L’exposition consacrée à Ugo Mulas à la Fondation Cartier-Bresson pénètre les ateliers de Lucio Fontana, Andy Warhol, Marcel Duchamp et beaucoup d’autres. Une galerie de portraits intimistes à découvrir avant le 24 avril 2016.

Crédits : Megane De Amorim

Visiteur devant la série « Alexander Calder, Roxbury, 1964 », Ugo Mulas. Crédits : Megane De Amorim

Dès le vernissage de cette exposition, les regards qui se posent sur les photos d’Ugo Mulas sont admiratifs. La soixantaine de tirages en noir et blanc d’époque présente plus d’une quinzaine de peintres, sculpteurs, dessinateurs… Ces artistes, Ugo Mulas les a beaucoup côtoyés dans les années 60. Installé à Milan en 1948, il se met à fréquenter les milieux artistiques et littéraires. Le Bar Jamaica est alors le rendez-vous des talents de l’époque, et Ugo Mulas y réussit à pénétrer le monde de l’art.

Ugo Mulas, Alexander Calder, Roxbury, 1964

Ugo Mulas, Alexander Calder, Roxbury, 1964

En devenant plus tard photographe officiel de la Biennale de Venise, il s’impose comme le grand photographe des artistes. Mais le talent d’Ugo Mulas, c’est sans doute d’avoir réussi à créer une véritable intimité avec les artistes qu’il a photographiés. Premier exemple présenté au début de l’exposition, avec un portrait d’Alberto Giacometti, ce Suisse né à quelques kilomètres de la frontière italienne, initié à la peinture et à la sculpture par son père, Giovanni Giacometti, et son parrain, Cuno Amiet. Une série de quatre photos le représente accoudé à une table, les mains cachant parfois une partie de son visage, par timidité ou complicité. Et avec cette série de Giacometti, le visiteur, dès ses premiers pas, plonge dans l’intimité des grands artistes du vingtième siècle.

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« Andy Warhol, New York, 1964 », Ugo Mulas. Crédits : Megane De Amorim

Mais c’est souvent directement dans leurs ateliers qu’Ugo Mulas photographie les artistes. Vient alors l’impression d’être en coulisses, pendant la création de grandes œuvres d’art. Parmi les photographies remarquables de l’exposition, on trouve celle de David Smith, accroupi au milieu de l’usine désaffectée qui accueillera ses sculptures lors d’une exposition à Spolète en 1962. Un peu plus loin, on entre dans l’atelier de Lucio Fontana, cutter à la main, prêt à réaliser une des toiles monochromes fendues, aujourd’hui icônes de l’art moderne, valeur sûre sur le marché de l’art. Et Ugo Mulas de nous raconter :

« Ce tableau me fit comprendre que le cheminement mental de Fontana était beaucoup plus complexe et que le geste final ne le révélait qu’en partie »

Ugo Mulas, Salle de Michelangelo Pistoletto, exposition "Vitalita del negativo", Rome, 1970

Ugo Mulas, Salle de Michelangelo Pistoletto, exposition « Vitalita del negativo », Rome, 1970

Ugo Mulas a aussi pénétré les ateliers de George Segal, Jasper Jonhs, Roy Lichtenstein, Alexander Calder, Frank Stella, le regard fixé sur son pinceau, et Kenneth Noland, cigarette à la bouche. Malgré des circonstances plutôt semblables, chaque photographie de Mulas est très singulière. A chaque fois, elle est ancrée à la personnalité de l’artiste passé derrière son objectif.

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Série « Marcel Duchamp, New York, 1965 », Ugo Mulas. Crédits : Megane De Amorim

« Ces portraits sont une tentative de restituer visuellement l’état d’esprit de Duchamp vis à vis de son œuvre »

On trouvera aussi à la fondation des portraits de Robert Rauschenberg, jambes et pieds nus dans son atelier, et Barnett Newman, posant devant son tableau vierge, seulement taché par sa propre signature.

Mais le travail d’Ugo Mulas ne se résume pas à ses portraits. Près d’un tiers de l’exposition se dédie aux photographies qu’il a ramenées de ses voyages : des clichés de la périphérie de Milan, de Hyères, de Paris, de New York, et même d’Inde, d’Espagne et du Mexique. Et enfin, sur un pan de mur, trois photos se distinguent. A la fin de sa vie, Ugo Mulas s’est lancé dans une série intitulée « Vérifications », de la photographie expérimentale qui interroge la photographie et ses pratiques.

"Fin des vérifications", 1972, Ugo Mulas, et les reflets de ses autres photographies exposées à la Fondation Cartier-Bresson. Crédits : Megane De Amorim

« Fin des vérifications », 1972, Ugo Mulas, et les reflets de ses autres photographies exposées à la Fondation Cartier-Bresson. Crédits : Megane De Amorim

Infos pratiques
Exposition photo jusqu’au 24 avril 2016
Fondation Cartier-Bresson
2, impasse Lebouis 75014 Paris

Du mardi au dimanche de 13h à 18h30
le samedi de 11h à 18h45
nocturne gratuite le mercredi de 18h30 à 20h30

Tarifs : 7€ (tarif réduit : 4€)