Michael Ferire est un jeune photographe qui s’est spécialisé sur le portrait et particulièrement le portrait de mariage. Sa photographie dépasse les cadres originels pour s’associer à des domaines complémentaires tels que les arts plastiques et la mode.

Voici son interview.


Tout d’abord, peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Michael Ferire. Je vis à Bruxelles et je fais de la photo argentique. Je dis souvent de moi que « je ne pense pas être photographe ». J’aime envisager des aspects plus philosophiques ou plus artistiques de la photo. En gros, la photo m’intéresse parce qu’elle permet de représenter le monde, au même titre que la pensée ou l’écriture par exemple. Elle permet de créer une illusion maitrisée, une hypnose, comme un monde parallèle. Cet aspect de la photo me fascine.

© Michael Ferrire

© Michael Ferire

Comment est-ce que tu t’es mis à la photo et quelles ont été les étapes importantes dans ton apprentissage ?

J’ai commencé un peu par hasard, par attrait pour le matériel au départ, par envie de tenter et de comprendre ensuite. C’est difficile de dire précisément comment… J’ai toujours voulu proposer une vision des choses, soit par la peinture, soit par les mots, la photo ou tout autre moyen dont je dispose et que j’explore. La photo m’intéressait parce qu’elle pose la question du réel au sens strict. Je voulais explorer ce rapport ambigu entre l’image photographique et le réel. C’est toujours comme une négociation dans mon esprit. Qu’est-ce qui est réel dans une image ? Qu’est-ce qui est de l’ordre de l’imaginaire ou de l’hors-cadre ? Progressivement, j’ai tenté de trouver des réponses en pratiquant. Je pense que l’on découvre ce que l’on veut profondément en faisant, jamais l’inverse.

Pourquoi t’être intéressé à la photo de portrait et à la photo de mariage ?

Je trouve que photographier un mariage est un challenge intéressant. Certainement une des missions les plus exigeantes à mes yeux. Cela nécessite de maitriser son appareil à 100%, de connaitre la lumière, de pouvoir entrer en contact très rapidement pour obtenir le résultat que l’on souhaite. Je pense qu’il y a des choses magnifiques à faire en mariage.

L’émotion est aussi une grande partie de ce qui m’a attiré. Je trouvais qu’il y avait des choses plus intéressantes à faire avec la photo de mariage que ce qu’on y faisait. J’ai donc décidé de partir d’une page blanche et de proposer ma vision des choses. C’est ce qui m’anime en général : trouver un domaine qui a des codes très établis (que je ne partage pas) et proposer une vision différente.

© Michael Ferrire

© Michael Ferire

Quel matériel utilises-tu ? Est-ce qu’il y a un appareil ou un objectif que tu préfères utiliser selon l’atmosphère et le rendu que tu souhaites donner à ton travail ?

Je travaille en moyen format argentique : avec un Contax 645, un 80mm f/2 et de la pellicule Kodak Portra (généralement de la 400). Ce choix est dicté par le fait que les teintes de peau et les matières sont au centre de ma démarche. La combinaison « moyen format » et « film » permet de rendre cela d’une manière bien différente. Ce matériel est intimement lié à ce que je veux montrer. Cet outil est parfaitement adapté à mon propos photographique.

Quels seraient tes conseils pour quelqu’un qui débute en photo de portrait ? Quelques astuces pour réussir ses portraits de mariage ?

De manière générale, je pense qu’il n’est pas bon de considérer la photo comme un don ou un talent. La photo est une aptitude. La vérité c’est qu’on devient meilleur en essayant, en se trompant, en osant, en se formant. Je suis intimement convaincu que la photo s’apprend à tous les niveaux. Je donne des formations depuis 3 ans et j’ai vu des gens timides et « pas bons pour faire poser » devenir excellents et avec une vraie démarche personnelle parce qu’ils osaient, parce qu’ils laissaient tomber leurs a priori sur eux-mêmes. Bref, je pense que tout est possible. Cette vision de la photo comme un don me fait souvent penser à un enfant qui essaierait de marcher et qui déclarerait « je ne suis pas quelqu’un qui est fait pour marcher » à la première chute.

© Michael Ferire

Le portrait a ceci de particulier qu’il nous met face à un autre, dans une situation peu naturelle et donc potentiellement gênante (c’est encore le cas pour moi aujourd’hui). La seule vraie question c’est « comment je décide de gérer cette tension ? », « comment je l’exploite pour que mon image soit meilleure ? », « comment je fais de la place pour que l’autre s’exprime autrement que par sa gêne ? ». Les poses sont certainement le terrain sur lequel les progrès sont les plus rapides quand on ose se lancer parce que cela fait appel à des aptitudes qu’on utilise dans la vie de tous les jours. Et puis, je pense que le portrait est une représentation du photographe aussi au final. Cette interaction que vous êtes capable d’établir ou non déterminera le ton du portrait, sa distance, sa justesse.

© Michael Ferrire

© Michael Ferire

Pour la photo de mariage en particulier, je pense qu’il faut avoir une vision du mariage au-delà de celui-ci. Savoir ce que l’on veut raconter. Selon moi, le mariage est un événement. Cela ne dit rien de ce que vous voulez y exprimer. Pour ma part, je sais qu’un bon portrait de mariage est un portrait où l’on oublie qu’il s’agit d’un marié et d’une mariée. Je veux que l’on comprenne qui ils sont, au-delà de ce jour précis, qu’il y ait une vérité plus profonde qui passe. Le mariage et ce moment précis amènent simplement une intensité des regards, des gestes et une valeur différente à la photo, mais, pour moi, le contenu n’est jamais le mariage en lui-même. Ce n’est que de la forme à mes yeux.

Dans deux de tes récents projets, 4/3 et Silhouette, tu donnes une grande importance à la matière, d’où émane ce choix d’un travail photographique proche de celui des arts plastiques ?

Pour moi, tout est matière. Je perçois même les personnalités comme des matières, certaines sont rugueuses, d’autres douces. Certaines bougent d’autres sont immobiles, etc. J’aime utiliser la matière et les couleurs pour véhiculer des ambiances. Par exemple, pendant les préparatifs d’un mariage, il n’est pas rare que je cherche une texture qui résume l’ambiance. Si elle est feutrée, je vais chercher un velours ou un drapé lourd par exemple. À mes yeux, l’image doit être comme un souvenir. Elle doit évoquer, par touches. Les faits m’importent assez peu, je veux faire ressentir une impression, une émotion.

© Michael Ferire

Quels sont tes futurs projets photo ?

Je me lance justement de plus en plus dans les portraits d’artistes. J’aime photographier l’obsession des gens passionnés. C’est quelque chose qui me fascine. J’ai shooté pendant trois saisons dans les ateliers du créateur Maxime Simoëns, à Paris, et ce travail acharné pour aboutir à un résultat de 10 minutes m’a beaucoup marqué. C’était pareil lors des préparations de tournées pour Stromae que je suis maintenant depuis presque 3 ans. J’ai shooté également Mügluck (illustratrice basée à Montréal) et Serge Rusak (designer basé à Paris) dernièrement. Je me sens proche de ces gens. Je comprends leurs obsessions pour le détail, l’impression de se réaliser dans un projet, de construire quelque chose.

© Serge Rusak par Michael Ferire

J’accorde aussi beaucoup d’importance à la formation en général. J’ai donc commencé à proposer des workshop, des coaching et je rédige actuellement des supports pour partager. La formation est un vrai axe de travail actuellement.

Quel photographe aimerais-tu que l’on interviewe ?

Je n’ai pas de fascination particulière pour un photographe. Ce qui m’intéresse toujours c’est de comprendre le « mindset » qui mène à un résultat singulier. J’aime les gens qui pensent différemment, qui cassent les codes, qui sont à contre-courant. Je pense que rien n’est moins créateur que de vouloir. Je crois infiniment en la sérendipité. Le hasard nous amène souvent des choses bien plus riches que la volonté. Surprenez-moi !

Le mot de la fin ?

Merci pour l’intérêt porté à mon travail, déjà. Et puis, comme je crois énormément à la formation, j’en profite pour dire que c’est vraiment ce sur quoi je travaille intensément actuellement. J’ai lancé une nouvelle section sur mon site qui est plus didactique. De nombreux workshops sont à venir. Il y a également une newsletter spécifique pour être tenu au courant. C’est le travail de mise en place des mois à venir. Probablement une des parties du travail que je préfère, car elle est extrêmement gratifiante et élève le formé et le formateur.

Où peut-on te retrouver ? 

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