Cette semaine, nous invitons Mathieu Le Lay à nous parler de son travail et de sa passion, la nature. Nous avons découvert ses films pour la première fois lors de la sortie du film « La Quête d’Inspiration » suivant le photographe Alexandre Deschaumes au travers de paysages naturels et magnifiques, notamment comme en Patagonie. Etant moi-même fan de grands espaces (et de la Patagonie), c’est un vrai plaisir de pouvoir en savoir plus sur Mathieu Le Lay. Voici son témoignage.

Avant tout, présente-toi en quelques mots

Je m’appelle Mathieu Le Lay et je suis auteur et réalisateur de films documentaires. Inspiré par la nature et les grands espaces, mon sujet de prédilection étant celui de l’homme dans la nature.

Depuis quand fais-tu de la vidéo, quelles ont été les étapes importantes pour toi dans ton apprentissage ?

Je réalise à un niveau professionnel depuis ma sortie de l’IFFCAM (Institut Francophone de Formation au Cinéma Animalier de Ménigoute) en 2008. Adolescent, j’avais toujours sur moi une caméra mini-DV avec laquelle je filmais mes vacances et délires entre potes qui avaient trouvé un petit surnom sympathique à mon caméscope : Camamat’ !

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Mon année de formation à l’école de cinéma animalier (IFFCAM) m’a permis d’acquérir les techniques et méthodes de réalisation du film documentaire animalier. A l’issue de cette année de formation (2008), je voulais me lancer dans la préparation de projets personnels et professionnels. Ce n’est pas simple au début car tu pars de rien. Il faut notamment créer son propre réseau. J’ai décidé de m’installer à Paris où je suis resté deux années le temps de faire le tour des boîtes de production.

Mon premier 52 minutes m’a demandé 3 années intenses de travail (2009 – 2011), en prenant en compte toutes les étapes de l’élaboration d’un film (écriture, repérages, démarches auprès des producteurs, des partenaires, des sponsors, puis tournages et post-production, sans oublier tout le travail de communication).

J’ai ensuite été amené à faire des rencontres décisives. Je pense notamment à celles avec Alexandre Deschaumes (2011) et Brice Portolano (2013), plus récemment celle avec Benjamin Dowie (2014), un réalisateur indépendant australien.

Chacune de ces rencontres avec d’autres faiseurs d’images m’enrichissent à tout point de vue et m’ont permis de m’affirmer dans un style personnel. Aujourd’hui, je souhaite poursuivre cette quête autour du film en collaborant avec d’autres artistes qui m’inspirent, et mener à bien de nouveaux projets de films.

Qu’est-ce qui t’a fait choisir la vidéo plutôt que la photographie ?

Souvent, j’entends certains photographes dire qu’il leur manque quelque chose pour transmettre plus d’émotion par leurs images.

La vidéo permet d’aller plus loin dans ce sens, de transmettre une émotion plus forte, qu’il peut parfois manquer en photographie. C’est ça que j’aime au travers du métier de cinéaste : raconter une histoire en véhiculant de l’émotion. Le mouvement de l’image associé à une musique inspirante nous plonge dans une autre dimension et active tous nos sens.

En quoi la nature te fascine ?

En tout. On oublie trop souvent qu’on vit grâce à elle. On lui doit tout, surtout le plus grand respect. Le film est un moyen parmi d’autres de sensibiliser le grand public, de faire évoluer les mentalités.

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J’ai besoin de me retrouver dans la nature, pour y puiser des énergies, y trouver le calme intérieur. J’ai tendance à fuir la société trop bruyante, trop rapide, trop encombrante. J’ai besoin de respirer. La nature m’offre cet espace de créativité et cet émerveillement en continu. Qu’il s’agisse de la découverte de lieux nouveaux, ou le retour dans un endroit que j’affectionne particulièrement (ex: la Bretagne et toute sa côte finistérienne, mes racines). Enfin, toutes ces espèces animales qui peuples les zones sauvages me fascinent aussi.

A côté de ton travail vidéo, tu réalises également des photos. Qu’est-ce que tu retrouves dans la photographie que tu n’as pas dans la vidéo ?

C’est l’instantané et toute la difficulté d’aller capturer l’image d’un instant bien saisi qui est pour moi super excitant et captivant en photographie. Je me suis mis récemment à la photographie argentique et je préfère tout ce côté plus authentique, une seule prise pour saisir l’instant.

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Quand je tourne un film, je pense souvent à prendre la photo de mes cadrages en vidéo. Ces images me servent souvent à illustrer un film par la suite et à en faire sa promotion.

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Qui sont les artistes qui t’inspirent ?

D’autres réalisateurs, des artistes musicaux, des écrivains. C’est souvent compliqué d’en ressortir juste quelques uns mais les films d’Eastwood sont assez incontournables, ceux de Sean Penn, Terrence Malick, Gus Van Sant, Wim Wenders, plutôt des réalisateurs issus du milieu de la fiction. Les écrits de Jack London, Kerouac, Paulo Coelho, Edward Abbey, Henry David Thoreau, Wayne W. Dyer. En musique, c’est très diversifié dans les styles, beaucoup de musiques issues de bande originale de films, et des artistes comme Craig Armstrong, sigur rós, Glass Kites, Clem Leek, Matthew Robert Cooper, Hammock.

Tu as travaillé avec Alexandre Deschaumes sur « La Quête d’Inspiration », comment as-tu vécu cette expérience ?

La collaboration a très bien fonctionné. Une harmonie s’est très rapidement installée. Nous sommes sur la même longue d’onde, et certaines de nos inspirations sont assez similaires. L’équilibre sur « La Quête d’Inspiration » était assez idéal. Chacun a apporté ses compétences et son savoir-faire pour donner le résultat final. L’un comme l’autre, on a beaucoup appris de cette première collaboration. D’autres projets sont en préparation et en réflexion pour la suite.

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Parles-nous de ton projet Low High Ends (2.0)

C’est un nouveau projet dont l’idée a émergé en 2013 et lancé cette année avec l’artiste belge Caroline Lessire, dont je suis le travail depuis notre rencontre en 2009 sur le festival FIGRA. Lorsque nous échangions à distance ou étions amenés à nous revoir, la notion de temps revenait sans cesse, cette impression du temps qui passe trop vite.

Caroline m’a proposé qu’on se lance dans un projet commun en s’appuyant sur cette thématique et celles de l’espace, celle de l’impact aussi de la nouvelle technologie sur notre quotidien. Pour aborder le sujet, nous avons décidé de parcourir les routes de l’Ouest américain pour partir à la rencontre de ces quelques personnes qui persistent à vivre de nos jours dans des endroits complètement reculés, hors du temps : dans les villes fantômes de l’Ouest américain.

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© Caroline Lessire

Nous avons parcouru sur 5 semaines les routes de Californie, du Nevada, de l’Utah et de l’Arizona à la rencontre de ces habitants peu ordinaires qui nous ont fait part de leur avis sur le sujet, en cherchant à illustrer et comprendre le regard qu’ils posent sur notre société actuelle. Le contraste par rapport aux citadins est assez frappant. Leur rythme de vie aussi.

Les tournages de ce film ont été rendus possible grâce aux nombreuses personnes qui nous ont soutenu par le crowdfunding sur kisskissbankbank. Il faudra un peu patienter mais ce film devrait voir le jour vers la seconde partie de l’année 2015; il est actuellement en phase de post-production.

Quel matériel utilises-tu principalement pour filmer ?

J’utilise depuis mes débuts les boîtiers Canon DSLR 5D Mark II et Mark III. Plusieurs raisons justifient ce choix matériel : le poids (tournages en autonomie, souvent en montagne, l’objectif est donc de minimiser au maximum le poids des charges sur le dos); le coût par rapport à d’autres caméras et la qualité de l’image. Le plein format du 5D associé à des optiques Canon de la série L me plaît énormément.

Je me déplace rarement sur un lieu de tournage sans embarquer mon steadicam Glidecam HD 2000 ainsi qu’un rail de travelling Slidekamera assez court (80cm – 1m) et motorisé. Ces deux outils sont très importants dans la réalisation car ils me permettent d’apporter du mouvement à mon image.

© Mathieu Le Lay

© Mathieu Le Lay

Je vois que tu utilises exclusivement des DSLRs pour la vidéo, que penses-tu des dernières évolutions dans ce domaine (Sony A7s par ex) ?

Le 4K commence véritablement à s’installer. C’est la prochaine étape, passer à cette résolution supérieure. J’attends impatiemment la sortie d’un 5D Mark IV comme beaucoup d’autres ! J’aimerais aussi tourner en RED. Je garde un oeil sur des prototypes que certaines marques sont amenées à développer. On peut notamment s’attendre à de grandes améliorations dans le domaine de la sensibilité de l’image. Dans peu de temps, on pourra bientôt filmer en très très basses lumières, quasiment de nuit, avec une qualité d’image assez époustouflante.

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Quel photographe aimerais-tu que l’on interviewe ?

Je dirais Alexandre Deschaumes et/ou Brice Portolano.

Un conseil à donner à une personne qui souhaite se lancer dans un projet vidéo ?

C’est surtout l’histoire qu’on raconte qui importe. Ne pas se perdre dans la technologie, rester concentrer sur le scénario, la construction du film. Penser montage quand on tourne.

Le mot de la fin

Mon dernier film American Loneliness qui relate mon voyage solitaire de 6 semaines dans le Nord-Ouest américain (Colorado, Wyoming, Montana, Washington) sort ce mois-ci en DVD et Blu-ray. Les commandes sont désormais possibles depuis ce lien : www.mathieulelay.com/store

Mise à jour 26/12/14 : American Loneliness est désormais disponible en VOD et téléchargement sur Reelhouse et Vimeo On Demand.

Merci Mathieu de nous avoir accordé un peu de temps pour te connaître. Si vous voulez découvrir le travail de Mathieu, vous pouvez le retrouver sur son site web ainsi que sur Facebook et Vimeo.

Crédit photo de couverture : Larisa Oltean