Coralie Degenève a remporté le prix du public de la première édition des Gram Awards, le concours du meilleur de l’Instagram français. A seulement 15 ans, Coralie, connue sur Instagram sous le pseudo @coraliedegeneve réalise déjà de très beaux portraits doux et touchants.

Voici son interview.

Avant tout, présente-toi en quelques mots

Je m’appelle Coralie Degenève, j’ai 15 ans et j’aime l’écriture, les voyages, les soirées passées au coin du feu, et beaucoup d’autres petites choses.

15 ans et déjà tant de talent. Depuis quand fais-tu de la photo et quelles ont été les étapes importantes pour toi dans ton apprentissage ?

Tout d’abord merci 🙂 Je suis une amoureuse de la photographie depuis maintenant trois ans. Donc j’ai en effet commencé cet art à l’âge de 12 ans. Mais j’avoue que je préférerais oublier les photos que je prenais à l’époque haha.

Les étapes qui ont été importantes pour moi dans l’apprentissage de cet art sont sans doute :

  • Le passage de l’appareil compact au reflex

Mine de rien c’est tout un nouveau monde qui s’ouvre à nous quand on découvre les reflex.

  • La découverte de la photographie conceptuelle

Cela m’a permis de ne plus seulement prendre des portraits, mais d’exprimer quelque chose à travers.

  • La découverte de la retouche informatique

C’est quelque chose qui m’a beaucoup porté préjudice sur les réseaux sociaux dans le sens où les gens ne comprenaient pas pourquoi une fois de temps en temps je faisais un gros montage sur une personne au point de changer son visage, comme ci-dessous :

Coralie Degeneve_4

  • La découverte de l’argentique

Je prends des photos en argentique avec un 50mm 1.8 monté sur un Canon AE-1. L’argentique est quelque chose qui nous apprend à faire des photos intelligemment. Je m’explique : en numérique, l’idée de base que nous allons avoir est de prendre une centaine de photos pour les trier après. Au contraire, en argentique, le but est de capturer l’instant de manière réfléchie pour que la seule et unique prise de vue soit la bonne.

À force d’en faire, on finit par transposer l’idéologie (si je puis dire) de la photographie argentique dans la photographie numérique.

Kenia, ma meilleure amie, photo argentique

Kenia, ma meilleure amie, photo argentique

  • La photographie de personnes inconnues :

Alors ça… Je dois avouer que c’est quelque chose qui a changé ma façon de faire du tout au tout. En réalité je ne sais pas. C’est tellement difficile à expliquer. Je vais en ville avec mon appareil photo autour du coup, mon 50mm f1.4 fermé à quelque chose comme f2.8 ou f4 et je ne quitte pas mon viseur. Ainsi, je prends en photo des personnes qui ne me connaissent pas, et que je ne connais pas, dans leur vie, et au naturel. En faisant cela, j’obtiens une photographie qui n’est nullement influencée par mon regard sur la personne qui y apparaît, mais qui est totalement influencée par le naturel de cette personne et l’instant présent.

Alors je ne demande pas aux gens que je prends en photo s’ils sont d’accord, mais, de ce fait, je garde la plupart du temps les photos pour moi. Il arrive que je croise des gens et que je m’arrête pour leur demander.

J’ai souvent de belles surprises :

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Comme cette parfaite inconnue à Rome en Italie, qui a bien failli m’écraser. Donc j’étais au 50mm 1.8 sur un Canon EOS 70D à l’époque (donc un petit format) ce qui fait que j’étais à quelque chose comme 3 mètres d’elle. C’est d’ailleurs cette proximité avec les inconnus que j’aime.

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Et ce monsieur au Maroc à qui j’ai demandé l’autorisation pour faire une photo. Il était amputé des deux jambes et montait une pente très raide en fauteuil roulant sous un soleil de plomb. Après avoir pris la photo, je l’ai aidé à aller jusqu’en haut. Je crois que je me souviendrai toujours de cet homme.

Il me reste encore beaucoup d’étapes dans mon apprentissage. Mais ce sont celles que je pense déjà avoir franchies.

Question de Jérémy, Jury Gram Awards : Je trouve qu’il y a une vraie émotion dans chacun de tes portraits. Qu’est-ce qui t’a poussé à t’orienter vers les portraits plutôt qu’autre chose ?

Je me suis tournée vers les portraits parce que j’aime les gens. Les pensées, l’histoire, le ressenti des personnes sont des choses qui me fascinent vraiment. Ainsi, grâce à tout ça, je peux m’adonner complètement à ce que j’aime faire : faire passer une émotion.

Après, le sujet de la photo n’est qu’un accident du hasard. Si une photo colporte une émotion, c’est une émotion de l’artiste, non du sujet. Les portraits m’aident à mettre un visage sur une émotion que je veux partager aux autres. Je suis incapable de faire passer une émotion avec un paysage. Les gens me parlent plus.

Un inconnu à Lausanne

Un inconnu à Lausanne

Tu es très suivie sur Instagram, peux-tu nous raconter ton histoire avec ce réseau, depuis le commencement ? Comment utilises-tu cette plateforme et comment as-tu atteint 42 000 abonnés ?

Alors au début, je m’appelais @cxmb sur Instagram. Puis @bxd_kind, puis une multitude de noms, jusqu’à @cxrvlie qui est le pseudo avec lequel je me suis fait connaître. J’ai atteint les 30 000 abonnés sous ce nom, jusqu’à vouloir encore changer. Je me suis appelée @hiversea (pour une raison que j’ignore encore) et j’ai créé, en parallèle, un compte personnel (qui aujourd’hui existe encore et sur lequel je poste toujours : www.instagram.com/coraliedgnv). Après tout ça, je me suis appelée @snowisblack, mais petit à petit mes abonnés devenaient complètement inactifs. Alors j’ai créé un nouveau compte qui est @degenevecoralie et qui en un an est arrivé à ce qu’il est aujourd’hui et qui a presque dépassé @snowisblack. Donc ça, c’est pour l’histoire tout à fait cartésienne et c’est ce que les gens ont vu tout au long de mon évolution.

Clara, une bonne amie, pour la photo conceptuelle "Sad News"

Clara, une bonne amie, pour la photo conceptuelle « Sad News »

Mais alors pourquoi me suis-je tournée vers Instagram ?

Je pense que c’est parce que ma vie ne me convenait pas à l’époque. J’étais un peu introvertie quand je suis entrée au collège parce que le regard des autres était trop lourd à porter et que ça devenait de pire en pire. Alors pour me libérer de tout ça, j’ai trouvé énormément de soutien sur Instagram et c’est resté une de mes plateformes préférées.

Comme l’a écrit Oscar Wilde : « De nos jours un cœur brisé garantit plusieurs éditions. » Et ça se ressent vraiment sur Instagram. C’est pour cela que je suis de plus en plus neutre et que je me montre de moins en moins. Je ne veux plus que la personnalité influence mes abonnés. S’ils comprennent les messages de mes photos, j’en suis heureuse. Mais s’ils ne les comprennent pas, tant pis.

Question de Guillaume, Jury Gram Awards : Ce qui me frappe dans tes portraits c’est la proximité du sujet. Est-ce que tu peux nous partager tes techniques pour mettre les personnes photographiées autant à l’aise ?

Alors oui, il est vrai que je suis toujours très proche de mes modèles. Je pense qu’une longue discussion avant le shooting permet de vraiment mettre en confiance les modèles. Pendant un shooting, on devient amis.

Clara

Clara

Il doit y avoir une symbiose parfaite entre le modèle et le photographe, car c’est de cette entente que va découler l’essence profonde de la photo et toute cette influence des deux personnes l’une envers l’autre se ressent sur le cliché. Soit il est sincère, soit il est superficiel. Et je ne veux prendre que des photos sincères. C’est pour cela que je choisis des modèles qui ont « de la gueule ». Je ne veux pas de ces images de perfection sociale que la plupart des photographes plébiscitent, car mes photos ne sont clairement pas destinées à conditionner les gens en leur montrant de la beauté.

Mes modèles le savent et en sont ravis. Ils comprennent que si je les ai choisis c’est qu’ils sont spéciaux et qu’ils n’ont aucune raison de ne pas être en confiance.

Ces personnes dégagent toutes réellement quelque chose et je les trouve magnifiques.

Du coup pendant le shooting on se met bien avec de la musique, des blagues stupides qui détendent l’atmosphère. On est là pour passer un bon moment.

En effet, je fais payer mes shootings. Mais je sais que ce n’est pas facile pour les modèles, car ils ont souvent peur de se louper et de dépenser de l’argent pour des photos qui ne leur plaisent pas. C’est pour ça que je dis tout de suite que s’ils ne sont pas satisfaits, on peut refaire un shooting gratuit jusqu’à ce qu’on arrive au résultat attendu. C’est vraiment une relation de confiance entre le modèle et le photographe.

Qui sont les modèles que tu photographies ?

Les modèles que je photographie sont des amis, des inconnus, des gens qui viennent me demander des photos, moi-même des fois, et ce sont des personnes de tous âges, des filles comme des garçons. J’aime voir de la beauté en tout le monde, ce n’est pas une phrase bateau, c’est sincère.

Si tu avais le choix, qui aimerais-tu photographier demain ?

Si j’avais le choix, demain j’aimerais photographier quelqu’un avec une particularité sur la peau. Comme une tache de vin, des taches de rousseur, beaucoup de grains de beauté. J’adore ça !

Quel matériel photo utilises-tu ?

J’utilise un Canon EOS 5D Mark III, avec un 50mm f/1.4 et un 35mm f/1.4. J’ai un trépied, une télécommande, des filtres faits maison, et pour l’intérieur j’ai des lumières continues.

Après pour l’argentique j’ai un Canon AE-1 avec un 50mm f/1.8 et je vais certainement investir dans du matériel de développement.

Quels seraient tes conseils pour quelqu’un qui débute en photo de portrait ?

Un conseil pour quelqu’un qui commence les portraits : sache qu’un bon portrait est un portrait sur lequel le modèle n’essaye pas d’être beau. Il doit juste être lui-même. Et toi tu es là pour l’aider à y arriver.

Steven, un ami, dans le métro Lausannois

Steven, un ami, dans le métro Lausannois

Quels sont tes futurs projets photo ?

Mes futurs projets photo sont de repartir à l’étranger pour prendre des inconnus en photo. Pas très original, mais c’est vraiment ce dans quoi je m’épanouis le plus. Pour le reste, il faudra bien me suivre, car je garde mes autres projets secrets.

Une fois tes études terminées, sais-tu déjà ce que tu souhaites faire ?

Une fois mes études terminées, je sais déjà que j’essayerai d’aller le plus vite possible dans la vie active. C’est ce que j’attends depuis vraiment longtemps et je me languis déjà.

En termes de métier, c’est encore très flou pour moi.

Le mot de la fin ?

Merci beaucoup de m’avoir proposé cette interview, c’était super ! Et j’espère que tous mes modestes conseils pourront aider un maximum de personnes.

Où peut-on te retrouver ?

Vous pouvez me retrouver sur Instagram : mon compte pro @coraliedegeneve et mon compte perso @coraliedgnv.

Coralie Degeneve_2

Une petite inconnue à Lausanne