« Quel logiciel utiliser pour éditer et retoucher mes photos ? » Cette question nous est souvent posée et il existe des dizaines de solutions sur le marché, parmi lesquelles DxO Optics Pro, Luminar, Affinity Photo, GIMP, Pixelmator, Photos, Aperture, Capture One et les deux logiciels les plus connus sur le marché : Lightroom et Photoshop d’Adobe.

Maintenant, la question qui se pose souvent est la suivante : que faut-il choisir entre Photoshop et Lightroom ?

Les deux logiciels ont des similarités et aussi une approche radicalement différente de la photographie. En tant que photographe, vous aurez sûrement besoin d’utiliser l’un ou l’autre, voire les deux à certains moments, et ce Mercredi Pratique va vous aider à comprendre les forces et faiblesses de Photoshop et Lightroom.

Au commencement, Adobe Photoshop puis vient Adobe Photoshop Lightroom

Si tout le monde connaît Photoshop, c’est parce que ce logiciel de retouche et de création graphique est l’ancêtre de la retouche numérique. Créé en 1987 pour retoucher les premières images numériques – la première photo passée dans Photoshop sera une femme sur une plage, mais il s’agit d’une photo réalisée en argentique puis scannée, Photoshop est vite devenu la référence pour la retouche, la manipulation d’image et le photomontage.

Jusqu’au début des années 2000, le choix était simple : Lightroom n’existait pas et Photoshop était utilisé par de nombreux photographes, en combinaison avec Adobe Bridge, pour traiter les images et les cataloguer.

Petite anecdote : en 2008, Photoshop est l’un des logiciels les plus piratés du web et tout le monde le possède, souvent obtenu de manière illégale en raison d’un prix excessif pour les particuliers.

En 2002, Adobe a décidé de commencer le développement de Shadowland, un projet qui deviendra Lightroom, pour s’adresser au public des photographes qui n’utilisaient qu’une infime partie des capacités de Photoshop, et surtout pour détrôner Aperture d’Apple (mission accomplie). L’idée est de leur offrir une solution simple et rapide pour traiter un nombre de photographies toujours plus important, qui remplacera Photoshop dans 80% des tâches. Imaginez en effet un photographe sportif ou de mariage traiter 1000 photos une à une dans Photoshop et vous comprendrez mieux l’usage de Lightroom. C’est en 2007 que la première version de Lightroom est finalisée et le logiciel prend petit à petit son envol pour devenir aujourd’hui l’outil utilisé par la majorité des photographes amateurs et professionnels.

Une capture d'écran de la première beta de Lightroom 1.0

Une capture d’écran de la première beta de Lightroom 1.0

Les points communs entre Lightroom et Photoshop

Lightroom et Photoshop ont de nombreux points en commun, dont leur fonction première : la retouche d’image. Tous les deux sont capables d’éditer et de retoucher une image, même s’ils le font chacun d’une manière un peu différente.

Derrière Photoshop et Lightroom, il y a le même moteur qui permet de traiter les photos au format RAW : Adobe Camera RAW (ACR).

Camera-RAW

La fenêtre de Camera RAW lors de l’ouverture d’un RAW dans Photoshop

Camera RAW permet de développer les fichiers RAW en appliquant, dans Lightroom ou Photoshop, des réglages similaires : correction d’exposition, luminosité, contraste, saturation, courbes de niveaux, tonalités, correction de la distorsion, etc.) Dans Photoshop, tout cela est disponible lorsque vous ouvrez un fichier RAW, mais également depuis le menu filtres à n’importe quel moment, même si vous travaillez sur un fichier déjà dérawtisé comme un JPEG.

Les deux logiciels permettent également d’éditer de manière basique vos photos : recadrage, redressement, création de panorama, utilisation de filtres gradués, de pinceaux, d’effets prédéfinis (presets dans Lightroom, Actions dans Photoshop), etc. Enfin, Lightroom et Photoshop disposent d’un historique des retouches sur un fichier afin de revenir à la photo originale au cas où vous changeriez d’avis sur une retouche.

Mode recadrage dans Lightroom

Mode recadrage dans Lightroom

Au final, il est possible pour un photographe d’utiliser Lightroom sans jamais ouvrir Photoshop, ou bien Photoshop sans jamais ouvrir Lightroom, même si le mieux est de les faire travailler ensemble pour tirer parti de leurs différences comme nous allons le voir dans la seconde partie de ce dossier.

Les différences entre Lightroom et Photoshop

Même si Lightroom et Photoshop ont des points communs, ces deux logiciels ont été pensés pour des usages différents, ce qui amène quelques différences essentielles que nous allons aborder maintenant.

Une gestion des fichiers plus légère avec Lightroom

Lorsque vous éditez une photo dans Lightroom ou dans Photoshop, vous ne travaillez pas de la même manière sur les fichiers. Dans Lightroom, les réglages appliqués à une photo se font de manière non destructrice. Dans Photoshop, ce n’est pas forcément le cas.

La retouche non destructrice permet de corriger une photo sans altérer le fichier original.

Par exemple, si vous appliquez une correction d’exposition, changez la balance des blancs, appliquez un filtre gradué, le fichier original ne sera pas impacté pas ces modifications. Les modifications seront visibles uniquement dans l’interface du logiciel – ici Lightroom – ou sur les fichiers dérivés que vous aurez enregistrés lors de l’exportation vers un JPEG ou un TIFF par exemple.

C’est aussi possible dans Photoshop, mais uniquement si vous utilisez des calques d’ajustement ou des objets dynamiques et non des retouches sur le pixel. Hors, c’est justement ce pourquoi Photoshop est efficace alors pourquoi s’en priver ?

Dans Lightroom, toutes les retouches sont enregistrées dans le catalogue et non sur le fichier image. C’est en quelque sorte une base de données qui contient toutes les modifications apportées aux photos présentes dans ce catalogue. Si vous perdez votre fichier catalogue, vous perdez toutes vos modifications, mais pas vos photos brutes, alors pensez bien à la sauvegarde.

Photoshop fonctionne de manière différente. Lorsque vous ouvrez une photo dans ce dernier et que vous enregistrez vos retouches, le logiciel peut enregistrer les réglages sur le fichier source en l’écrasant s’il s’agit d’un JPEG, d’un PNG ou d’un TIFF. Si vous ouvrez un fichier RAW, Photoshop vous proposera d’enregistrer votre retouche sur un nouveau fichier, par exemple un fichier PSD.

Ainsi, là où Lightroom enregistre les réglages de quelques octets pour une photo dans son catalogue, Photoshop vous oblige à créer un second fichier distinct, qui pèsera généralement plus lourd que le fichier RAW d’origine.

Prenons un exemple pour mieux comprendre. Le fichier RAW suivant, qui pèse 33,2 Mo, est retouché dans Lightroom.

En appliquant une retouche simple – débouchage des ombres, amélioration des contrastes et de la balance des blancs – Lightroom enregistre ces réglages dans son catalogue sous la forme de données brutes, quelques centaines d’octets. La même retouche appliquée dans Photoshop, puis enregistrée dans un fichier au format PSD crée un fichier supplémentaire de 216 Mo.

Avec Lightroom, le traitement d’une photo ne prend donc quasiment pas de place supplémentaire alors que Photoshop multiplie le poids total (fichier brut + fichier source) par plus de 7 fois…

À noter également, si vous avez besoin de travailler une image depuis Lightroom dans Photoshop, ce dernier est capable de retrouver les traitements appliqués dans Lightroom, soit en ouvrant la photo directement depuis Lightroom, soit en enregistrant les retouches de Lightroom sous la forme de fichier .XMP.

Ouvrir une photo dans Photoshop depuis Lightroom

Ouvrir une photo dans Photoshop depuis Lightroom

Pour obtenir un fichier final à partir de Lightroom, il faut forcément passer par une exportation vers un format final – le JPEG dans la majorité des cas.

Pour conclure ce point, si vous devez retoucher un nombre important d’images de manière légère, Lightroom est une solution plus efficace en termes d’espace de stockage sur votre disque. Lightroom permet notamment de gérer ses fichiers sous la forme d’un catalogue cohérent, avec des outils de recherche par mot-clés ou par métadonnées, chose que Photoshop ne fait pas, car ce dernier n’intervient qu’image par image.

Lightroom et les filtres de bibliothèques : pratique pour filtrer les photos

Lightroom et les filtres de bibliothèques : pratique pour filtrer les photos

Des explorateurs de fichiers comme Adobe Bridge peuvent faire cela, mais Lightroom offre une solution intégrée assez pratique. Cela permet également de traiter plus rapidement une série de nombreuses images.

Des outils de retouche suffisant dans Lightroom, mais plus pointus dans Photoshop

Sur le plan de la retouche, le grand gagnant est bien entendu Photoshop qui offre davantage de possibilités créatives. Mais là où Photoshop dispose de la puissance brute et de myriades d’outils pour retoucher vos images, Lightroom est un véritable couteau suisse de la photographie, regroupe les outils les plus importants pour la retouche de photo et permet de faire 95% des retouches générales sur une photo (ajustements classiques, retouche locale, filtre gradué, virage partiel, conversion noir et blanc basique, etc.).

Photoshop conserve cependant l’avantage avec notamment son système de calques très performant – ce qui a fait son succès.

Calques dans Photoshop

Calques dans Photoshop

Les calques dans Photoshop permettent d’appliquer des réglages par couche, un peu comme si vous dessiniez sur différentes feuilles de papier calque que vous empileriez les unes sur les autres. Les calques permettent également d’appliquer des réglages uniquement sur une partie de l’image, permettant des retouches localisées.

Lightroom propose malgré tout quelques options de retouche localisée bien pratique, notamment grâce à l’usage des pinceaux de retouche ajoutés depuis Lightroom 6 et Lightroom CC.

Depuis la version 6, Lightroom peut utiliser un pinceau pour des retouches localisées

Depuis la version 6, Lightroom peut utiliser un pinceau pour des retouches localisées

En conclusion, Photoshop est plus puissant grâce à son système de calques, mais pour 90% des cas de traitement d’une photo, les calques sont surdimensionnés. Lightroom a réussi à regrouper les outils les plus importants pour la retouche photo tout en reléguer les outils trop pointus dans Photoshop. Photoshop restera cependant nécessaire pour des travaux de retouche avancée par exemple la retouche de peau en photo de portrait.

Voici un tutoriel en mode « speed edit » qui vous permet de voir Anthony Passant à l’oeuvre dans Photoshop sur une retouche de portrait avancée :

Lightroom et Photoshop sont des usines à gaz pour les personnes qui découvrent ces logiciels une première fois, mais une fois maîtrisés, ils permettent d’être très efficace. Malgré cela, Lightroom garde une certaine facilité de prise en main que Photoshop n’a pas, notamment en offrant dans le module développement tous les outils visibles sur le côté droit.

Un flux de travail plus fluide dans Lightroom

En termes de flux de travail, avantage indéniable pour Lightroom. De l’importation des photos à l’impression, au livre photo, à la galerie web, en passant par l’editing puis la retouche, Lightroom permet de gérer toutes les étapes de votre activité photographique. C’est un peu comme si vous entriez dans la pièce où se trouvent vos tiroirs remplis de photos et de négatifs, vos bacs à développement, votre agrandisseur et votre outil de PAO ou d’encadrement. Ce n’est pas pour rien que Lightroom fait indirectement référence à la  « darkroom », ou chambre noire, le lieu où tout le processus de développement de la photo a lieu en photographie argentique.

Photoshop est plutôt un maillon de la chaine dans ce flux de développement. Pour certaines photos, je vais décider de passer dans Photoshop, car j’ai besoin d’une retouche précise ou complexe sur une image, ou bien je souhaite réaliser un photomontage. Mais pour une série, un mariage, des photos réalisées dans un laps de temps rapproché, Lightroom offre tous les outils permettant de gérer sa bibliothèque d’images, d’y ajouter des mots-clés, de les classer par dossier (au sein de Lightroom, jamais à l’extérieur), mais aussi d’appliquer ses propres traitements aux images.

Photoshop reste cependant utilisé, avec Adobe Bridge, par de nombreux photographes, qui ne semblent pas accrocher à Lightroom. Pourquoi ? Je l’ignore, mais je pense que s’ils découvraient Lightroom et son intégration avec Photoshop, qui permet d’ouvrir une photo depuis Lightroom dans Photoshop puis de la retrouver, une fois retouchée, dans son catalogue Lightroom, ils délaisseraient Photoshop et gagneraient beaucoup de temps et pourraient se concentrer davantage sur la prise de vue, un véritable problème chez les photographes.

Avec Lightroom, Photoshop est de moins en moins nécessaire. Pourtant, les deux vont de pair, et Adobe les propose d’ailleurs dans une formule d’abonnement commune, la Creative Cloud Photographie, comprenant principalement Lightroom CC et Photoshop CC ainsi que d’autres outils, notamment mobile.

Lightroom ou Photoshop, lequel choisir ?

Après vous avoir présenté les similitudes et différences entre LR et PS, vous avez désormais les cartes en main et le choix final vous revient, en fonction de votre pratique de la retouche photo, du volume d’images que vous réalisez, mais surtout de la complexité de vos retouches.

Il y a encore quelques années, il manquait à Lightroom de nombreuses fonctions comme les filtres gradués et le pinceau de retouche qui l’empêchaient de véritablement rivaliser avec Photoshop. Mais aujourd’hui, Lightroom est pour moi le logiciel photo ultime pour le photographe amateur et professionnel qui souhaite organiser ses photos, effectuer une sélection des meilleures images et les traiter rapidement.

De plus, nous avons aujourd’hui la chance de pouvoir accéder à ces logiciels à un tarif extrêmement raisonnable : 11,99€ / mois pour l’offre Creative Cloud Photographie comprenant Photoshop CC et Lightroom CC, alors qu’il y a encore quelques années Photoshop en version CS6 était vendu 799€ la licence. Aujourd’hui, Photoshop n’est plus disponible que sous forme d’abonnement, et Lightroom reste disponible au prix de 130€ en version seule. Adobe ne semble d’ailleurs pas prêt d’arrêter à vendre Lightroom en formule sans abonnement, même s’il est de plus en plus difficile de se le procurer.

Nous sommes bien conscients qu’il existe d’autres solutions, mais Adobe étant leader sur ce marché, il était intéressant d’analyser en détail ses deux solutions dédiées au photographe.

Alors, vous êtes plutôt Photoshop ou Lightroom ? Ou bien les deux ?