Macron fait appel à une photographe proche, dont il connaît le travail et qui est au fait de sa politique de communication.

Une photo officielle, au secret bien gardé, qui semble fusionner héritage et modernisme tout en illustrant la nature de la politique et le fort contrôle de la communication du nouveau président.

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