Le titre de ce Mercredi Pratique est accrocheur et c’est volontaire. Nous allons sûrement voir ensemble aujourd’hui l’un des éléments les plus importants pour faire de meilleures photographies.

Aujourd’hui, tout photographe a accès à du matériel photo performant et capable de réussir techniquement une photo dans de nombreuses conditions, même les plus difficiles. Si le mode automatique des premiers appareils photo numériques était parfois bancal, aujourd’hui l’intelligence et les capacités de nos appareils photo nous dépassent (il suffit de voir l’évolution de l’épaisseur des notices d’année en année).

Le mode manuel (ou semi-manuel) reste cependant indispensable pour remettre l’intention de la photographie entre vos mains, plutôt que laisser l’appareil photo décider. Comprendre et maîtriser les bases telles que l’ouverture, la vitesse d’obturation ou les ISO et leurs incidences sur une photo est primordial. C’est pour cette raison que nous avons créé le livret Les bases du réglage manuel.

Malgré tout, si tout le monde est capable de faire une photo techniquement « bonne », comment se fait-il que certaines photos soient plus réussies que d’autres ? Sur ces photos, des émotions et une histoire arrivent à transparaître de l’image. Comment est-ce que les photographes s’y prennent-ils ? La réponse ici est simple : ils font pour chacune de leurs photos un effort pour la réussir et ne se contentent pas de déclencher.

Les derniers pas qui font la différence

Bien souvent, ce sont les derniers pas qui font toute la différence chez un photographe. Si l’on prend l’image d’un coureur en train de courir un marathon, les derniers kilomètres, ou centaines de mètres sont sûrement les plus difficiles, mais aussi les plus importants, car sans eux, la ligne d’arrivée n’est pas franchie. En photographie, c’est un peu la même chose : vous avez beau parcourir des centaines de kilomètres pour réaliser une photo, la différence entre une bonne et une mauvaise photo se trouve souvent dans les derniers pas.

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© Damien Roué – Islande

Prenons un exemple concret : vous partez en Islande pour faire un road trip photo. Sur place, vous voyez défiler de magnifiques paysages sous vos yeux et vous vous arrêtez souvent pour prendre des photos, avant de repartir quelques minutes plus tard pour continuer votre route. Ces photos seront sûrement très belles, mais ce que vous ignorez, c’est qu’en marchant peut-être dix minutes en sortant de la route, vous aurez un point de vue complètement différent, et bien moins utilisé.

Voici un second exemple, peut-être plus parlant : vous avez cherché pendant des heures dans la forêt une cascade secrète et arrivez enfin sur place. Pour la photographier dignement, vous allez sortir votre trépied que vous avez transporté jusqu’ici et le poser devant vous. Après avoir cadré, vous déclenchez quelques fois, et vous repartez, car la route est longue et le soleil commence à descendre. Si vous aviez fait plus attention à ces derniers pas, vous auriez sûrement remarqué que votre cadrage n’était pas optimal : ici, une branche parasite votre premier plan, alors que la cascade semble un peu petite sur l’image finale. En vous décalant seulement de quelques pas sur la droite, vous auriez eu un plan bien plus agréable à l’oeil et auriez une bien meilleure photo. Mais maintenant que vous n’êtes plus sur place, vous devez reprogrammer une nouvelle sortie et n’avez plus vraiment la motivation.

C’est à ce moment-là que ces précieux pas font la différence. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que les grands randonneurs, même s’ils ne sont pas de grands photographes, font souvent de magnifiques photos. C’est parce qu’ils marchent, se déplacent et sont capables de faire des kilomètres pour admirer un point de vue magnifique.

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© Damien Roué – Islande

Bien sûr, ce conseil ne veut pas dire que vous allez devoir vous suspendre à un pont pour réussir une photo au prix de votre vie. Pensez bien à votre sécurité, et si vous avez vraiment envie de réaliser des photos de l’extrême, équipez-vous et entourez-vous de spécialistes.

La photographie a horreur des fainéants

En regardant des photos iconiques, on ignore souvent le travail qui a été réalisé en amont pour obtenir l’image parfaite. Des centaines de déclenchements (regarder les planches contacts de grands photographes est fascinant), une longue période d’adaptation à l’environnement, un travail de recherche pointilleux… Bonne nouvelle pour vous : la photo parfaite ne se réalise pas par magie, comme tombée du ciel, mais elle nécessite beaucoup d’efforts.

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© Damien Roué

En aval de la prise de vue, il y a également tout un travail de traitement à ne pas négliger. Les photographes de l’argentique avaient souvent recours à la retouche, contrairement à ce que l’on peut penser. Aujourd’hui, il est également important de passer un peu de temps dans des logiciels de développement d’images comme Lightroom pour retravailler et donner vie à votre image telle que vous l’avez vu.
Bien sûr, il est également possible de faire la photo parfaite en sortant son appareil photo et en ne prenant qu’une image, mais cela laisse beaucoup de place au hasard et à la chance.

 « Je fais des photos pour le plaisir, je n’ai pas envie de me prendre la tête »

Si vous expliquez que la photographie demande beaucoup d’efforts à quelqu’un, il vous répondra sûrement la chose suivante : « Je fais des photos pour le plaisir, je n’ai pas envie de me prendre la tête. » Et il a tout à fait raison. Pour certaines personnes, la photo est une commodité, et un smartphone leur suffit pour prendre quelques photos ici et là, même si elles ne sont pas parfaites, parce que c’est « pour le plaisir ».

Cependant, pour d’autres personnes plus exigeantes, elles découvriront rapidement que la photographie est une manière de vivre pleinement sa vie. Dans certains cas, la photo n’est qu’une raison pour explorer le monde, sortir des sentiers battus, et rapporter un souvenir de cela, comme un trophée que l’on partage avec sa famille, ses proches ou le monde. « Photographier, c’est une attitude, une façon d’être, une manière de vivre », disait Henri Cartier-Bresson. Et là-dessus, l’engagement et la volonté d’aller toujours plus loin donnent souvent le meilleur résultat.

© Damien Roué

© Damien Roué

D’ailleurs, nous pouvez également citer un autre photographe célèbre : « si vos photos ne sont pas assez bonnes, c’est que vous n’êtes pas assez près » (Robert Capa). Robert Capa parle de la proximité physique avec la scène en tant que photoreporter, mais également de l’engagement du photographe avec son sujet, le lien intime qui le rapproche et qui lui permet de voir des choses qu’une personne qui ne fait que passer ne pourrait voir.

En conclusion, si vous souhaitez faire de meilleures photos, soyez patients, motivés et intéressés par votre sujet, plutôt que par le dernier appareil photo.

Alors, qu’attendez-vous ?