À quoi pense un photographe lorsqu’il prend une photo ? Entre le moment où nous mettons notre main sur l’appareil photo et celui où nous appuyons sur le déclencheur, quelques secondes ou moins peuvent se passer. C’est durant cette période que vous devez vous poser les questions les plus importantes pour réussir votre image.

Dans ce Mercredi Pratique, nous allons aborder les différentes questions qu’un photographe doit se poser avant de déclencher. Certaines vous semblent inutiles ou superflues, voire très difficiles ? Ne vous inquiétez pas, avec la pratique et la répétition vous intérioriserez ces éléments et n’y penserez même plus, un peu comme un automatisme lorsque l’on conduit une voiture.

Quelle histoire voulez-vous raconter ?

Voici sûrement la question la plus importante, mais aussi la plus difficile. À chaque photo, son histoire. Sans histoire, pas de photo. Lorsque vous décidez de prendre une photo, il est important de vous demander quel sens aura votre image et quelle histoire vous voulez raconter avec elle.

A éviter : parler sans avoir rien à dire. En photographie, on pourrait faire une analogie toute simple : photographier sans rien n’avoir à raconter. C’est souvent le problème le plus courant rencontré par les personnes qui débutent en photographie. On se focalise sur la technique, mais on en oublie que la photographie est un mode d’expression. Pour que la photo soit réussie, il faut qu’elle porte un message, peu importe lequel. Cela peut être votre vision d’un événement, d’un instant, sous une perspective particulière, ou bien un récit de voyage constitué de plusieurs images, ou encore une série sur un sujet qui vous passionne et vous souhaitez partager.

Peu importe la photo, avant chaque déclenchement posez-vous la question : quelle histoire vais-je raconter ?

Quel est le centre d’attention de mon image ?

Pour raconter une histoire en photographie, il faut qu’un sujet se dessine et ressorte lorsqu’on observe la photo. Afin d’aider le lecteur à trouver facilement le sujet central de la photo, vous devez placer votre sujet sur un point de fuite ou un point d’attention de votre image. Ce point peut être défini de différentes manières : par la mise au point, en choisissant où effectuer la netteté et par le choix de l’ouverture, par le choix de la vitesse d’obturation, qui permet de rendre flou les éléments en mouvement alors que votre sujet reste immobile, par le choix de couleurs et des contrastes, par le positionnement dans l’image (notamment avec la règle des tiers). Bref, plus votre sujet se démarquera facilement de votre photo, plus cette dernière pourra servir votre histoire.

Analysez la lumière

La lumière est l’ingrédient principal d’une photo. C’est elle qui fait ou défait une image, lui donne du contraste, contrôle votre appareil photo en lui dictant les réglages à choisir pour exposer correctement la photo. Savoir l’analyser et la lire est sûrement l’un des exercices les plus difficiles, mais est pourtant essentiel.

Lorsque vous souhaitez prendre une photo, regardez toujours comment votre sujet est éclairé. La lumière est-elle suffisante pour éclairer mon sujet et m’assurer d’une photo nette ? Dois-je ajouter une source de lumière supplémentaire (flash, réflecteu) ? L’autre question, un peu plus complexe, est de savoir si votre sujet est bien placé pour être éclairé de manière à obtenir le rendu souhaité : il faut en finir avec les portraits en plein soleil, mais par exemple préférer un coin d’ombre afin de ne pas avoir de fortes ombres sur un portrait.

Etes-vous suffisamment proche du sujet ?

« Si vos photos ne sont pas assez bonnes, c’est que vous n’êtes pas assez près », disait Robert Capa. Dans le contexte de la photographie de reportage, c’est une maxime qui se vérifie totalement, mais cela s’applique à toutes vos images, que vous soyez dans l’action ou pas. Pour donner le maximum d’impact à votre image, il est souvent conseillé de remplir le cadre avec votre sujet. Sans forcément toucher les bords de l’image, celui-ci ne doit pas donner le choix au lecteur : « le sujet c’est moi ».

Heureusement, ce n’est pas forcément toujours le cas, et si vous êtes plutôt soucieux d’intégrer un environnement ou un contexte dans votre image, vous allez privilégier un angle plus ouvert. En portrait, on parle ainsi de portrait environnemental, soit un portrait qui intègre également le paysage et donne plus d’informations sur le lieu et la situation dans laquelle se trouve le sujet.

Où faire la netteté ?

C’est l’un des plus problèmes lorsque l’on débute : l’appareil photo, en mode auto, choisit lui-même la zone de mise au point, par exemple sur un visage qu’il a détecté, ou sur un élément présent au premier plan. À chaque fois que vous placez votre œil dans le viseur, vous devez être capable de définir vous-même où la mise au point sera effectuée. Le réglage conseillé pour cela est d’utiliser uniquement la zone de mise au point centrale, ou un autre point AF. Dans certains cas seulement, utilisez les modes de mise au point intelligents ou automatiques, par exemple lorsque vous devez suivre un sujet en mouvement.

En cas de photo de paysage et pour avoir une netteté optimale sur tous les éléments, pensez à fermer le diagraphe et à découper, dans sa profondeur, votre image. Faites ensuite la mise au point à 1/3 de cette distance. Cela permettra d’avoir la zone de netteté la plus étendue.

En photo de rue, l’hyperfocale vous sera d’une aide précieuse.

Dans tous les cas, pensez toujours à la netteté de votre image, car le flou est impossible à rattraper.

Cadrage : quels sont les éléments importants de l’image ?

Ce point reprend un peu la partie sur le centre d’attention présentée plus haut. Avant de déclencher, on choisit inexorablement un cadrage pour la photo. Ce cadrage, c’est comme la scène d’une pièce de théâtre : c’est dans ce rectangle (ou dans ce carré) que se joue votre pièce. Tous les éléments présents dans le cadre doivent être évalués rapidement : servent-ils mon histoire ou sont-ils un obstacle à la compréhension de la scène ? Dans le premier cas, je les intègre. Dans le second cas, je me déplace, change de perspective, recadre pour les faire sortir du cadre et les garder pour une prochaine histoire !

Attention à bien choisir les éléments à intégrer. On a parfois tendance à intégrer plusieurs éléments intéressants dans une photo, car on se dit que plus on en a, mieux c’est, mais cela se fait souvent au détriment de la compréhension globale de l’image, car l’oeil et l’esprit du lecteur se dispersent et ne savent pas vraiment où s’accrocher.

Un œil sur les réglages

Avant de déclencher, pensez toujours à avoir un œil sur les réglages de votre appareil, que ce soit la vitesse d’obturation, l’ouverture ou la sensibilité ISO. Chaque réglage pris à part a un impact important sur le rendu de votre photo. À mes débuts, j’utilisais souvent le mode créatif priorité ouverture (A ou Av) avec comme principal souci de maitriser ma profondeur de champ. Malheureusement, dans de nombreux cas je n’ai pas fait attention à la vitesse correspondante, et de nombreuses photos ont été gâchées à cause de cela, car la profondeur de champ était bonne, mais mon sujet flou. Pour éviter cela aujourd’hui, j’aurai également adapté les ISO, de manière automatique, afin de ne pas descendre sous une certaine vitesse.

La conclusion de cet épisode : garder toujours un œil sur les réglages de son appareil, surtout que ces infos sont généralement affichées dans le viseur électronique ou optique de votre appareil.

Vérifiez la ligne d’horizon

Nous avons dédié un Mercredi Pratique complet à la ligne d’horizon et ce n’est pas pour rien. S’il vous plait, pensez à redresser votre cadrage lorsqu’une ligne d’horizon apparaît. Sinon, le premier commentaire que l’on vous ferra sur votre image, surtout si c’est moi, c’est que votre horizon n’est pas droit. A moins bien sûr que vous aviez comme idée de faire pencher l’image de manière volontaire : dans ce cas-là, accentuez l’inclinaison pour ne laisser planer aucun doute.

Pour en savoir plus sur la ligne d’horizon et comment corriger une photo où la ligne n’est pas droite, relisez notre Mercredi Pratique 123.

Arrière-plan / premier plan : check !

À vouloir trop se concentrer sur son sujet, on en oublie l’arrière-plan ou le premier plan. Et c’est une grave erreur. Imaginez un joli portrait avec juste les bonnes émotions, juste la bonne pose, mais dans l’arrière-plan, vous n’aviez pas remarqué qu’un camion poubelle était en train de passer. C’est exagéré, mais ça arrive plus souvent qu’on ne le pense, comme le fameux phénomène du « photo bombing » nous le rappelle chaque jour.

Avant de déclencher, regarder attentivement l’arrière-plan et le premier plan pour ne pas intégrer d’élément parasite à votre image. Parfois, un simple pas de côté suffit à changer complètement le rendu d’une image.

Conclusion

La prochaine fois que vous prenez une photo, essayez donc de repenser aux points suivants :

  • Quelle histoire voulez-vous raconter ?
  • Quel est le centre d’attention de mon image ?
  • Comment est la lumière ?
  • Etes-vous suffisamment proche du sujet ?
  • Où faire la netteté ?
  • Mes réglages sont-ils optimaux ?
  • Ma ligne d’horizon est-elle droite ?
  • Mon arrière-plan / premier plan est-il propre ?
  • Arrière plan / premier plan : check ?

Après avoir fait cette vérification mentale, vous pouvez déclencher. Attention, je vous préviens : ces points ne transformeront pas vos images du jour au lendemain, mais vous aideront à progresser plus rapidement en étant plus conscient de votre environnement et de votre intention photographique.

Et vous, quelles étapes respectez-vous scrupuleusement avant chaque déclenchement ? Dites-le-nous dans les commentaires.